TUBERCULOSE PAR INGESTION. — CHAUVEAU
traumatisme ni effraction, d'entrée au viras. Elles portèrent sur quatre génisses de 6 à 42 mois, originaires des montagnes de la Savoie, où la phtisie bovine est à peu près inconnue. Trois de ces génisses furent destinées à être infectées, la quatrième servit de témoin. On fit avaler à chacune des trois premières environ 30 grammes de matière tuberculeuse provenant d'une vieille vache phtisique; cette matière, préalablement broyée dans un mortier, avait été délayée dans de l'eau et l'on fit boire ce breuvage à petites gorgées à l'aide d'une bouteille. Le dénouement ne se fit pas longtemps attendre. Trois semaines après l'ingestion des produits infectieux, les animaux commencèrent à maigrir d'une manière extraordinaire, leur poil devint raide et hérissé, la toux s'établit et devint incessante, les glandes lymphatiques du cou s'engorgèrent et un cornage intermittent se manifesta. Cinquante-trois jours après l'ingestion, les trois génisses étaient complètement cachectiques, tandis que la génisse témoin se maintenaiten parfaitétat. A ce moment, on sacriha deux des génisses infectées et à l'autopsie on constata une tuberculose généralisée, avec prédominance extrêmement marquée sur le mésentère et l'intestin. Les ganglions mésentériques étaient infiltrés à un si haut degré, que plusieurs avaient acquis le volume du poing. L'intestin, en particulier l'iléon, était semé d'ulcères tuberculeux; l'estomac essentiel ou la caillette offrait aussi quelques tubercules, qui manquaient totalement dans les premiers estomacs. Les ganglions bronchiques et médiastinaux étaient tuberculeux et des granulations grises et des noyaux caséeux plus volumineux étaient parsemés dans les poumons. Les ganglions cervicaux, rétro-pharyngiens et sousmaxillaires étaient pareillement caséeux.
Chauveau, dès sa première communication, insista sur la portée de ces expériences ; non seulement elles établissaient que la tuberculose peut être contractée par la voie digestive, mais elles appelaient l'attention sur une question d'hygiène publique
malade. Au bout de six mois, le chien rendait du pus en toussant; il maigrit et succomba; la malade se procura un autre chien, âgé d'un an ; celui-ci, quoiqu'on lui donnât du lait et de la viande, témoigna le même goût que son prédécesseur; un. mois après il devint aussi malade et mourut au bout de cinq mois ; en ouvrant la poitrine, on trouva les doux poumons presque entièrement détruits par la suppuration '.
1. Maun, Transmission do la phtisie aux animaux {Gaz. méd. de Paris, 1839, p. 634).