NOUVELLES EXPÉRIENCES DE CHAUVEAU
fièvre, de ramaigrissement, du cornageet de l'engorgement des ganglions péripharyngiens et sous-maxillaires ; les deux témoins paraissaient en parfait état de santé. Les quatre animaux furent sacrifiés devant les membres du Congrès.
A l'autopsie, les deux veaux infectés présentèrent un engorgement caséeux très prononcé des ganglions cervicaux, des ganglions mésentériques,médiastinauxetbronchiques. Lamuqueuse intestinale était presque entièrement saine, sauf un peu d'hypertrophie des plaques de Peyer. Mais en même temps les deux veaux conservés intacts comme témoins et qu'on devait trouver sains présentèrent aussi des lésions tuberculeuses , beaucoup moins prononcées, il est vrai, et limitées à quelques nodules gris disséminés dans les poumons et dans les ganglions bronchiques. La démonstration cherchée semblait donc perdre sa valeur; mais une enquête rétrospective établit que les animaux témoins et les veaux infectés vivaient en promiscuité, buvaient à la même auge et ainsi sans doute la maladie s'était transmise des premiers aux seconds, par la contamination des aliments et des boissons qu'ils prenaient en commun'. L'année suivante, au Congrès scientifique de Lille , Chauveau apporta de nouvelles expériences montrant avec quelle facilité l'infection des veaux parla voix digestive peut s'effectuer. Un veau, intact au point de vue héréditaire, reçut une fois 3 grammes de matière tuberculeuse provenant d'un porc, mélangée à du lait; il fut sacrifié dix semaines plus tard, en parfait état de santé apparente ; il présentait deux ganglions mésentériques manifestement tuberculeux. A un autre veau, en parfait état, on fit sucer le doigt imprégné de matière tuberculeuse et téter une fois le pis de sa mère enduit de cette même matière. La quantité de produits tuberculeux ainsi absorbée ne pouvait être que très minime. Six semaines plus tard, l'animal fut sacrifié; il présentait des tubercules très nets sur le pharynx et le voile du palais et quelques nodules tuberculeux dans les poumons ^.
Ces faits sont instructifs, car ils montrent d'une part Tinfectiosité que peut revêtir la tuberculose par ingestion chez les
1. Chauveau, Transmission de la tuberculose par les voies digcstivcs {Assoc. française pour l' avancement des sciences, session de Lyon, 1873, p. 717).
2. Chauveau, Contagion de la tuberculose [Assoc. française pour l'avancement des sciences, session de Lille, 1874, p. 943).