EXPÉRIENCES DE VILLEMIN
jeunes animaux de l'espèce bovine et, d'autre part, le soin qu'il importe d'apporter, dans les expériences de cette nature, à l'isolement rigoureux des animaux témoins.
La plupart des expériences de tuberculose par ingestion faites par Chauveau ont consisté à faire avaler aux veaux des produits de pommelière. Toutefois, trois veaux furent soumis à l'ingestion de matière tuberculeuse provenant de lésions humaines. A l'autopsie, il était impossible de distinguer les lésions tuberculeuses ainsi provoquées de celles que déterminerait l'ingestion de produits d'origine bovine. C'était une nouvelle preuve en faveur de l'identité de la tuberculose humaine et de la pommelière, déjà proclamée par Villemin à la suite de ses expériences d'inoculations sous-cutanées'.
Villemin fit aussi un certain nombre d'expériences d'infection tuberculeuse par la voie digestive; il introduisit par la sonde dans l'estomac de lapins de la matière tuberculeuse délayée dans de l'eau; il fit avaler à d'autres lapins des boulettes faites avec du poumon tuberculeux haché menu et de la farine. Un certain nombre de ces animaux présentèrent, quelques mois plus tard, des lésions tuberculeuses d'étendue variable; dans un cas, elles étaient extrêmement prononcées et occupaient les ganglions mésentériques, le péritoine, l'intestin grêle, le caecum, la rate et le poumon; quelques lapins, mis à mort au bout d'un à deux mois, n'offraient que de rares tubercules sur les plaques de l'intestin grêle, les ganglions mésentériques, la rate et les poumons; quelques-uns enfin, tués au bout de ce même temps, ne présentaient pas de tubercules. Villemin fit aussi ingérer à des cochons d'Inde environ 40 grammes de crachats d'un phtisique; on faisait, avec ces crachats et du son, une pâte que ces animaux mangeaient sans difficulté. Au bout de quelque temps, ils maigrirent et leur poil se hérissa; ils moururent ou furent sacrifiés au bout de deux à trois mois; tous étaient profondément tuberculeux, avec des lésions généralisées dans la plupart des organes, notamment dans l'intestin grêle, le caecum, les ganglions mésentériques et la rate^.
Parrot, en 1869, montra à la Société médicale des hôpitaux
1. Consulter à ce sujet la dernière communication de Chauveau : Sur l'identité de la tuberculose de l'homme et de la tuberculose du bœuf (2^ Congrès pour l'étude de la tuberculose, Paris, 1891, p. '61).
2. Villemin, Delà propagation de la phtisie [Gaz. hehdom., 1869, p. 260).
EXPÉRIENCES DE KLEBS, GERLAGH.
les pièces d'autopsie d'un cobaye auquel il avait fait ingérer, à plusieurs reprises, des produits tuberculeux; cet animal mourut au bout de trois mois, avec une tuberculose généralisée; les lésions étaient surtout prononcées dans les ganglions mésentériques et broncbiques
Klebs soumit des cobayes à l'ingestion de matières tuberculeuses provenant soit du bœuf, soit de l'homme; dans les deux cas, il observa sur l'intestin des ulcérations à fond grisâtre et à bords infiltrés de granulations, rappelant les ulcères tuberculeux de l'intestin de l'homme; les gangli(ms mésentériques étaient également tuberculeux. Les effets de l'ingestion de produits de la tuberculose de l'homme et de ceux de la pommelière furent les mômes, nouvelle preuve de l'identité du virus dans ces deux affections ^
Gerlach fut l'expérimentateur qui, après Chauveau, insista le plus sur la possibilité et le danger de l'infection tuberculeuse par les voies digestives. Il fit d'abord ingérer de la matière tuberculeuse provenant d'une vache phtisique à un vieux chien, sans résultats, puis à un porc qui mourut tuberculeux. Il fut le premier à expérimenter avec du lait provenant de vaches phtisiques qu'il fit ingérer soit pur, soit mêlé à d'autres aliments, à deux veaux, un mouton, un cochon et deux lapins. Un des veaux mourut accidentellement, dix jours après, de fièvre aphteuse; les autres animaux furent tous trouvés tuberculeux. Gerlach en conclut que le lait de provenance tuberculeuse peut être infectieux et communiquer la maladie par les voies digestives, et il appela l'attention sur le danger qui peut découler de l'usage d'un pareil lait, surtout pour les enfants en bas âge. Les premières expériences de Gerlach avaient été faites à l'école vétérinaire de Hanovre; il les reprit plus tard, sur une plus grande échelle, à l'école vétérinaire de Berlin, presque toujours avec les mômes résultats positifs \
Giinther et Harms poursuivirent à l'école vétérinaire de
1. Parrot (Bulletin de la Soc. mëd. des hôpitaux, 12 mars 1869).
2. Klebs, Zlu- Geschichtc dor Tuljerkuloso [Virchow's Arch. 1870, Bd 19, p. 291).
3. Gerlach, Ueber die Iinplbarkheit der Tuberkulosc und dor Perlsucht bei Thicrciiso wic ubor die Ucberlrugbai'kcit, dcr letzlercn durch Fiillcrung ( Virchow's Arch., 1870, Bd 51, p. 297). — Ist das Flcisch von tubcrkelkrankea Thicren als Nahnuigsiniltol fur Mcnschcn zu verwendjn oder zii vcrwerfen? (A7xh. f. iiiissensch. und pralcl. Thierheilkunde, Bd 1, 1873, p. 1).