‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 507 sur 689 · EXPÉRIENCES NÉGATIVES DE COLIN · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES NÉGATIVES DE COLIN

Hanovre les expériences de Gerlach; ils firent ingérer des produits tuberculeux provenant de l'homme ou du bœuf et du lait de vaches tuberculeuses à des lapins, des chiens, des chats, des chèvres, des veaux et des porcs. Les résultats de l'ingestion de lait de provenance tuberculeuse furent presque tous négatifs; avec les produits tuberculeux crus et même cuits, les expérimentateurs hanovriens auraient fréquemment provoqué la tuberculose; il est infiniment probable que la coction, dans ces cas, n'était pratiquée que d'une façon incomplète ^

Au moment oîi les preuves s'accumulaient de toutes parts pour confirmer l'exactitude des faits annoncés par Chauveau, Colin fit une communication à l'Académie de médecine pour établir que « la tuberculose n'est pas transmissible par les voies digestives ». Les expériences de Colin ont été faites sur deuxtaurillons, deux béliers, quatre jeunes porcs, plusieurs chiens, une série de lapins, de cochons d'Inde, de rats semi-albinos, un canard, deux pigeons, en tout une trentaine d'animaux auxquels il fit ingérer à différentes reprises et en quantités notables des produits tuberculeux divers. Chez aucun de ces animaux, il ne trouva de lésions tuberculeuses. Il en conclut que « le tubercule n'est pas inoculable par les voies digestives, et que l'usage de la chair des animaux phtisiques n'offre pas les dangers qu'on lui a supposés ». Il pense que les résultats annoncés par Chauveau et par d'autres tiennent à ce qu'ils avaient opéré sur des sujets déjcà tuberculeux, ou bien qu'en leur faisant avaler par force la matière tuberculeuse écrasée et délayée, ils en laissaient tomber des parcelles dans les voies aériennes, provoquant ainsi des pneumonies caséeuses\ Il est bien difficile de se rendre compte pourquoi Colin, à peu près seul, est arrivé à des résultats toujours négatifs, dans des expériences où la réussite est, sinon constante, du moins extrêmement fréquente. Dans la discussion qui s'ovxvrit à ce sujet devant l'Académie, Chauveau n'eut pas de peine à montrer que la pénétration de matières tuberculeuses dans les voies respiratoires ne se produisait pas dans ses expériences , o\\ les lésions intestinales et celles des

1. GuNTHER et Harms, Vorsuche iibcr Tuberkulose {Jahresb. der konigl. Thierarzneischule zu Hannover, 18H, p. 79).

2. Colin, Sur la non-transmissibilité de la tuberculose par l'ingestion delà maticre tuberculeuse dans les voies digestives (Bullet. de l'Acad. de médecine^ 1873, p. 557).

6i0 EXPÉRIENCES POSITIVES DE SAINT-CYR, VISEUR,

ganglions mésentériques étaient toujours beaucoup plus prononcées que les lésions pulmonaires. Dans cette même discussion Saint-Cyr apporta de nouveaux faits établissant la transmission de la tuberculose aux veaux par l'ingestion de produits tuberculeux. A deux jours d'intervalle, il fit ingérer à une génisse, âgée de six mois, 30 grammes chaque fois de matière tuberculeuse. Toutes les précautions étaient prises pour qu'on pût affirmer que pas une goutte de liquide infectieux n'avait pénétré dans les broncbes; l'animal, tué deux mois après, en bon état apparent, présenta deux ganglions rétro-pharyngiens et plusieurs ganglions mésentériques en dégénérescence caséeuse. Deux veaux âgés de deux mois, à peu près de même taille, sont placés, côte à côte, dans la même étable et reçoivent la même nourriture. A l'un d'eux on fait ingérer, trois jours consécutivement, 30 grammes chaque fois de matière tuberculeuse délayée dans du lait. Deux mois après, on constate à l'autopsie des ganglions mésentériques et rétro-pharyngiens caséeux; l'animal témoin, sacrifié simultanément, était parfaitement sain

Viseur, vétérinaire à Arras, fit des expériences intéressantes sur les chats. Sur cinq de ces animaux, nourris avec des poumons tuberculeux de vaches tuées à l'abattoir d'Arras, un seul, un vieux chat, ne présenta aucune lésion tuberculeuse à l'autopsie: les quatre autres, tout jeunes, étaient porteurs de lésions tuberculeuses, caractérisées par des ulcérations caséeuses siégeant surtout sur les plaques de Peyer et les follicules clos de l'iléon; les lymphatiques du mésentère et la masse ganglionnaire qui constitue le pancréas d'Aselli présentaient également des granulations types et des infiltrations caséeuses; les poumons contenaient des granulations moins avancées et discrètes. Dans une autre série d'expériences, Viseur nourrit deux autres jeunes chats avecdes débrisde poumonsdevaches tuberculeuses : cinquante jours après le début de l'expérience, l'autopsie de ces chats, pratiquée devant Chauveau, donna des résultats tout aussi démonstratifs. Plus tard, Viseur nourrit trois chiens et quatre chats, à diverses reprises, avec du poumon et des ganglions de vache tuberculeuse: l'autopsie, pratiquée deux mois

1. Saint-Cyr, Note communiquée par Bouley [liullet. de VAcad. de 7néd., 1873, p. 600).

KLEBS, BOLLINGER/ETG.

plus tard, montra que tous les chats avaient une tuberculose de l'appareil digestif, du péritoine, des ganglions mésentériques cervicaux et médiastinaux et du poumon ; un seul chien sur les trois aurait présenté des altérations tuberculeuses de l'iléon, du côlon, des ganglions mésentériques et du poumon'.

Klebs, dans de nouvelles recherches sur la tuberculose expérimentale, fit prendre à des cobayes du lait d'une vache tuberculeuse dans lequel on faisait tremper du pain. Ces cobayes maigrirent, les uns succombèrent, les autres furent sacrifiés et présentèrent des lésions tuberculeuses surtout localisées sur les ganglions mésentériques, le foie et la rate: il n'existait pas d'ulcérations de la muqueuse intestinale. Klebs soumit le lait à la filtration sur un filtre de porcelaine, à l'aide de la trompe; en inoculant le sérum ainsi filtré dans le péritoine de trois cobayes, il prétend les avoir rendus tuberculeux. Il conclut, à la suite de ces expériences, où a dû se glisser certainement une cause d'erreur, que le lait, privé de particules figurées, renferme néanmoins le virus tuberculeux. Klebs, en faisant ingérera des cobayes du lait tuberculeux bouilli^ vit également ces cobayes devenir tuberculeux; il est vrai qu'il n'est pas sûr lui-même que ce lait ait été soumis réellement à l'ébullition. On voit que ce travail de Klebs contient plusieurs données manifestement erronées, mais il contribua à appeler l'attention sur la virulence du lait de provenance tuberculeuse".

Bollinger soumit quatre chiens à l'ingestion plusieurs fois répétée de grandes quantités de produits tuberculeux, notamment de poumons de vaches atteintes de pommelière. Ces chiens demeurèrent bien portants et, sacrifiés au bout de plusieurs mois, ils ne présentèrent aucune lésion tuberculeuse. Deux chèvres, auxquelles il fit ingérer environ 20 grammes d'un poumon tuberculeux, succombaient dans la cachexie au bout de cinquante et un et de soixante-cinq jours, présentant des lésions tuberculeuses de l'intestin, des ganglions mésentériques, bronchiques et cervicaux, et des tubercules dans les poumons. Une chèvre soumise à la même ingestion d'une dose unique d'en-

\. Viseur, Faits nouveaux de transmission de tuberculose par la voie digestive chez les animaux domestiques (BM//e/«« de VAcad. de mëd,, 1874, p. 890 .

2. Klebs, Die kiinstliche Erzcugung der Tuberculose {Arcli. fiir expe 'im. Pathologie, 1813, Bd 1, p. 163).

transmissib'ilité de la tuberculose

viron 20 grammes de poumon tuberculeux, maigrit profondement et, sacrifiée au bout de deux mois, elle présenta à l'autopsie des lésions tuberculeuses très prononcées. C'est une nouvelle preuve que les herbivores opposent une résistance moindre que les carnivores à un grand nombre de virus administrés par la voie digestive *.

Plus tard, Bollinger fît des expériences sur la virulence tuberculeuse du lait provenant de vaches phtisiques; ce lait, ingéré par des porcs, provoqua chez ces animaux une tuberculose extrêmement accusée ^.

Semmer (de Dorpat) fît ingéi'er à environ cent chiens les cadavres de trente vaches tuberculeuses; aucun de ces chiens ne contracta la tuberculose ^ ; ces expériences faites sur une si vaste échelle montrent la grande résistance des chiens à la tuberculose par ingestion.

Orth, sur quinze lapins auxquels il fît ingérer des produits de pommelière, obtint neuf fois des lésions tuberculeuses avancées, caractérisées par des foyers caséeux et des granulations miliaires dans les ganglions cervicaux, sur la muqueuse intestinale, dans les ganglions mésentériques et dans les poumons ; à l'examen microscopique, ces lésions offraient tous les caractères du tubercule, notamment la présence de cellules géantes. Orth fait remarquer qu'il faut une période d'au moins deux mois, après l'ingestion, si l'on veut constater une tuberculisation avancée*.

Toussaint contribua, avec son énergie habituelle, à la démonstration de la transmissibilité de la tuberculose par les voies digestives. Saint-Cyr avait déjà signalé, dès 1874, que le porc peut être facilement infecté de la tuberculose par ingestion de produits tuberculeux. Toussaint fît manger à deux jeunes porcs un poumon entier de vache tuberculeuse; ces animaux maigrirent énormément; l'un fut sacrifié soixante-dix-sept jours après le repas infectieux, l'autre mourut au bout de cent un jours. Ils pi'ésentaient tous deux des lésions tuberculeuses très avan-

1. Bollinger, Ueber Impl"- imd Fiitterungstuberculose {Arch. fin- experhn. Paf/ioL, 1873, Bd 1, p. 356).

2. Bollinger, Ueber kiinstlichc Tuberculose, erzcugl. durcli den Genuss der Milch tuberculoscr Kiilie {Dmtsche Zeltschr. f. Thiermed. Bd G, 1879, p. 103j.

3. Semmer, Tubcrkulose und Perlsiicht (Virchow's Arch., 1880, Bd 82, p. 546).

4. Orth, Experiiiientellc Untcrsuchungen uber BHitterungstuberkulosc {Virchow's Arch., 1879, Bd 76, p. 217).

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