‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 51 sur 689 · CHEZ LES DIVERS ANIMAUX · texte numérisé non relu

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présence de ces êtres vivants... Cependant c'est avec les idées que nous venons de rapporter et qui sont celles de l'immense majorité des anatomo-pathologistes, qu'on s'est appliqué à la recherche de la phtisie chez les animaux, ce qui n'a pas manqué de conduire à une série de méprises qu'il importe de faire ressortir. A l'appui de ce que nous avançons, nous rapportons un fait qui montre combien il est facile de se méprendre.

(( Un lapin auquel nous avions pratiqué l'inoculation du tubercule mourut accidentellement trois jours après cette opération. A l'autopsie, nous constatons ce qui suit : les deux pou" mons sont remplis de granulations nombreuses, du volume d'un grain de chènevis à peu près; elles sont grises, transparentes, un peu jaunâtres à leur centre et font saillie au-dessus de la surface de section pratiquée dans le poumon. Le foie, comme celui de beaucoup de lapins, contient un certain nombre de grains jaunes, caséeux. A la vue de ces lésions, nous étions persuadé qu'il s'agissait d'iine véritable tuberculisation, non provoquée par l'inoculation, attendu qu'elle remontait à trois jours seulement, mais d'une tuberculisation antérieure et naturellement développée. Celle du foie fut reconnue comme appartenant à des infarctus caséeux dans lesquels se trouvent ces corps réguliers, si semblables à des œufs d'entozoaires et qui ont reçu le nom de corps oviformes. Ce processus est extrêmement fréquent chez les lapins domestiques. Passant ensuite à l'examen des granulations du poimion, quel ne fut pas notre étonnement de rencontrer d'abord les débris d'un animal, et puis ensuite, en procédant avec plus de précautions, de trouver cet animal entier, mais mort; c'était un acanis. Chaque granulation formait une sorte de kyste servant de tombeau au parasite... Sans cette investigation, plus complète que celle que l'on pratique généralement dans de pareils cas, nous aurions déclaré notre lapin tuberculeux et tous les médecins l'auraient fait avec nous, tant était grande la ressemblance entre cette production vermineuse et le tubercule des poumons. »

Dans le cours de ce travail, Villemin montre que la tuberculose spontanée ne s'observe guère, parmi les animaux domestiques, que chez le singe, le bœuf (pommelière) et plus exceptionnellement chez les rongeurs (lapin, cobaye, écureuil). Nous savons aujourd'hui que cette liste doit être élargie et que la tuberculose

PHTISIES VËRMINEUSES.

spontanée peut s'observer, quoique rarement, chez le cheval, le chien, le chat, qu'elle est fréquente chez le porc et surtout chez les gallinacés. Villemin insiste sur la confusion, chez le mouton notamment, de la tuberculose avec les lésions tuberculiformes provoquées par des helminthes, le strongle tilaire, la douve du foie et l'échinocoque, et montre que ces phtisies vermineuses n'ont rien à voir avec la phtisie vraie. La fréquence de la tuberculose spontanée chez les rongeurs, le lapin particulièrement, a été singulièrement exagérée et Rayer avec raison en signalait déjà la rareté. Tous les physiologistes qui expérimentent si fréquemment sur cet animal s'accordent à dire que la tuberculose s'y observe d'une façon tout à fait exceptionnelle. Chez les oiseaux on rencontre parfois, dans les sacs aériens, des masses crayeuses, jaunes, friables, décrites sous le nom de. tubercules et qui sont dues au développement de parasites végétaux, de moisissures.

Dans un deuxième mémoire lu à l'Académie de médecine', Villemin complète et étend ses expériences. On lui avait objecté que le lapin est trop souvent tuberculeux naturellement pour servir à dos expériences sur la tuberculose; c'est sur des animaux rarement tuberculeux ou qui ne le deviennent jamais spontanément que la démonstration devrait se faire. Villemin répond que la tuberculose spontanée du lapin est tout à fait exceptionnelle; que, du reste, en admettant môme qu'elle soit beaucoup plus fréquente, il serait bien extraordinaire que, dans les expériences telles qu'il les a instituées, par séries comparatives, le hasard ait voulu qu'il ait constamment inoculé des lapins tuberculeux et conservé comme témoins des lapins sains. Il fait observer que lui imposer comme sujets d'expérimentation des animaux absoluments réfractaires , c'est vouloir systématiquement faire échouer sa tentative. La syphilis cessera-t-elle d'être considérée comme une maladie inoculable, parce que son inoculation ne réussit pas sur les animaux? La clavelée cessera-t-elle d'être virulente, parce que le mouton seul est apte à la contracter et l'inoculabilité de la variole sera-t-elle mise en doute parce que les chats , les oiseaux y sont réfractaires? Le propre de la plupart des mala-

\. Villemin, Cause pl nnim-o de hi tuborculoso, 2<= niéiuoiro [Jiullelin de VAcad. de méd., 30 octobre 18CC).

POMMELlÈIiE.

(lies spécifiques est au contraire de se restreindre à un nombre plus ou moins limité d'espèces zoologiques. Bien loin donc de choisir des animaux qui ne sont jamais phtisiques pour démontrer l'inoculabilité de la tuberculose et étudier les problèmes qui s'y rattachent, on doit au contraire expérimenter sur les espèces reconnues aptes à présenter spontanément les manifestations de cette maladie.

La phtisie du bœuf, \à pommelière , est caractérisée par la présence dans les poumons et la plèvre de masses arrondies, lobulées, grises et transparentes au début, puis qui jaunissent et s'infiltrent rapidement de sels calcaires. On a beaucoup discuté sur la nature de cette affection et nous verrons plus loin que Virchow particulièrement s'est refusé à y voir une maladie tuberculeuse; d'autres au contraire la considéraient comme identique à la phtisie humaine. « Il y avait là, dit Villemin, un point litigieux difficile à résoudre avec les moyens ordinaires. L'inoculation est venue en rendre la solution facile. » Un lapin, inoculé avec de la matière tuberculeuse provenant d'une vache atteinte de pommelière, succomba plus tard, présentant une éruption de tubercules « d'une abondance extraordinaire » dans les poumons, la rate, le foie, les reins, le péritoine, les ganglions et l'intestin. Cette expérience montre « que la phtisie calcaire de la vache est de nature identique avec la tuberculose de l'homme ».

On avait fait à Villemin l'objection qu'en inoculant du tubercule pris sur le cadavre au bout de vingt-quatre ou de trente-six heures, il inoculait en réalité une matière cadavérique à laquelle on devait peut-être attribuer les accidents produits. Pour répondre à cette objection, il inocula à deux lapins de la matière tuberculeuse prélevée sur un autre lapin qui venait d'être sacrifié ; ces deux lapins devinrent rapidement et profondément tuberculeux. La tuberculose inoculée de l'homme au lapin est donc inoculable de lapin à lapin et semble même augmenter de virulence par le fait de la transmission de l'animal à l'animal.

Villemin montra en outre que la tuberculose de l'homme est inoculable au cobaye et que cet animal est un réactif au moins aussi sensible que le lapin. L'inoculation de la tuberculose pratiquée sur quatre chiens et trois chats ne fut suivie de généralisation tuberculeuse que sur un chien seulement et sur un

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