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LA MODÉRATION DANS LA SAISIE S'IMPOSE

plus fréquente que chez nous. Il est certain que cette perte se traduirait par une augmentation proportionnelle du prix de revient de la viande, déjà trop élevé pour les classes nécessiteuses. Assurément, si le danger des viandes de provenance tuberculeuse était bien établi, si ce danger était démontré expérimentalement d'une façon certaine, toute hésitation serait coupable : il faudrait se prononcer pour la prohibition rigoureuse et absolue. Mais les faits que nous venons d'exposer montrent qu'il n'en est pas ainsi : le péril est très faible, si tant est qu'il existe. Ce péril, en admettant qu'il soit réel, est pour ainsi dire négli geable, si on le compare aux causes bien autrement puissantes de contamination tuberculeuse qui résultent de la dissémination des crachats, de la mauvaise tenue et de la malpropreté des habitations, de l'encombrement, de la promiscuité des phtisiques avec les sujets sains, sans parler de la misère, de la mauvaise alimentation et d'autres causes, d'ordre hygiénique, qui facilitent indirectement l'infection tuberculeuse de l'homme. Il faut donc bien peser si le sacrifice imposé à la société par les mesures draconiennes de la saisie totale, le renchérissement de la vie qui en résulterait, n'entraîneraient pas des suites plus fâcheuses que le danger, purement éventuel, que ces mesures seraient destinées à écarter. Sans doute, la solution radicale, telle qu'elle est proposée, est celle qui, en apparence, satisfait le mieux aux exigences de la science et dégage toutes les responsabilités ; mais dans la pratique le problème est plus complexe et ne supporte pas cette solution. Pour ma part, je partage pleinement à cet égard l'opinion sagement défendue par Nocard, et qui du reste, à l'heure actuelle, tend à prévaloir presque partout en Europe : on ne doit saisir la viande des animaux tuberculeux, si cette viande est de bonne qualité apparente, que si la tuberculose est généralisée, au sens propre du terme. Du reste au Congrès international d'hygiène qui s'est tenu à Londres au mois d'aoiit 1891, les idées de la modération dans la saisie ont prévalu à une grande majorité.

Il me semble que l'effort des hygiénistes et des vétérinaires préposés à la police sanitaire, au lieu de porter sur la prohibition absolue des viandes d'origine tuberculeuse, pourrait s'adresser ailleurs avec plus de fruit. En France, depuis, quelques années, la tuberculose est inscrite dans la loi sur les maladies contagieuses

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