SURVEILLANCE SANITAIRE DES VACHERIES
de trouver une vache tuberculeuse dans les étables des nourrisseurs de Paris. La police sanitaire n'y est pour rien; si le mal a disparu ou à peu près, cela tient uniquement à ce que les conditions économiques de la production du lait, dans les grandes villes, sont absolument différentes de ce qu'elles étaient autrefois. Aujourd'hui les nourrisseurs de Paris ne font plus saillir leurs vaches; ils les achètent aussitôt après la mise-bas, en pleine lactation; ils les entretiennent toujours en bon état de graisse : aussi les livrent-ils au boucher dès qu'elles ne donnent plus assez de lait. Il en résulte que les vaches ne séjournent guère plus d'un an dans leurs étables. Pendant ce court délai, les bètes qui avaient le germe de la tuberculose au moment de l'achat n'ont guère le temps de contaminer les autres, ou si elles réussissent à infecter leurs voisines immédiates, les lésions ainsi créées restent très limitées et n'ont pas le temps de subir le ramollissement qui les rendrait dangereuses à leur tour. 11 y a peu d'années, au contraire, le nourrisseur gardait ses vaches aussi longtemps qu'il en pouvait espérer, avec une gestation nouvelle, une prolongation de sécrétion lactée; aussi chaque vache restait dans l'étable pendant quatre, cinq et six ans: si l'une d'elles était tuberculeuse, elle avait tout le temps nécessaire pour contaminer ses voisines, pour infecter l'étable entière. Ces conditions, si favorables à la propagation de la maladie, sont encore celles de la plupart des étables dans les campagnes; aussi, lorsqu'on a eu le malheur d'y introduire une vache tuberculeuse, lorsque la malade y a séjourné quelque temps, on peut dire que l'étable est désormais infectée, que le contage y est installé à demeure et que toutes les autres vaches, à de très rares exceptions près, seront prises l'une après l'autre'».
On a proposé l'emploi d'appareils centrifuges pour débarrasser le lait des microbes nuisibles qu'il peut contenir, notamment des bacilles de la tuberculose. Bang a soumis du lait de provenance tuberculeuse et riche en bacilles de Koch à l'action d'un appareil centrifuge pendant une heure (60000 tours). Le lait se sépara en trois couches, l une formée de crème, la seconde de lait écrémé et la troisième d'un dépôt d'impuretés. L'examen microscopique montra que ce dépôt renfermait un grand
1. NocARD, article Tuberculose {Dict. prat. de méd. vélérin., t. 21, p. 46i).
CENTRIFUGATION DU LAIT.
nombre de bacilles de la tuberculose ; mais la crème et le lait en contenaient également, quoique en quantité beaucoup plus faible. L'inoculation du dépôt à des lapins détermina une tuberculose à marche très rapide, tandis que celle du lait centrifugé donna également des résultats positifs, mais à marche plus lente. L'emploi de la force centrifuge débarrasse donc le lait d'une partie seulement des bacilles tuberculeux qu'il peut contenir et n'abolit pas sûrement sa virulence tuberculeuse. Plus récemment, Scheurlen a fait des expériences analogues avec du lait infecté artificiellement avec une émulsion de culture du bacille de la tuberculose; il s'assura que la plupart de ces bacilles étaient projetés dans le dépôt par la force centrifuge, mais qu'un petit nombre demeuraient encore en suspension dans le lait et dans la crème'. L'emploi des appareils centrifuges n'offre donc pas, il s'en faut de beaucoup, une garantie complète contre l'infection tuberculeuse du lait.
Puisque le lait contient parfois le bacille de la tuberculose, les produits alimentaires qui en dérivent, le beurre, la crème et le fromage, doivent-ils aussi être considérés comme une source de danger au point de vue de la tuberculose? C'est là une question qu'il me reste à examiner. Galtier le premier a fait des expériences avec du lait rendu tuberculeux par l'addition de produits provenant de vaches phtisiques ou de lapins morts de tuberculose expérimentale. Ce lait infecté a été coagulé par l'addition de présure ; avec le fromage et le petit-lait ainsi obtenu on procéda à des inoculations intra-péritonéales chez le cobaye et à des injections intra-veineuses chez le lapin. Des cobayes furent ainsi rendus tuberculeux avec des fromages âgés de quinze jours et même de deux mois et dix jours. Le petit-lait, datant de neuf, de quatorze et de seize jours, a provoqué la tuberculose chez le lapin et le cobaye. Des résultats positifs ont même été obtenus avec du fromage datant de onze mois. Galtier tire de ces expériences les conclusions suivantes : « Les germes de la tuberculose se conservent dans le lait traité par la présure, dans le fromage, dans le petit-lait, et peuvent rendre ces produits dangereux, comme l'était le lait d'où on les a
1. Scheurlen, Ucber die Wirkung des Ccntrifugirens auf Bakteriensuspensionen, licsonders auf die Vertheilung der Bakterien in der Milch {Arb. a. d. k. Gesundheitsamte, 1891, Bd 5, p. 269).