PULMONAIRE CHRONIQUE
leuses, est déjà un argument considérable en faveur de la grande fréquence de ce mode d'infection.
Dans la phtisie pulmonaire commune les bacilles, relativement rares dans les tubercules gris, naissants, sont surtout abondants dans les foyers tuberculo-caséeux récents et à l'intérieur des cavernes dont les parois subissent une fonte rapide ; ils sont moins nombreux au niveau des cavernes à parois épaisses, en voie de rétraction, plus rares encore dans les por-
FiG. 67. — Coupe do la paroi d'une caverne tuberculeuse de l'homme; très faible gross. Coloration : t'uschino plKÎniiiu^e et bleu de méthylène. Les parties teintées en rose sont des accumulations de bacilles,
tiens de poumons qui sont le siège d'indurations cicatricielles et de processus scléreux. Pour bien se rendre compte de l'invasion bacillaire des poumons, il est bon d'étudier les coupes des parois d'une caverne en voie de fonte et d'ulcération. La fîg. 67 représente à un très faible grossissement une coupe de la paroi d'une cavernule d'une femme morte de phtisie ulcéreuse à marche rapide. On voit les bacilles colorés par le procédé de Ziehl infiltrant en quantité prodigieuse les parois de la caverne, où ils apparaissent sous forme de petits amas rouges déjà visibles à l'œil nu, quand on regarde la préparation par
FOYERS BACILLAIRES PRIMITIFS.
transparence. A un fort grossissement (fig. 68), ces amas rouges se montrent formés d'innombrables bacilles, interposés entre les cellules rondes, en partie mortifiées, qui tapissent les parois de la caverne; par places, on reconnaît encore les vestiges de la charpente élastique des alvéoles qui sont également envahis par les amas bacillaires. Une partie du détritus ainsi formé tombe dans la cavité de la caverne oii elle séjourne pendant un temps variable, pour être ensuite expulsée par les bronches sous la forme des crachats caractéristiques de la phtisie.
On peut, avec Koch, se représenter de la façon suivante le mode d'intervention des bacilles dans le processus de la phtisie pulmonaire. Au début, un petit nombre de bacilles pénètrent dans le poumon; ils s'y multiplient lentement et provoquent autour d'eux une infiltration cellulaire qui les enveloppe et les isole tout d'abord. Bientôt, le centre de cet amas cellulaire subit la nécrose et la caséification; ce mode initial de la phtisie pulmonaire, si jamais on pouvait l'observer, ressemblerait donc à un tubercule miliaire. Graduellement, le nodule s'accroît à la périphérie, un peu à la manière dont se forment les gros tubercules solitaires, ceux du cerveau par exemple, avec cette différence que, dans le poumon, les foyers caséeux, en s'accroissant, ne demeurent pas fermés, mais s'ouvrent dans les bronches et se transforment ainsi en cavernes. La caverne tuberculeuse, quelque volumineuse et quelque irrégulièrement configurée qu'elle soit, conserve en somme les attributs principaux d'un foyer tuberculo-caséeux : au centre des masses nécrosées, circonscrites extérieurement par des amas de cellules épithélioïdes, mêlées de cellules géantes plus ou moins riches en bacilles. La seule différence consiste en cette particularité que le contenu nécrosé de la caverne est également riche en bacilles, ce qui n'est pas le cas pour les foyers caséeux clos. Il est probable que l'élimination constante des produits nécrosés et l'apport incessant de produits nouveaux en sont la cause. Dans la forme chronique commune de la phtisie, les choses procèdent ainsi avec une grande lenteur, le développement des bacilles étant limité au contenu des cavernes et aux cellules géantes qui en revêtent les parois. Dans certains cas favorables, le processus peut même s'arrêter par la sclérose et la cicatrisa-
PNEUMONIES CASÉEUSES SECONDAIRES PAlt ASPIHATION. 607
tion des parois de la caverne et la giiérison être ainsi obtenue Mais, le plus souvent, les bacilles franchissent les limites du foyer primitif et donnent naissance à la formation de foyers secondaires. Les bacilles peuvent faire irruption, comme nous l'avons dit, dans les veines du poumon, se disséminer ainsi par la voie sanguine et provoquer l'explosion d'une tuberculose miliaire généralisée aiguë. Ils peuvent aussi cheminer par les voies lymphatiques et amener une tuberculose secondaire des
FiG. 68. — Un des points teintés en rose de la figure précédente, examiné à un tort grossissement. On voit l'énorme abondance des Vjacilles en ce point.
ganglions bronchiques. Les bacilles transportés par les crachats peuvent se fixer en d'autres points des voies respiratoires, sur la muqueuse du larynx notamment; quand ces crachats sont avalés, ils peuvent infecter le tube digestif.
Mais l'éventualité la plus fâcheuse et l'une des plus fréquentes est celle qui se manifeste quand le contenu d'une caverne, au lieu d'être éliminé au dehors, vient à être aspiré par un mouvement respiratoire malheureux et va ainsi infecter des portions encore saines du poumon. C'est par ce mécanisme