ET INFECTIONS SECONDAIRES
renferme la sécrétion de ces cavernes, les staphylocoques et les streptocoques notamment, bien plus que le bacille de la tuberculose, seraient, selon lui, les principaux agents de la production de ces foyers broncho-pneumoniques qui souvent entraînent rapidement la mort'.
Marfan, au sujet de la « phtisie aiguë pneumonique » ou broncho-pneumonie caséeuse continente, émet des vues analogues à celles qui viennent d'être exposées. « A l'heure actuelle, dit-il, c'est dans un sens nouveau qu'on interprète la signification des phlegmasies circumcaséeuses et partant la pathogénie tout entière de la phtisie aiguë pneumonique. Il résulte des travaux de Samter, Hutinel, Mosny, Aviragnet, que la phtisie aiguë pneumonique est le plus ordinairement associée à d'autres infections, qu'elle est le produit d'une infection mixte. Le bacille de la tuberculose a été trouvé associé au pneumocoque de Talamon-Frankel, au diplo-bacille de Friedlander, au streptocoque pyogène. Il en résulte que les inflammations circumcaséeuses, qui représentent en somme les premiers stades de la phtisie aiguë pneumonique, sont causées par les susdits microbes, lesquels engendrent une pneumonie lobaire ou, plus souvent, une broncho-pneumonie pseudo-lobaire, et que ces foyers phlegmasiques sont envahis secondairement par le bacille de la tuberculose. De cet envahissement secondaire dépendrait la dégénérescence caséeuse. Ainsi s'expliqueraient et la forme particulière des lésions et probablement aussi l'intensité de l'infection, intensité de laquelle dépend la marche aiguë de la maladie. Donc, la phtisie aiguë pneumonique, caractérisée par la rapidité de son évolution, est de même nature que les blocs caséeux de la phtisie chronique ; mais il semble que la forme spéciale et la rapidité du processus dépendent en partie de la préexistence d'une intlammation broncho-pulmonaire ou pneumonique; le bacille de la tuberculose paraît envahir secondairement et en masse un bloc hépatisé oii il trouve très probablement des conditions très favorables à sa végétation-. »
1. B^UMLER, Ueber eine bcsondere, durch Aspiration von Caverneninhalt her- Torgerufene Form acuter Bronchopneumonie bei Lungentuberkulose {Deutsche med. Wochensc/ir.. 1893, p. 1).
2. Marfan, art. « Piitisie pulmonaire », xnTraité de wtfdécmi? de Charcot, Bouchard et Brissaud, t. 4, 1893, p. 748.
BRONCHO-PNEUMONIES TUBERCULEUSES
Sur le terrain proprement anatomique, Orth a fait une tentative pour revenir à l'ancienne distinction établie par Virchow entre le tubercule vrai et la pneumonie caséeuse. Pour lui, il existe vme pneumonie caséeuse qui, anatomiquement, est bien une pneumonie franche, fibrineuse, avec caséification ultérieure de l'exsudat. Orth, en utilisant la méthode de Weigert pour la coloration de la fibrine, a pu suivre tous les intermédiaires entre l'alvéolite à exsudât nettement fibrineux et la pneumonie caséeuse. Il est vrai que ce retour à la doctrine dualiste de la phtisie ne vise, dans la pensée d'Orth, que les formes anatomiques et non l'étiologie de la maladie. Il admet, en elfet, que le tubercule proprement dit ainsi que la pneumonie caséeuse sont provoqués par un seul et môme agent, le bacille de la tuberculose. Cette tentative de restauration de la doctrine dualiste, de par l'ai'gument anatomo-pathologique, se trouve réfutée d'avance par les travaux de l'école française, de Grancher, de Thaon, de Charcot, qui ont été exposés plus haut et dont les arguments conservent toute leur portée ; elle a été aussi combattue dernièrement dans un bon travail critique de Baumgarten'.
Récemment Or tuer a publié un travail, fait sous la direction de Weichselbaum, et où la conception de la tuberculose pulmonaire, envisagée comme « maladie infectieuse mixte », est formulée de la façon la plus tranchée et la plus affirmative ^. Les recherches d'Ortner ont porté sur 61 cas de phtisie pulmonaire, présentant des lésions macroscopiques variables. Il s'agissait de rechercher si dans les foyers broncho-pncumoniques récents que l'on rencontre si fréquemment dans les diverses formes de la phtisie pulmonaire, le bacille de la tuberculose intervient seul ou si d'autres microbes, ceux qui provoquent la broncho-pneumonie ordinaire, notamment, ne joueraient pas leur rôle; il s'agissait en un mot de déterminer si, là oii l'on voit coexister la granulation tuberculeuse et des foyers inflammatoires pneumoniques, c'est le bacille de la tuberculose
1. Orth, Ucber kàsige Pneumonie (Festschrift der Assistenten Vii-chow's zur Feier von dessen 10 Jahi-igeJiGeburtstag, Berlin, 1891, chezReimer). — Baumgarten, Benierkungen zuv Lehre von der kàsigen Pneumonie, etc. {Arb. a. d. pathol. anatom. InstUutzu Tubingen 1892, Bd 1, p. 371).
2. Ortner (Norbert), Die Lungentuberculose als Mischinf'cction. Vienne et Leipzig, chez Braumiiller, 1893.