PLEURÉSIE ET TUBERCULOSE
excessive que l'on essaie de donner à ces infections secondaires. C'est à tort, selon moi, qu'on a voulu faire de ces microbes étrangers pénétrant dans le sang le point de départ de la fièvre hectique des phtisiques; c'est à tort aussi qu'on a cru pouvoir faire de ces microbes, les agents initiaux et exclusifs des infiltrations broncho-pneumoniques ou pneumoniques qui surviennent dans le cours de la phtisie pulmonaire, ne rapportant à l'intervention du bacille de Koch que les lésions strictement tuberculeuses ou la caséification des exsudats inflammatoires. Cette tentative de restauration de la doctrine dualiste de la phtisie pulmonaire, au nom des donnés bactériologiques, ne me paraît, pour les raisons qui viennent d'être exposées, ni plus heureuse ni plus justifiée que le dualisme anatomique qui a, pendant longtemps, si lourdement pesé sur l'histoire de la tuberculose.
Les rapports de la pleurésie avec la tuberculose constituent un problème important de clinique et de pathogénie, qui ne saurait être passé sous silence dans cet ouvrage. La tuberculose est la cause la plus commune de la pleurésie, sous toutes ses formes anatomiques : séro-fibrineuse, hémorrhagique ovi purulente.
La pleurésie vulgaire, à épanchement séro-fibrineux, était volontiers considérée comme un type d'affection inflammatoire franche, a frigore; si la fréquence de la tuberculose à la suite d'une pleurésie antérieure n'avait pas échappé à l'attention des cliniciens, on supposait qu'elle favorisait simplement l'éclosion ultérieure des tubercules, en « entretenant un état congestif des poumons » (Trousseau), « par insuffisance de l'alimentation aérienne » (Peter) ou en débilitant l'organisme. Cependant, plusieurs médecins, G. Sée notamment, déclaraient que la « pleurésie prétendue simple, a frigore^ n'est qu'une pleurésie tuberculeuse, dont la nature avait été méconnue. La tuberculose est la condition étiologique la plus habituelle de la pleurésie ; on peut dire hardiment qu'elle représente la cause réelle dans les trois quarts des cas » *. Bernutz', Leudet avaient soutenu la même opinion. Landouzy est encore plus affirmatif. Sans nier absolument la pleurésie franche pour cause de froid, il la regarde
1. Sée (G.), Des maladies simples du poumon. Paris, 1886, p. 441 et ol8).
2. Cité par Joanny, Du pronostic éloigné de la pleurésie [Thèse de Paris, 1881, p. 23).