INOCULATION DU LIQUIDE PLEURÉTIQUE
L'examon bactériologique de l'exsudat séro^fibrineux par la méthode des colorations n'a pi'esque jamais permis de constater la présence du bacille de la tuberculose (Ehrlich, A. Frankel, Netter), ce qui s'explique par le petit nombre de bacilles qui existent dans l'exsudat'. A plus forte raison, les tentatives de culture directe faites par Gilbert et Lion" ne pouvaient-elles être suivies de succès, quand on se rappelle la difficulté qu'il y a à obtenir une première culture du bacille de la tuberculose, même quand l'ensemencement est fait avec des produits extrêmement riches en bacilles.
A. Chaullard et Gombault ont eu recours à l'inoculation pour déterminer la nature de certains épanchements pleurétiques, séro-fibrineux ou purulents. Ils inoculaient dans le péritoine d'un cobaye 3 ce. de liquide extrait par la thoracentèse. Sur 20 inoculations faites ainsi avec le liquide provenant de 20 malades, 10 fois les cobayes devinrent tuberculeux; d'où la conclusion qu'au moins la moitié des pleurésies dont il s'agissait étaient de nature tuberculeuse. Dans aucun de ces cas l'examen bactériologique du liquide pleural n'avait cependant révélé la présence du bacille de la tuberculose ; l'inoculation, comme cela se voit souvent, se montrait donc un réactif plus sensible que l'examen microscopique '. Ghauft'ard et Gombault pensaient que celles de leurs inoculations qui étaient demeurées sans résultat impliquaient la nature non tuberculeuse de la pleurésie. Cette conclusion n'est pas forcée, car des résultats positifs auraient sans doute pu être obtenus si on avait inoculé de plus grandes quantités de liquide. Kelsch et Vaillard, en effet, ont inoculé plusieurs fois des liquides pleuraux provenant de sujets que l'autopsie révélait être atteints de tuberculose pleurale, sans que ces inoculations aient rendu les cobayes tuberculeux.
nature delà, pleurésie (Arch. de physiol. norm. et pathoL, 1886, t. 2, p. 162). — Voir aussi Kelsch, De la nature de la pleurésie (Gaz. hebdomad., 1890, p. 484).
1. Pour pratiquer ces essais de coloration, il faut, selon les conseils d'Ehrlich, recueillir quelques centimètres cubes de l'exsudat, attendre la coagulation de la fibrine et examiner le coagulum, qui pendant sa formation a entraîné les microbes que l'exsudat peut renfermer.
2. GiLBEKï et Lion, De la recherche des micro-organismes dans les épanchements pleuraux (Annales de Vlnstilut Pasteur, 1888, p. 662).
y. A. Chauffard et Gombault, Élude expérimentale sur la virulence tuberculeuse de certains épanchements de la plèvre et du péritoine [Bulletin de la Soc. ine'd. des hôpitaux de Paris, 1884, p. 309).
LES PLEURÉSIES SERO-FIBRINEUSES
« Ces insuccès, disent-ils avec raison, se conçoivent, quand on songe que les différentes formes de pleurésie tuberculeuse ne sont pas également propices à la mise en liberté des bacilles, et que ceux-ci sont toujours en quantité excessivement minime, eu égard à la masse considérable du liquide qui les tient en suspension. » Gilbert et Lion ont également échoué dans l'inoculation de l'épanchement de trois pleurésies suspectes et d'une pleurésie franchement tuberculeuse, faite à la dose de 2 à 3 ce. dans le péritoine de cobayes. Tous ces faits établissent que si le résultat positif d'une inoculation de liquide pleurétique prouve bien que la pleurésie est tuberculeuse, le résultat négatif ne prouve pas le contraire; d'où il faut conclure que les statistiques faites à l'aide des résultats des inoculations donnent des chiffres inférieurs aux chiffres réels.
Netter a fait, d'une manière systématique, des inoculations avec le liquide de pleurésies séro-fibrineuses de provenance diverse. Dans un premier groupe de neuf cas, il s'agissait de pleurésies séro-fibrineuses imputables à des causes manifestement non tuberculeuses (maladie de Bright, carcinose, rhumatisme aigu, etc.). Toutes ces inoculations demeurèrent sans résultat. Sur douze pleurésies au contraire apparemment tuberculeuses, l'inoculation de la sérosité pleurale n'a rendu les cobayes tuberculeux que dans sept cas; encore, parmi ces sept faits positifs, s'agissait-il de cinq cas d'hydro-pneumothorax, où l'on avait affaire à la rupture dans la plèvre d'un foyer tuberculeux sous-pleural, déversant directement les bacilles, en grande abondance, dans la cavité séreuse. Dans vingt autres cas relevés également par Netter, il s'agissait de pleurésies séro-fibrineuses survenant chez des individus en apparence bien portants, vigoureux et attribuant en général à un refroidissement l'origine de la maladie. Plusieurs, du reste, ont guéri et l'épanchement avait totalement disparu, quand les malades ont quitté l'hôpital. Il semblait donc bien que l'on eût affaire à des pleurésies primitives, idiopathiques, a frirjore. Or, sur ces vingt cas, huit ont donné des résultats positifs. Ainsi 40 p. 100 au minimum de ces pleurésies en apparence idiopathiques étaient d'origine tuberculeuse'.
1. Netter, Recherches expérimentales sur la nature des pleurésies séro-fibrineuses [Bulletin de la Soc. méd. des hôpitaux de Paris, 1891, p. 176).
SONT SOUVENT TUBERCULEUSES.
La nature tuberculeuse d'un grand nombre de pleurésies paraissant survenir chez des sujets sains, à la suite d'un refroidissement, a pu encore être établie différemment, à l'aide de statistiques portant sur « l'avenir » de ces pleurétiques. Il existe quelques statistiques de cette sorte. Celle de Fiedler porte sur 1)2 malades ponctionnés par lui pour desépancliements pleurétiques séro-fibrineux; 28 de ces malades sont morts de phtisie; 66 ont quitté l'hôpital atteints ou fortement suspects de tuberculose; 21 seulement paraissaient bien portants au bout de deux ans: 82 p. 100 de ces pleurésies semblent donc avoir été tuberculeuses Sur 62 pleurétiques traités à l'infirmerie de Leeds, de 1880 à 188i, Barrs s'est assuré, six ans plus tard, que 22 étaient morts de phtisie pulmonaire ou d'autres manifestations tuberculeuses". Ricochon, sur 33 cas de pleurésie qu'il a eu à traiter, constate que 14 sont morts visi blement tuberculeux; 7 autres ont eu des manifestations tuberculeuses soit avant soit après leur pleurésie; en somme, la tuberculose était sûrement en jeu 21 fois sur 32 cas Bow^ditch, en 1889, a fait une enquête sur les malades traités pour une pleurésie par son père, pendant une pratique de trente ans, de 1849 à 1879. Sur 30 malades soignés pendant la première période décennale, 11 étaient encore bien portants, 2 ont fourni des renseignements vagues, 12 avaient succombé à la tuberculose, 5 étaient morts de maladies étrangères à la tuberculose. La deuxième période décennale comprend 19 pleurétiques : 7 étaient vivants et bien portants, 9 étaient morts tuberculeux, 8 d'une maladie différente. La troisième période décennale comprend 41 pleurétiques : 24 étaient vivants et ne paraissaient pas tuberculeux, 1 vivait et était tuberculeux, 9 étaient morts de tuberculose, 6 d'autres maladies. En résumé, pour la première période, la proportion des tuberculeux a été de 43,3 p. 100; pour la deuxième période de 47 p. 100; pour la troisième de 24 p. 100 seulement; ce chiffre plus faible s'explique par le temps relati-
1. Fiedler, Ueber die Punction der PleurahOhle und des Hcrzbeutels [Volkmann's Sammlunq klin. Vorti'dge, 1882).
2. Barrs, Remarks on the luberculous nature of the so-called simple pleuritic effusion [The Brilish med. Journal, 1890, t. I, p. 10y9).
3. Ricochon, De la tuberculose dans les campagnes; de la pleurésie dite a frigore [Études expérim. et clin, sur la tuberculose publiées sous la direction de Verneuil. Paris, 1887, t. 2, p. 573).