DE LA GREFFE TUBERCULEUSE
auraient pris des pseudo-tubercules du foie chez les lapins ou des embolies dans les petits vaisseaux du poumon, suivis de noyaux de pneumonie, pour des produits tuberculeux véritables. Rien ne prouve que de tels reproches soient fondés dans leur généralité. On ne saurait accuser ces savants d'ignorance sur de simples suppositions. Les faits qu'ils avancent subsistent donc. »
Chauffard, d'accord en cela avec Colin, rejette l'hypothèse d'un virus tuberculeux et pense que c'est la matière tuberculeuse elle-même, les cellules inoculées qui, absorbées par les voies lymphatiques, sont disséminées dans les ganglions et dans les organes oii elles provoqueraient l'éruption tuberculeuse par une sorte de greffe ou de « fécondation ». « La matière tuberculeuse insérée dans les tissus vivants et offerte à l'absorption, devient l'agent fécondant qui va solliciter le système lymphatique, vaisseaux et ganglions, le féconder, le pousser à la prolifération d'éléments semblables, lesquels iront se multipliant de ganglions en ganglions, jusqu'à ce que la masse des humeurs, que le sang en soient imprégnés, et qu'une fécondation se transmette aux éléments du tissu conjonctif, si abondant dans les viscères, si disposé d'ailleurs à la prolifération que Virchow a pu soutenir qu'il était l'origine de toutes les tumeurs néoplasiques et proliférantes. Quoi de plus légitime que de faire rentrer l'inoculation de la matière tuberculeuse et ses résultats dans cette doctrine de l'hétérologie, dans cette genèse par fécondation et par génération? Cette conviction se fortifie si l'on pense quelles analogies de structure rapprochent la matière tuberculeuse inoculée, qui va servir d'agent excitant et fécondant, et les éléments histologiques normaux qui vont être fécondés, excités à proliférer. Les ganglions lymphatiques sont ici le tissu mère, la matrice, suivant les expressions de Virchow, destinés à être fécondés; c'est vers eux que les vaisseaux lymphatiques vont diriger la matière tuberculeuse introduite dans les tissus. Or, les éléments histologiques propres de ces ganglions, les corpuscules ou cellules lymphatiques sont tellement voisins de la granulation tuberculeuse que la plupart des anatomo-pathologistes, Virchow en tète, les ont déclarés identiques et qu'ils ont consi| déré la granulation tuberculeuse comme une formation hétérologique des éléments lymphatiques normaux. En sorte que la
CHAUFFARD. — PIORRY.
matière tuberculeuse pénétrant et excitant les ganglions lymphatiques, ne ferait que solliciter une génération homologue en quelque sorte. Cette identité des éléments tuberculeux et lymphatiques explique encore comment des injections de substances minérales, injections purement irritantes, arrivent cependant à provoquer le développement de granulations tuberculeuses en apparence. Tout ce qui peut en effet irriter, pousser à la prolifération des éléments lymphatiques et même des éléments du tissu conjonctif, doit conduire au même résultat, les éléments ainsi prolifères n'ayant rien qui les distingue des éléments anormaux engendrés par l'affection tuberculeuse... Les faits avancés par M. Villemin, contrôlés et très exactement appréciés dans leurs conditions anatomiques par M. Colin, sont désormais acquis à la science; mais l'interprétation de ces faits, telle qu'elle a été donnée jusqu'à présent, n'est point con forme aux enseignements de la physiologie et de la clinique. L'inoculation de la matière tuberculeuse amène, comme fait primitif, un travail local de prolifération tuberculeuse, et, comme fait secondaire, une dissémination de tubercules sur les organes internes. Ces accidents, par leur marche et leur nature, demeurent complètement distincts de l'affection morbide générale connue sous le nom de tuberculose. Les inoculations pratiquées par M. Villemin ne jugent donc pas la question de la spécihcité et de la contagion de la phtisie pulmonaire. »
Piorry, intervenant ensuite, a une explication toute prête des prétendus faits d'inoculation du tubercule ; il rappelle les anciennes expériences de Magendie , de Dance et les siennes propres sur l'introduction de pus dans les veines; il estime que les faits de Villemin sont de même nature; « la matière tuberculeuse ne paraît être autre chose que du pus qui a subi par suite de son séjour dans les organes, des modifications nombreuses et variées. Ce n'est pas, dans ces expériences, de l'inoculation et de la reproduction d'un miasme ou d'un virus qu'il s'agit, mais bien de la pénétration du pus dans les vaisseaux et de son dépôt dans les tissus; ce pus s'y altère, s'y dessèche, s'y modifie et provoque par sa présence le dépôt de nouveau pus, dont les apparences et la consistance varient. Parmi les apparences que