FAIBLE VIRULENCE DU LUPUS
C'est là une opinion qui a été émise de divers côtés et elle a paru trouver, à un moment donné, une base expérimentale dans les recherches d'Arloing, d'après lesquelles les produits scrofuleux n'infecteraient que le cobaye et seraient inactifs pour le lapin, tandis que les produits tuberculeux vrais se montrent virulents pour les deux espèces animales.
Nous verrons qu'il faut renoncer à cette distinction, si séduisante en apparence; sans doute, d'une façon générale mais non constante, les produits scrofuleux, parmi lesquels se range le lupus, se montrent moins infectieux, en ce sens qu'ils évoquent chez le cobaye et chez le lapin une tuberculose à marche particulièrement lente; chez .le lapin, l'inoculation peut même demeurer sans effet; cela tient, non à une différence dans la virulence propre des bacilles, mais simplement au petit nombre des bacilles contenus dans les produits scrofuleux. En réduisant la quantité de matière dûment tuberculeuse inoculée, on arrive au même résultat. Nous ne connaissons pas, actuellement du moins, de bacille de la tuberculose réellement atténué, dans le sens qu'il convient depuis Pasteur d'appliquer à ce mot; il n'existe pas de bacille qui, d'une façon permanente et dans les inoculations successives, provoque une tuberculose atténuée. Si, sur un cobaye lentement tuberculisé par l'inoculation de fragments de lupus ou de quelque lésion scrofuleuse, on prélève un peu de tissu malade et qu'on l'inocule à un autre cobaye, en quantité suffisante, on obtiendra du premier coup une tuberculose aussi virulente et aussi rapide dans son évolution que celle que provoque l'inoculation de produits tuberculeux francs. En un mot, le peu de virulence du lupus aussi bien que des autres lésions dites scrofuleuses semble pouvoir être ramené, non pas à une virulence moindre des bacilles eux-mêmes, mais plutôt au nombre extrêmement petit des agents virulents ; c'est une question de dose et non de qualité du virus.
Cette interprétation, il est vrai, ne fait que reculer le problème sans le résoudre, et nous ignorons pourquoi les bacilles de la tuberculose se développent si faiblement dans les cas de lupus, alors que leur pullulation est si active quand elle s'effectue dans des organes autres que le derme de la peau ou des muqueuses adjacentes à la peau. La structure histologique des téguments, leur température relativement basse et variable
LUPUS ÉRYTHÉMATEUX.
sont, comme je l'ai dit, des facteurs qui, dans une certaine mesure, peuvent intervenir pour gêner le développement et la végétation du bacille de Koch; ainsi pourrait s'expliquer d'une part la rareté, d'autre part la torpeur et la bénignité relatives des tuberculoses cutanées.
On définit, depuis Cazenave, sous le nom de lupus érythémateux une lésion cutanée caractérisée par une plaque rouge, avec induration plus ou moins accusée du derme, par une desquamation spéciale et enfin par une tendance à la production de l'atrophie cicatricielle, particularité qui a fait adopter la qualification de lupus pour cette affection. La rougeur est permanente et s'elface incomplètement par la pression du doigt; dans les formes purement congestives du lupus érythémateux (type vasculaire, ou érythémateux simple de Besnier) la rougeur est le symptôme saillant de la maladie ; les lésions épithéliales et desquamatives sont moins accusées et consistent en une exfoliation, sur les bords, par minces lamelles d'un blanc plâtreux, très adhérentes. D'autres variétés se font remarquer par la prédominance des lésions épidermiques; c'est le lupus érythémato-squameux, le lupus acnéique, ou le lupus folliculaire de Besnier; il s'agit de plaques érythémateuses dont la partie centrale ou la presque totalité est occupée par une squame grisâtre, plâtreuse, très adhérente, formée de produits sébacés et de masses épidermiques masquant plus ou moins la rougeur érythémateuse. Ce revêtement squameux du lupus érythémateux peut offrir les aspects les plus variés, d'où des types pityriasiformes, psoriasiformes, eczématiformes, etc. ; parfois le lupus érythémateux présente certaines analogies avec les engelures; c'est le genre pernio, qui occupe surtout le nez, les oreilles, les doigts. On voit combien est grand le polymorphisme des lésions décrites sous le nom de lupus érythémateux. « Quatre éléments, se rencontrant presque toujours dans ces différentes formes, ont permis d'effectuer le rapprochement grâce auquel les types morbides, disséminés dans des descriptions séparées, ont été légitimement réunis en un seul faisceau. Ces éléments constitutifs et caractéristiques du lupvis érythémateux sont : 1° la congestion avec infiltration légère, d'oii relève l'érythème qui a servi à qualifier cette variété de lupus;