CELLULES GÉANTES ET BACILLES
Iules géantes ; au niveau des points en suppuration existaient des nodules tuberculeux en voie de caséification. Dans un certain nombre de cellules épithélioïdes et de cellules lymphatiques on pouvait déceler la présence de quelques bacilles de la tuberculose ; les cellules géantes n'en renfermaient pas, non plus que le pus exprimé, mais on pouvait y constater des staphylocoques.
Karg trouva également, à l'examen d'un tubercule anatomique provenant d'un garçon d'amphithéâtre, des cellules géantes avec des bacilles'.
J.-L. Reverdin et Mayor ont pratiqué l'examen d'un tubercule anatomique développé sur le doigt d'un étudiant en médecine; ils n'y constatèrent que des nodules embryonnaires, sans cellules géantes, mais ils purent mettre en évidence dans les coupes la présence de quelques bacilles de la tuberculose ^
PoUosson a examiné des tubercules anatomiques prélevés l'un sur lui-même, les deux autres sur des médecins et un quatrième sur un garçon d'amphithéâtre ; il constata dans ces cas l'absence de lésions tuberculeuses et de bacilles ; il estime que sous le nom de tubercule anatomique, on décrit des affections différentes et que l'on n'est pas en droit de conclure toujours à leur nature tuberculeuse \ Je ferai remarquer que la rareté des bacilles dans le tubercule anatomique et les difficultés qu'il y a à les mettre en évidence ôtent beaucoup de leur valeur aux faits négatifs tels que ceux de Pollosson, et il est bien probable que toutes les lésions cutanées qui présentent les caractères cliniques du tubercule anatomique sont bien et dûment d'origine tuberculeuse.
Sous le nom de tuberculose verruqueuse de la peau, Riehl et Paltauf ont étudié une intéressante forme de tuberculose cutanée, manifestement primitive et résultant d'une inoculation directe*. Elle siège habituellement à la face dorsale des mains ou des doigts, ou dans les plis interdigitaux, plus rare-
1. Karg, Tuberkelbacillen in cinem sogonannteri Lcichentuborkcl [Cenb-albl. fur Chirurgie, 1885, p. 365).
2. J.-L. Reverdin bIMayor, Tubercule anatomique renfermant des bacilles (ftei'Me méd. de la Suisse romande, 1888, p. 447).
3. Pollosson, Du tubercule anatomique'(Pï'oyi/iC'? médicale, 1887, p. 437).
4. RiEUL et Paltauf, Tuberculosis verrucosa cutis, eine bislier noch niclit beschriebene FormvonHauttuberculose [Vierteljahrsschr. f. Dermatologie u. Syphilis, 1886, p. 19).
RIEHL ET PALTAUF : TUBERCULOSE
ment à la paume de la main ou sur l'avant-bras. On dirait à première vue un lupus verruqueux ou des verrues enflammées; ce sont des plaques arrondies, circinées, uniques ou multiples, de la dimension d'un pois à celle d'une pièce de deux francs et au delà. L'extension d'un placard se fait souvent par le développement de lésions nouvelles à sa périphérie, tandis que la partie centrale présente la lésion à son plus haut degré ou en voie de rétrocession. Le bord du placard est purement érythémateux; une zone plus interne présente de petites pustules superficielles ou des croûtes squameuses, vestiges des pustules; à ce niveau la peau est infiltrée, d'un rouge livide. Le centre de la plaque est saillant, papillomateux, hérissé de croûtes formées d'épiderme corné. Dans l'intervalle des saillies papillomateuses existent des rhagades, de sorte que l'ensemble a l'aspect d'une agglomération de verrues; au fond de ces fissures on peut voir de petites pustules ou de petits abcès intra-dermiques. Si l'on presse la tumeur entre les doigts, on fait sourdre du pus par une foule de petits orifices situés dans l'intervalle des saillies papillaires, comme d'une écumoire, et si l'on nettoie la lésion avec un cataplasme, on voit qu'elle est constituée par des pa pilles hypertrophiées entre lesquelles .sont des fissures suppurantes ou des abcès miliaires profondément situés. L'extension de la maladie est lente, excentrique, souvent serpigineuse. Quand les lésions sont plus avancées et arrivées au stade régressif, les papillomes s'afl'aissent, les croûtes disparaissent, la suppuration tarit et le centre du placard fait place à une cicatrice lisse, mince, souple, remarquable par son aspect criblé et réticulé et n'occupant que la partie superficielle du chorion ; il est rare que le placard adhère aux couches profondes de la peau.
Contrairement au lupus, qui atteint les jeunes sujets, la tuberculose verruqueuse de la peau est une affection de l'âge adulte(de 19 à 45 ans); elle est plus fréquente chez l'homme que chez la femme. Tous les malades observés par Riehl et Paltauf avaient des occupations qui pouvaient les mettre en contact fréquent avec les animaux domestiques ou avec des produits d'origine animale. Ainsi suris cas, o se rapportaientà des bouchers, 2 à des cochers, 1 à un charrouv 1 à un aubergiste de village, 2 à des cuisinières. Trois observations recueillies ultérieurement avaient trait à une fille d'écurie, une fille de cuisine et un