LUPUS SCLÉREUX DE VIDAI
fait fortune, et la description très remarquable de Riehl et Paltauf a eu le mérite d'appeler plus spécialement l'attention sur cette forme particulière de tuberculose primitive de la peau. Toutefois , les dermatologues viennois n'ont pas été les premiers à l'observer; ils ont eu des précurseurs. Sous la dénomination de scrofulide verruqueuse, Hardy l'avait mentionnée très nettement, et E. Vidal, dès 1883, sous le nom de lupus scléreux, donnait la description d'une maladie qui présente tous les caractères de la tuberculose verruqueuse. Le lupus scléreux primitif, d'après Vidal, débute sous la forme de taches rougeâtres qui s'agrandissent et proéminent bientôt en petites saillies dures. Puis, ces plaques s'étendant, les éléments du derme et de l'épiderme subissent une hypertrophie et forment des saillies mamelonnées, rugueuses, inégales, hérissées en certains points d'excroissances verruqueuses , papillomateuses , d'apparence cornée, séparées par des sillons et des fissures. Ces fissures peuvent s'ulcérer et fournir une sérosité purulente. Au bout d'un certain temps, le centre du mal tend vers la guérison, une cicatrice apparaît et suit la production lupique dans son extension progressive et serpigineuse. Cette extension est toujours extrêmement lente, le mal pouvant durer douze, quinze ans et plus. La guérison spontanée est exceptionnelle ; il ne reste plus alors qu'une plaque de tissu scléreux au milieu de laquelle on voit de temps à autre réapparaître des tubercules. Vidal fait remarquer que la maladie siège de préférence sur les extrémités, et qu'elle s'observe plus souvent chez l'homme que chez la femme. Au point de vue histologique, Vidal signale les particularités essentielles de la lésion : on trouve, sur les coupes de la peau malade, une couche superficielle simulant l'épithélioma et formée de produits cornés exubérants, une couche moyenne de tissu scléreux, enfin une couche profonde dermique, dans laquelle siègent des nodules de lupus avec tous leurs caractères histologiques. Vidal ajoute que l'ordre des deux dernières couches est parfois interverti; les nodules lupiques sont souvent sous-épidermiques et reposent sur une couche de tissu fibreux formant une sorte de gâteau dur'. Il insiste enfin sur les analogies étroites qui existent entre le lupus
1. E. Vidal, Du lupus scléreux [Annales de dermatologie et de sypldligraptiie, 1883, p. 414).
ULCÉRATIONS TUBERCULEUSES
scléreux et le tubercule des anatomistes. Il est impossible de méconnaître dans cette description les principaux traits qui caractérisent la tuberculosis verrucosa cutis de Riehl et Paltauf.
Les ulcérations tuberculeuses proprement dites do la peau sont celles qui ont été les premières observées, quoiqu'elles ne soient pas les plus fréquentes parmi les dermatoses tuberculeuses. La survenance de ces ulcérations chez des pbtisiques avérés, leur siège habituel au pourtour des orifices naturels, de la bouche et de l'anus, expliquent pourquoi elles ont les premières éveillé les soupçons des observateurs. La détermination précise des ulcérations tuberculeuses de la peau fut en quelque sorte un corollaire des travaux sur la tuberculose linguale. Ricord le premier signala l'existence sur la langue d'ulcérations d'origine tuberculeuse ; les observations du professeur Fournier, les thèses de Buzenet (1838), de Julliard (1865), et enfin les études de Trélat firent connaître les principaux cai'actères de l'ulcère tuberculeux de la langue et leur particularité la plus frappante, la présence dans leurs bords et à leur périphérie de petites granulations grises ou jaunâtres, véritable semis tuberculeux. La tuberculose ulcéreuse de la langue ainsi établie, il fut aisé de découvrir que certaines ulcérations de la peau, développées chez les phtisiques, étaient également de nature tuberculeuse. Les faits de Coyne, de Péan et Malassez dans leurs recherches sur les ulcérations anales, les observations de Liouville, Martineau, Féréol, Hillairet, celles de Jarisch et Ghiari, les examens histolologiques de Gornil et Babes, de Hanot, de Renaut, ont bien fait connaître les particularités de cette localisation cutanée de la tuberculose, qui se trouve étudiée avec soin dans la monographie de Vallas'.
Les ulcérations sont généralement petites dans les régions où la peau est adhérente aux tissus sous-jacents (lèvres, anus), plus étendues quand elles siègent sur les membres ; elles sont arrondies ou ovalaires, souvent polycycliques ; les bords sont sinueux, déchiquetés, taillés à pic, non décollés ; le fond de l'ulcération, au milieu des bourgeons charnus, laisse apercevoir de petites saillies jaunâtres, plus ou moins abondantes.
1. Yallas, Sur les ulct-ralions tuberculeuses de la peau i Thèse de Lyon, 1887).