‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 64 sur 689 · DU VIRUS TUBERCULEUX · texte numérisé non relu

DU VIRUS TUBERCULEUX

après coup. Des expériences sur les animaux vous donnent tel ou tel résultat, et au lieu de les contrôler par l'expérience clinique et par toutes les données de la physiologie humaine, vous échafaudez sur elles une doctrine générale de la tuberculose pulmonaire et de toutes les maladies. Pour cela, vous renversez toutes les notions acquises ; et il faut que nous acceptions du jour au lendemain que la phtisie tombe des nues et que, dans sa pathogénie, le sujet, la constitution, les conditions hygiéniques, l'hérédité, les diathèses ne sont rien, et que tout est sur la lame d'une lancette chargée de virus tuberculeux impossible, provenant sans doute d'un tuberculeux qui le tenait d'un autre, ainsi de suite jusqu'au premier homme, qui ne le tenait pourtant de personne et devait l'avoir formé de toutes pièces! »

Pidoux va jusqu'à faire le procès à Laënnec. « Laënnec, ditil, s'est tellement prononcé contre la part que les causes externes peuvent prendre à la phtisie; il a tellement posé le tubercule comme un parasite, une espèce d'entozoaire sans autre raison d'être que son existence même, et dont il est inutile de rechercher l'étiologie, que les partisans d'un virus tuberculeux le revendiquent maintenant comme un des leurs. Gela n'est pas flatteur pour Laënnec; et pourtant, je dois dire qu'il a mérité ce triste honneur par son scepticisme à l'endroit des causes et des remèdes de la phtisie tuberculeuse. »

Pidoux s'efl'orce ensuite d'établir qu'il y a des phtisies d'origine multiple; d'abord des phtisies acquises par des causes extérieures, par l'action des refroidissements répétés, d'une alimentation mauvaise, d'un travail excessif, etc. ; des phtisies résultant de la transformation d'autres maladies chroniques, la goutte, le rhumatisme, l'herpétisme, qui « en vieillissant, en s'aflaiblissant ou en dégénérant » aboutissent à la tuberculose; enfin des phtisies « diathésiques » dues à une disposition spéciale, constitutionnelle, innée de l'individu. Dans cette multiplicité d'origines qu'il invoque, il voit la preuve de la non-spécificité du tubercule. « Est-ce là, dit-il, la conduite des maladies spécifiques? Est-ce qu'elles dérivent d'autres maladies par transformation rétrograde ? Est-ce qu'elles ont des équivalents ? Ne sont-ce pas là les allures et les vicissitudes des maladies communes ? »

Dans sa dissertation, Pidoux fait appel enfin à des arguments

BÉHIER.

d'ordre sentimental. La notion de la spécificité et de la virulence de la tuberculose l'épouvante. « Quel malheur ne serait-ce pas qu'un pareil résultat! L'économie sociale, l'hygiène publique et privée, la prophylaxie, la médecine, condamnées d'avance dans leurs aspirations et leurs efforts; les pauvres phtisiques séquestrés comme des pestiférés ; la tendresse des familles en lutte avec la peur et l'égoïsme en face d'une maladie capable de fatiguer le dévouement par ses longueurs et son atmosphère homicide ! Si la phtisie est contagieuse, il faut le dire tout bas... Laissez-nous donc croire, jusqu'à preuve du contraire, que nous avons raison, nous, partisans de l'étiologie commune de la phtisie, partisans de la dégénération tuberculeuse spontanée de l'organisme sous l'influence des causes accessibles que nous recherchons partout, pour couper peu à peu le mal dans ses racines'. »

Béhier, qui prit ensuite la parole, ne regarde pas les expériences de Villemin comme concluantes, mais pour des raisons différentes de celles développées par Chauffard et par Pidoux. Il blâme le choix du lapin pour établir l'inoculabilité du tubercule, cet animal étant, d'après lui, « le plus facilement tuberculisable qu'il soit possible de rencontrer ». Ayant injecté « de la graisse de lapin, fondue au bain-marie, dans la veine auriculaire de lapins », il dit avoir déterminé ainsi, dans les poumons, « une altération aussi semblable que possible à l'altération tuberculeuse ». C'est parce que le chien et les carnassiers en général ne présentent pas cette disposition à fah^e du tubercule, qu'ils sont à peu près réfractaires. Il conclut dans les termes suivants : « M. Villemin a tenté de nouvelles voies. Je ne crois pas, je le répète, qu'il ait jusqu'à présent réussi à prouver ce qu'il avance, mais il a droit à tous nos éloges et l'avenir doit lui rester ouvert; car le jour oii il prouvera que, par l'inoculation de la matière tuberculeuse seule, on peut développer une affection tuberculeuse, force sera bien de changer la place que la tuberculose occupe dans le cadre nosologique, et cela en dépit de toutes les déductions du monde et malgré les opinions les plus accentuées. Mais, à mon sens, son expérimentation est encore peu concluante. Quant à moi, je resterai jusqu'à plus

1. On trouvera les mêmes idées, amplement développées, dans l'ouvrage de Pidoux intitulé : Études générales et pratiques sur la phtisie. Paris, Asselin, 1873.

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