‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 640 sur 689 · INFLUENCE FAVORABLE · texte numérisé non relu

INFLUENCE FAVORABLE

rent leur poids primitif. Trois d'entre eux furent tués 85, 70 et S2 jours après l'opération ; le quatrième vivait encore (8 mois après l'inoculation) parfaitement bien portant. Les chiens qui succombèrent malgré la laparotomie avaient subi l'opération à une période assez éloignée du moment de l'infection; ceux qui survécurent avaient au contraire été opérés 12 à 15 jours après l'inoculation.

Chez les chiens morts rapidement à la suite de la laparotomie (au bout de 16 à 30 jours) on trouvait de l'ascite, mais moins prononcée que celle qui avait été constatée au moment de l'opération; les deux feuillets du péritoine étaient couverts de granulations tuberculeuses, ainsi que le mésentère; l'épiploon était épaissi, caséeux par places, les ganglions mésentériques caséeux ; la rate était presque toujours atteinte, ainsi que les poumons et les ganglions bronchiques. Ces faits montrent que « dans les cas où l'opération a été faite tardivement, au moment oii la tuberculose du péritoine était déjà très avancée, la laparotomie a été incapable d'enrayer complètement le processus morbide. L'opération arrêtait bien pour quelque temps le processus, mais ce dernier ne tardait pas à reprendre sa marche envahissante et le chien succombait à la tuberculose généralisée. Ce qui montre que, même dans ces cas, la laparotomie améliore incontestablement la situation, c'est que, malgré le traumatisme opératoire et l'alfaiblissement qui s'ensuivait, les animaux opérés survivaient toujours plus longtemps à l'infection que les animaux témoins. La survie plus longue des animaux opérés doit par conséquent être attribuée exclusivement à la laparotomie. »

Chez les chiens opérés à une période moins avancée, qui s'étaient rétablis et qu'il fallait sacrifier, l'autopsie révéla les particularités suivantes : « Chez le chien tué 85 jours après la laparotomie, tous les petits tubercules constatés, pendant l'opération, sur l'épiploon, le feuillet viscéral du péritoine et le mésentère, avaient complètement disparu. L'épiploon avait son aspect normal, à l'exception de quelques endroits où il paraissait un peu épaissi ; sur des coupes microscopiques on put constater que l'épaississement et la consistance plus solide étaient dus au développement, dans ces endroits, d'un tissu fibreux, de sorte qu'il paraît certain qu'il s'agissait là d'une transformation fibreuse d'anciens tubercules. Quant aux deux

DE LA LAPAROTOMIE.

feuillets du péritoine, l'examen le plus attentif ne permit d'y découvrir la moindre trace d'anciens tubercules ; le péritoine était aussi lisse et uni qu'à l'état normal. Les ganglions mésentériques, augmentés de volume, étaient durs, mais ne présentaient aucune modification de nature tuberculeuse. La rate, le foie, les poumons paraissaient sains et, sur des préparations microscopiques faites avec le suc de la rate, on ne voyait pas de bacilles. Le chien en question avait été opéré 12 jours après l'infection. Un cobaye inoculé dans le péritoine avec une émulsion faite avec un morceau d'épiploon pris pendant l'opération, a succombé au bout de 43 jours de tuberculose généralisée; un chien témoin, inoculé de la même façon et avec la même émulsion, mourut de tuberculose générale au bout de 27 jours. Chez un cobaye inoculé dans le péritoine avec une émulsion faite avec un morceau d'épiploon prélevé au moment de l'autopsie, cobaye tué 4o jours après l'inoculation, on ne trouva aucune trace de tuberculose. » Des constatations analogues furentfaites sur les deux autres chiens, sacrifiés 70 et 52 jours après l'opération. Ces faits montrent que « la péritonite tuberculeuse des chiens peut guérir par la laparotomie, à la condition que l'opération soit faite de bonne heure, au début du processus ».

Stchégoletf a cherché à se rendre compte, par l'examen microscopique, du processus histologique de guérison des lésions tuberculeuses péritonéales, chez le chien, à la suite de la laparotomie. Sur des coupes pratiquées sur des fragments d'épiploon et de mésentère, il constata que bon nombre de tubercules avaient complètement subi la transformation fibreuse, que d'autres étaient en voie de cette transformation, les cellules embryonnaires et épithélioïdes apparaissant entremêlées d'éléments jeunes de tissu conjonctif (fibroblastes). Les bacilles, très abondants dans les lésions tuberculeuses chez les chiens témoins, faisaient défaut ou ne se voyaient qu'en petit nombre dans l'épiploon ou sur le péritoine des chiens laparotomisés. Pour Stchégoleff, la régression des produits tuberculeux tient à la réaction intlammatoire, caractérisée par l'infiltration de cellules embryonnaires, la phagocytose et le développement actif de tissu conjonctif et aboutissant à la transformation fibreuse des tubercules. Ce processus s'observe également, mais d'une façon moins accusée chez les animaux non opérés, et ne suffit

HYPOTHESES SI R LE MECANISME DE lA GUERISON.

pas aloi's pour arrêter l'évolution du tubercule. La laparotomie aurait donc pour effet d'activer singulièrement le travail de réaction inflammatoire : « Les tissus qui entourent les foyers tuberculeux s'infdtrent de cellules embryonnaires qui forment une véritable barrière à l'extension du foyer et entrent en lutte avec les bacilles qu'il renferme; les éléments jeunes s'organisent en tissu conjonctif nouveau qui, à son tour, subit la transformation fibreuse; eniin les éléments spécifiques du tubercule périssent et sont résorbés. »

Stchégoleff pense que l'effet curateur exercé par la laparotomie sur la péritonite tuberculeuse se rattache surtout à un ensemble d'actions physiques : le traumatisme subi par le péritoine, les influences thermiques, la pénétration de l'air dans la cavité abdominale et peut-être aussi l'intervention de la lumière. Ces facteurs réunis amènent une irritation du péritoine malade et une réaction inflammatoire aboutissant à l'arrêt du processus morbide. L'évacuation de l'épanchement ascitique ne constitue pas, comme l'admettent plusieurs auteurs, la cause exclusive de la guérison ; en etïet, dans les expériences de Stchégolefl, la guérison s'observait précisément dans les cas oii la laparotomie était pratiquée au début de la péritonite tuberculeuse, c'est-à-dire à un moment où on ne trouvait dans le péritoine qu'une très petite quantité ou même aucune trace de liquide.

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