INFLUENCE DU NOMBRE DES BACILLES CHEZ LE COBAYE
de carie tuberculeuse, ou une très petite quantité de crachats de phtisiques, ou quelques gouttesd'une cvilture trèsdiluée, l'animal peut rester pendant plusieurs mois dans un état de santé apparent, présentant un ulcère tuberculeux au point d'inoculation et l'adénopathie correspondante; ce n'est qu'au bout de 3, 4 ou 5 mois, quelquefois davantage, qu'il maigrit profondément et meurt dans une cachexie très accusée. Dans ces cas de tuberculose expérimentale du cobaye à évolution très lente, les lésions trouvées à l'autopsie sont très prononcées et généralisées ; le système ganglionnaire, la rate, le foie, môme les poumons sont envahis; la rate est souvent énorme et présente, ainsi que le foie, les marbrures jaunes et rouges, les foyers caséeux et les lésions scléreuses, nécrotiques et hémorrhagiques qui sont si frappantes. Lorsque, au contraire, on inocule sous la peau du cobaye une dose relativement forte de culture du bacille humain ou des mammifères, la marche de la maladie est généralement plus rapide; l'animal succombe déjà au bout de six semaines à deux ou trois mois, moins amaigri et moins cachectique que dans le cas précédent; les lésions sont aussi moins prononcées, la rate et le foie moins volumineux et présentant des altérations moins avancées et moins caséeuses ; les poumons sont indemnes ou envahis seulement par quelques granulations grises : la maladie dans ces cas a évolué trop promptement pour que les lésions aient eu le temps de s'accuser et de se généraliser davantage. Si l'on ne tenait pas compte de cette évolution plus rapide et de la mort survenue plus tôt, on pourrait croire, comme l'ont fait certains expérimentateurs, que le virus tuberculeux a été affaibli par le fait de la culture en dehors du corps de l'homme ou des animaux. La différence dans les résultats tient surtout, selon moi, au nombre des agents virulents qui interviennent, nombre qui est beaucoup plus considérable qu.and on inocule une culture, même à dose en apparence très petite, que quand on se sert de produits tuberculeux naturels.
Grancher et Ledoux-Lebard ont étudié l'influence exercée par des doses variables de culture du bacille aviaire, inoculées dans la veine de l'oreille des lapins. Pour déterminer d'une façon plus précise la dose employée, ces expérimentateurs eurent recours à la pesée et se servirent de cultures préalablement desséchées en présence du chlorure de calcium, puis dé-
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layées dans un volume donné d'eau stérilisée. Ils s'assurèrent ainsi que la dose de 1 milligr. à 0"'-',02 de culture aviaire, pesée à l'état sec, injectée dans la veine de l'oreille, est capable de tuer le lapin par une tuberculose généralisée à forme septicémique, avec hypertrophie du foie et de la rate et sans tubercules apparents (type Yersin). Les doses successivement décroissantes de O^^^Ol à Qnigr QQj tuent beaucoup plus lentement et avec d'autres lésions; la mort, au lieu de se produire au bout de 2 à 3 semaines, est survenue après 93, 195 et 218 jours. Dans un cas, on ne trouva d'autres lésions qu'un foyer caséeux dans le poumon, contenant des bacilles; dans un autre, une tumeur blanche siégeant, à l'articulation tibio-tarsienne de l'une des pattes postérieures, avec des bacilles dans le pus ; tous les autres organes étaient sains. On voit donc que par l'injection intra-veineuse du bacille aviaire, chez le lapin, en ayant soin de faire varier la quantité de virus inoculé, on obtient des formes très diverses de tuberculose expérimentale, depuis le type septicémique aigu jusqu'à la tumeur blanche ou d'autres tuberculoses locales.
Grancher et Ledoux-Lebard voulurent aussi s'assurer si, par l'inoculation de doses d'abord très faibles puis graduellement croissantes de culture tuberculeuse à un même animal, on arriverait à lui conférer une certaine immunité contre les doses mortelles. Des doses de 0'"^\00001 à 0"'s%0009 de culture pesée à l'état sec furent inoculées successivement, à des intervalles d'environ une semaine, dans l'oreille de lapins. Ces lapins reçul'ent ensuite la dose de 0™=%001 en même temps que des témoins. Ils succombèrent aussi vite, quelques-uns même plus vite*.
On a essayé, de différents côtés, d'appliquer à la tuberculose la méthode pasteurienne d'immunisation par des inoculations de cultures de virulence progressivement croissante. Les tentatives poursuivies dans cette direction avec le plus de méthode sont aussi dues à Grancher et Hip. Martin. Ces essais ont consisté dans l'inoculation intra-veineuse, à des lapins, de cultures aviaires aff'aiblies à des degrés variables par le vieillissement, en passant successivement à des cultures de plus en plus virulentes, jusqu'à l'inoculation d'épreuve. Le virus le plus faible
1. Grancher et Lepoux-Lebard. Éludes sur la tuberculose expérimentale du lapin [Arch. de mécl. expërim. et d'anat. path. 1891, p. 148).