N. GUÉNEAU DE MUSSY
mental en lui-même, Hérard se sépare de lui pour les conclusions qu'il en tire. « Que l'on place, dit-il, la phtisie, comme le veut notre savant confrère, dans la classe des maladies virulentes, à côté de la morve, du farcin ou de la syphilis, le mode de développement n'en continuera pas moins à être ce qu'il a toujours été, ce qu'il sera probablement toujours, c'est-à-dire spontané. » Cette spontanéité de la phtisie, Hérard continue à s'y rallier, tout en reconnaissant que la maladie est inoculable aux animaux, tout en déclarant aussi qu'il se sent w fortement impressionné dans le sens des idées contagionnistes ». « Si, dit-il, comme je le crois, les recherches ultérieures démontrent que la phtisie est, dans une certaine mesure, contagieuse, nous n'oublierons pas que la découverte expérimentale de M. Villemin a contribué pour une bonne part à la démonstration de ce fait important. »
N. Guéneau de Mussy pense que le débat peut se résumer ainsi : « 1° les expériences alléguées en faveur de l'inoculabilité du tubercule sont- elles concluantes? 2° l'observation clinique nous autorise-t-elle à admettre la contagion de la tuberculose ? 3" quelles conséquences légitimes peut-on tirer des faits expérimentaux et des faits cliniques pour éclairer la pathogénie et la prophylaxie de cette affection? » A la première question, la réponse est catégorique : « la transmission possible du tubercule par inoculation demeure un fait acquis à la science; c'est à M. Villemin qu'en reviendra tout l'honneur et son travail fera date dans l'histoire de la phymatose ». La contagion de la phtisie parait également bien probable à Guéneau de Mussy, et il cite à l'appui quelques observations personnelles. Combien de temps, dit-il avec raison, n'a-t-on pas passé, sans la voir et en la niant, à côté de la contagion de la morve, du choléra, de la fièvre typhoïde! Toutefois, la puissance de la contagion tuberculeuse lui paraît faible, elle exige des conditions spéciales de terrain et de réceptivité. A côté et au-dessus de la contagion, il admet comme facteur de la phtisie l'hérédité, l'épuisement de la race et tout ce qui affaiblit l'énergie nutritive. Comment ces causes banales peuvent-elles aboutir à une maladie contagieuse et inoculable ? Guéneau de Mussy se borne à constater le fait sans essayer de l'expliquer.-
HARDY. — H. HOULEY.
- Hardy estime qu'il faut accepter les expériences de Villemin établissant le fait de l'inoculation de matière tuberculeuse aux animaux. Mais doit-on aller aussi loin que lui et déclarer que la tuberculose est une maladie virulente et spécifique ? Qui dit maladie spécifique, dit une maladie ne pouvant se développer que sous l'action d'une cause unique; la tuberculose ne pourrait donc naître que par contagion ou par inoculation. L'inoculation n'intervient pas chez l'homme; mais, d'accord sur ce point avec Hérard et Guéneau de Mussy, Hardy incline vers la contagion de la phtisie et cite plusieurs faits où cette contagion paraît avoir été la seule cause de la maladie. L'influence héréditaire de la phtisie ne saurait être niée, mais il est des maladies spécifiques et virulentes qui sont héréditaires, la syphilis notamment. Toutefois, la syphilis héréditaire se manifeste presque toujours dans les premiers mois qui suivent la naissance, tandis que la tuberculose héréditaire met quelquefois vingt, trente ou quarante ans à se développer. « Comment croire, dans ce cas, à l'existence d'un virus qui demeure latent si longtemps? En dehors de ces cas un peu douteux de contagion et de ces cas beaucoup plus nombreux d'hérédité, nous devons dire que souvent la tuberculose se développe d'une manière spontanée et sous l'influence de causes variées. Cette circonstance seule de spontanéité et de diversité de causes est le meilleur argument à opposer à la conclusion de M. Villemin que la tuberculose est une maladie virulente et spécifique. Non, certainement, nous ne pouvons aller jusque-là. »
H. Bouley se déclare convaincu de l'exactitude et de la portée des expériences de Villemin et en accepte toutes les conséquences. H proteste contre l'assertion de Rufz et de Béhier, d'après lesquels la tuberculose spontanée serait très fréquente chez le lapin domestique; elle est au contraire excessivement rare. Il cite des faits de contagion de pommelière chez le bœuf qui lui paraissent venir à l'appui de la contagion de la phtisie humaine. H entrevoit la possibilité de l'immunisation contre la tuberculose. « Je voudrais, dit-il, que des lapins, si susceptibles à la contagion de cette maladie, fussent mis sur la défensive, si je puis ainsi dire, par un régime médicamenteux et qu'on essayât