‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 666 sur 689 · MODE EXACT DE PRÉPARATION · texte numérisé non relu

MODE EXACT DE PRÉPARATION

de son action nuisible, tout en lui conservant son action curatrice, sont donc jusqu'ici demeurés infructueux entre ses mains.

Koch donna aussi des détails phis circonstanciés sur le mode suivi par lui pour la préparation de la tuberculine brute. Il importe d'abord d'employer des cultures de tuberculose très abondantes. Au début, Koch se servait de cultures sur milieux solides (agar peptonisé et glycériné); quand elle avait atteint son complet développement, on récoltait la culture, on l'arrosait d'une solution de glycérine à 4 p. 100 et on réduisait le tout au dixième de son volume, puis on filtrait; le liquide ainsi obtenu était la tuberculine. Mais la quantité des bacilles développés sur milieux solides est toujours relativement peu abondante; pour s'en procurer de plus grandes, Koch eut recours aux cultures sur milieux liquides. Par les procédés ordinaires, ce mode de culture ne donne aussi que des récoltes peu abondantes; mais Koch fit par hasard l'observation que des écailles de cul ture de tuberculose mises à flotter à la surface du liquide, de façon à ne pas être submergées et que leur face siqîérieure demeure sèche, poussent avec une grande activité, au point de recouvrir au bout de quelques semaines la totalité du liquide, sous la forme d'une membrane épaisse, sèche et plissée. La quantité de bacilles obtenue de cette façon est beaucoup plus abondante que celle qui se développe sur les milieux de cultures solides^ Le milieu liquide employé était du bouillon de veau légèrement alcalin, additionné de 1 p. 100 de peptone et de 4 à 5 p. 100 de glycérine; la culture se faisait à 38°. Les cultures complèleraent développées, ce qui a lieu au bout de six à huit semaines, sont évaporées dans leur totalité (bacilles et bouillon de culture) au bain-marie dans l'eau bouillante jusqu'à réduction à un dixième de leur volume; on est par conséquent bien assuré que tous les bacilles sont tués par cette longue ébulli-

1. Dans noti'c mémoire sur la tuljcrculosc humaine et aviairc, paru plusieurs, mois avant la communication de Koch, nous avions déjià, Gamaléia et moi signalé identiquement le même procédé, utilisé par nous pour obtenir d'abondantes cultures du bacille de la tuberculose. « Le moyen, disions-nous dans ce travail, qui nous a le mieux roussi a consisté à faire flotter à la surface du liquide des parcelles minces de culture provenant du milieu solide. On obtenait ainsi un développement extrêmement abondant, sous l'orme d'une membrane blanche, sèche et vcrruqueuse ». (Straus et Gamaleia, Recherches exi^érimentales sur la tuberculose. La tuberculose humaine, sa distinction de la tuberculose des oiseaux. Arch. de tmkl. expérim., 1='' juillet 1891, p. 462.)

DE LA ÏLBERCULINE BllLÏE.

tioii; puis, l'on filtre à travers une bougie de porcelaine. La tuberculine ainsi obtenue contient 40 à 50 p. 100 de glycérine, ce qui permet au liquide de se conserver avec pureté, pendant plusieurs années. Avant de s'en servir, il est bon d'éprouver son activité sur le cobaye tuberculeux. On voit donc que la préparation de la tuberculine, tenue secrète pendant trop longtemps, ne présente en réalité aucune difliculté et qu'elle avait été devinée, presque dans tous ses détails, ainsi que nous 1 "avons vu, par divers expérimentateurs.

Dans mon laboratoire, depuis plusieurs années, la tubei'culine est confectionnée d'une façon courante à l'aide de cultures de tuberculose bumaine obtenues par ensemencement à la surface de bouillon glycériiié. On fait bouillir la culture, au bain-marie, dans une capsule de porcelaine, en ayant soin de bien agiter avec une baguette de verre. Quand le liquide est réduit au dixième de son volume, on filtre sur un bon filtre de papier, sans recourir à l'emploi du filtre Chamberland. Le liquide qui passe ne contient pas de bacilles, ou si quelques-uns s'y trouvaient par hasard, il n'en résulterait aucun inconvénient, car ils sont sûrement tués par l'ébullition prolongée*. La tuberculine préparée de la même manière avec des cultures de tuberculose aviaire oil're les mêmes propriétés que celle qui provient des cultures de tuberculose humaine ; seulement, contrairement à l'opinion de Roux et Metchnikofl, j'ai constaté que la tuberculine aviaire est plutôt, à dose égale, moins active que la tuberculine humaine ; si la tuberculine de provenance humaine se montre en général plus active, je pense que cela tient à ce que les cultures en surface, sur bouillon glycériné, des bacilles humains sont ordinairement beaucoup plus épaisses et plus abondantes que les cultures aviaires ; elles donnent donc un extrait plus riche en substance active.

Klebs a essayé de purifier la tuberculine en la débarrassant des substances pyrétogènes, phlogogènes et nécrotisantes qui produisent des accidents chez l'homme et en rendent l'emploi dangereux. Il pense que les effets nuisibles provoqués par la

1. Dans la tuberculine de Kocli, plusieurs observateurs, Ewald, A. Meyer et LiBBERTZ lui-même ont signalé la présence, dans certains cas, de quelques rares bacilles de la tuberculose, inoffensifs vu leur mort certaine et leur petit nombre.

LA TUBERCULINE ÉTUDIÉE

tiiberculine brute sont dus à des bases organiques, à des alcaloïdes. La méthode utilisée par lui pour cette purification a consisté à traiter la lymphe de Koch par l'alcool, puis à dissoudre le précipité dans l'eau et à le traiter par un mélange d'alcool, de chloroforme et de benzol cristallisé. Le produit ainsi obtenu aurait tous les effets curateurs de la tuberculine, sans en présenter les inconvénients. D'après Klebs la tuberculine ainsi débarrassée des alcaloïdes nuisibles serait douée de vertus curatives extraordinaires. Chez les sujets tuberculeux, elle agirait directement sur les bacilles, dont elle provoquerait la dégénérescence régressive caractérisée par un état vacuolaire ; d'oii le nom de tuberculocidine dont il désigne le produit ainsi purifié. Des injections préalables de tuberculocidine rendraient les cobayes moins sensibles à l'inoculation ultérieure du virus tuberculevxx et on observerait chez eux un retard dans le développement de la tuberculose, signe d'une immunité partielle ainsi conférée. Klebs prétend aussi avoir obtenu, chez les cobayes tuberculeux, des effets curateurs merveilleux à Ja suite d'injections quotidiennes d'un centigramme à un gramme de tuberculocidine. Chez l'homme aussi, il serait ainsi arrivé à des guérisons définitives. De tous les expérimentateurs et médecins qui se sont occupés de l'étude de la tuberculine et de ses dérivés, Klebs est assurément de beaucoup le plus optimiste, mais il faut aussi reconnaître que ses assertions n'ont été guère accueillies qu'avec les plus grandes réserves'.

W. Hunter a étudié, au point de vue chimique, la tuberculine brute de Koch^ En la faisant bouillir, après addition d'un peu d'acide acétique, on ne provoque pas de précipité; le liquide ne contient donc pas de sérum-albumine. Il renferme en grande abondance des protéides, qui précipitent par l'alcool absolu; Cb précipité,' repris par l'eau, donne une solution qui, traitée par l'acide nitrique très étendu, ne se trouble pas; elle se trouble par l'acide nitrique fort et le précipité est soluble

1. Klebs, Ueber die Wirkung des Koch'schen Mittels auf Tubcrkulose der Thicre, nebst Vorschlâge zur Herstellung eines unschâdliclien Tuberkulins {Wiener med. Woc/tenschr., 1891, n" 15). — Die Behandlung der Tulierkulose mit Tuberkulocidin. 8» cdit., 1892.

2. Hunter (W.). On the nature, action and thcrapcutic value of tlic active principles of tuberculin (The Bvitisli med. Journal, 1891, 25 juillet, p. 164).

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