AU POINT DE VUE CHIMIQUE
dans un excès d'acide ou par la chaleur. L'acide picrique en solution saturée précipite la solution; le précipité se redissout par l'action de la chaleur ou par l'addition de quelques gouttes de lessive faible de soude. En ajoutant un léger excès de solution concentrée de soude, puis une goutte de solution diluée de sulfate de cuivre, on obtient une teinte rose-violet, ce qui indique la présence d'albumoses ou de peptones, ou de ces deux corps à la fois (réaction du biuret). En saturant à froid avec du sulfate d'ammoniaque, on obtient un précipité abondant; ce précipité, filtré, lavé et redissous dans l'eau, donne la réaction du biuret. Le liquide qui passe à la filtration, acidulé et additionné à nouveau de sulfate d'ammoniaque, précipite encore par la chaleur; le liquide clair qui passe après filtration ne donne pas la réaction du biuret. Hunter en conclut que la tuberculine ne contient pas de peptones. Elle contiendrait principalement des albumoses, surtout des proto-albumoses et des deutéro-albumoses, avec des traces d'hétéro-albumoses et de dysalbumoses. La tuberculine renferme en outre des traces de mucine, des sels organiques et inorganiques, de la glycérine et des matières colorantes. Enfin, en traitant la tuberculine par l'alcool absolu, on trouverait en solution dans le liquide filtré un alcaloïde précipité par le chlorure de platine.
W. Hunter a fait quelques recherches sur les effets que produisent chez des malades, principalement chez des sujets atteints de lupus, les divers principes 'ainsi extraits de la tuberculine brute. D'après lui, les substances précipitées par l'alcool exerceraient surtout l'action modificatrice et curatrice sur les tissus tuberculeux, tandis que les produits solubles dans l'alcool (quelques albumoses et en particulier les sels) auraient une action pyrétogène en même temps qu'une action curatrice sur les tubercules. En précipitant l'ensemble des albumoses contenues dans la tuberculine brute par le sulfate d'ammoniaque et en débarrassant le précipité des sels qu'il renferme par la dialyse, on obtiendrait un produit qui posséderait à un degré éminent le pouvoir de provoquer la réaction inflammatoire locale des tissus tuberculeux, sans aucun trouble général. Enfin, dans une dernière série de manipulations, Hunter traite la tuberculine brute par l'alcool absolu, et sépare le précipité par filtration. La solution alcoolique qui passe est évaporée au bain-marie à 40";
\V. Ki UNE : RECHERCHES Sl ll LA NATURE
le résidu est repris par l'eau et d'ialysé pendant deux heures dans un courant d'eau. Le produit qui reste dans le dialyseur aurait la propriété de guérir les lésions tuberculeuses, sans réaction locale inllammatoire et sans fièvre. On trouvera sans doute cette dissociation, à la fois chimique et physiologique, des principes contenus dans la tuberculine bien précise et donnant des résultats d'une sûreté surprenante. Certes il serait à désirer que la séparation et la spécialité d'action des poisons bactériens pussent être établies avec une pareille évidence, mais je doute que les choses en soient arrivées à ce point et je ne relate, on le devine, ces résultats qu'avec de grandes réserves.
On doit à W. Kiihne une étude chimique détaillée de la tuberculine*. Au début de ses recherches, alors qu'il ne disposait que de quelques grammes de tuberculine brute, Kûhne put constater les réactions suivantes : en dissolvant un peu de la substance dans l'eau, on obtient une solution alcaline qui ne se trouble pas quand on la chauffe en présence de l'acide acétique; elle précipite abondamment par l'alcool; ce précipité, repris par l'eau, donne une solution qui. traitée par le sulfate d'ammoniaque, fournit un dépôt résineux ayant les réactions des albumoses. Le liquide filtré après saturation par le sulfate d'ammoniaque donne encore nettement la réaction du biuret, ce qui indique la présence de peptones. L'extrait alcoolique de la tuberculine laisse après évaporation un liquide sirupeux qui donne encore la réaction du biuret et qui contient, par conséquent, des albumoses et peut-être des peptones: il contient, en outre, de la tryptophane (coloration violette avec l'eau bromée). Il n'y avait pas de traces appréciables de tyrosine, mais en chauffant l'extrait alcoolique avec de l'acide chlorhydrique en présence d'un nitrate, on obtient une coloration rouge témoignant de la présence d'une matière analogue à l'indol. L'albumose contenue dans la tuberculine est surtout de la deutéroalbumose, peut-être aussi un peu de proto-albumose, comme le pense Hunter. La tuberculine, contrairement à l'assertion de Hunter, renferme donc des peptones, quoiqu'en petite quantité, de la tryptophane et un corps analogue à l'indol.
1. Kij'nxE (W.), Erfahrungcn iiher Albumosca uncl Pcptonc [Zeilschr. f. Biologie, 1892, Bd 29, p. 26 et 1893, Bd 30, p. 221 .