ACTION BE LA TUBERCULINE SUR LES LÉPREUX
Kaposi, par Arning, mais exceptionnellement et d'une façon peu accusée. Goldsclimidt (de Madère) a obtenu la réaction générale et locale chez quatre sujets atteints de lèpre tuberculeuse et chez six atteints de lèpre anesthésique et paralytique; dans quelques cas, l'injection de 1 milligr. de tuberculine avait suffi pour provoquer, au bout de vingt-quatre heures, la réaction générale et locale'. Babes et Kalendero ont obtenu la réaction générale et locale chez cinq sujets atteints de lèpre tuberculeuse et chez deux autres atteints de lèpre nerveuse. D'après eux, la réaction, pour se produire chez les lépreux, demande des doses de tuberculine plus fortes que chez les tuberculeux ; la fièvre apparaîtrait d'une façon plus tardive, en général vingtquatre heures après l'injection; elle durerait plus longtemps et se répéterait, d'une façon intermittente, plusieurs jours de suite, après une seule injection-.
J'ai eu occasion d'explorer à l'aide de la tuberculine un malade bien connu dans les hôpitaux de Paris; c'était un homme de 38 ans, né en Belgique, qui servit dans la légion étrangère au Tonkin et qui en revint avec une maladie caractérisée par de l'atrophie musculaire, surtout au niveau de l'éminence thénar et des interosseiix de la main, de la sclérodermie des doigts, de la perte de plusieurs doigts des mains et des pieds, des maux perforants et des troubles de la sensibilité (perte de la sensibilité thermique et de la sensibilité à la douleur, persistance partielle de la sensibilité tactile). Plusieurs médecins, notamment Gharcot et Potain, portèrent le diagnostic de lèpre anesthésique ; d'autres, celui de syringomyélie. Zambaco, qui le vit dans mon service, découvrit le long des nerfs du bras et de l'avant-bras l'existence de névromes presque caractéristiques de la lèpre. Je pratiquai à ce malade une injection de 2 milligrammes de tuberculine; elle provoqua une réaction très intense; au bout de quatre heures, la température atteignit 40°, 6 avec frissons, courbature et céphalée. La tièvre persista quarante-huit heures. On voit par cette observation que la tuberculine peut provoquer une réaction générale très énergique
1. GoLDSCHMiDT, Bericlit iibcr lunf mit dem Koch'sclicn HeilmiUcl Ijeliandelto Falle von Lcpra {Berl. /clin. Wochensclir., 1891, p. 28).
2. Babes et Kalendero, Uebcr die Wirkung des Kocli'sclicii Heilniiltels bci Lcpi-a {Deutsche med. Wochenschr., 1891, p. 115).
LES SYPHIfJTIQUES, DANS LACTIXOMYCOSE.
dans le cas de lèpre systématisée nerveuse et que cette réaction n'est pas toujours retardée, mais peut se produire quelques heures après l'injection'.
Dans des cas de syphilis, J. Neumann (de Vienne) observa à la suite d'injections de tuberculine la réaction générale, sans réaction locale, sauf dans un cas de gomme ulcérée de la peau, oii de la rougeur modérée se manifesta autour de l'ulcère. Dans des recherches faites avec mon interne P. Teissier, j'ai obtenu dans plusieurs cas de syphilis la réaction générale et, dans un cas. une réaction locale des plus manifestes. Chez une syphilitique de 22 ans, présentant des plaques muqueuses de l'amygdale et une roséole en voie de disparition, nous avons injecté 2 milligrammes et demi de tuberculine ; à la suite de cette injection faite le matin, la température s'éleva dans la soirée à 39°, 4 et se maintint le lendemain à 38°, 38°, o; en même temps la malade accusait un malaise général avec céphalée, courbature, etc. Chez une autre femme de 22 ans, également atteinte d'accidents secondaires, notamment de plaques muqueuses des grandes lèvres, la réaction a été moins accusée et la température n'a pas dépassé 38°, 2. Un malade syphilitique présentant des manifestations secondaires multiples reçut une injection de 2 milligrammes et demi de tuberculine; la température s'est élevée le jour même à 38°, o, le lendemain à 40°, 4, pour se maintenir encore le surlendemain à 39°. Enfin, dans un cas de rupia syphilitique de la fesse, trois injections de tuberculine ont été, chaque fois, suivies d'une élévation de température et ont permis en outre de constater dos modifications remarquables au niveau de l'éruption. Après l'injection, on voyait apparaître autour du rupia une auréole inflammatoire congestive extrêmement accusée et tout à fait comparable à ce qu'on observe pour le lupus; l'éruption, qui auparavant était sèche, adonné après l'injection un écoulement séro-purulent^
Dans l'actinomycose chez l'homme, Billroth, v. Eiselsberg et d'autres encore ont obtenu la réaction à la suite de l'emploi de la tuberculine. On l'a souvent notée dans les pleurésies
1. Straus, Sur l'action de la tuberculine dans un cas de lèpre s3-stématisée nerveuse [Semaine viédicale, 1893, p. 364).
2. Straus et P. Teissier, De l'emploi de la tuljerculino comme agent révélateur de la syphilis [Semaine médicale, 1893, p. 364).
TUBERCULLXE ET LUPUS ÉRYTHÉMATEUX.
simples en apparence, mais qui probablement étaient de nature tuberculeuse. On l'a signalée également dans des cas de bronchite chronique, de bronchite fétide, de cystite, de sarcome, d'épithélioma, sans que, dans tous ces cas, l'hypothèse de l'existence concomitante de lésions tuberculeuses cachées ait pu être complètement écartée.
Dans deux cas de lupus érytliémateux, Schwimmer a observé une réaction générale, sans réaction locale. Arning a vu également la réaction locale manquer chez deux malades atteints de lupus érytliémateux, mais l'un eut une fièvre vive, l'autre un érythème scarlatiniforme. Dans un cas de lupus érythémateux, Kaposi a observé une réaction locale très accusée. On voit donc que les effets locaux de la tuberculine, si caractéristiques dans le lupus vulgaire, sont inconstants dans les cas de lupus érythémateux et que l'emploi de la tuberculine ne permet pas de se prononcer sur la nature tuberculeuse de la dermatose que l'on désigne sous ce nom.