ÉTUDE CLINIQUE ET EXPÉRIMENTAUE DES EFFETS DE LA TUBERGULINE
Sommaire. — La réaction générale chez les tuberculeux; hypothèses sur son mécanisme. — Réaction locale, particularités histologiques qui la caractérisent. — Lésions internes provoquées par la tuberculine; état des poumons, du larynx, des reins, des méninges, etc. — Sévérité presque unanime de l'enquête anatomopathoiogique : « molDilisation » des bacilles sous l'influence du traitement. — Rareté extrême des cas de guérison, même pour le lupus.
Etude expérimentale de la tuberculine. — Elle ne parait pas posséder de propriété immunisante. — Son action curatrice chez le cobaye et le lapin tuberculeux; documents contradictoires. — Prétendue action de la tuberculine sur les infections mixtes des phtisiques.
Expériences sur l'action de la tuberculine chez divers animaux, sains ou tulicrculeux.
L'histoire de la tuberculine offre une particularité remarquable : c'est que cette méthode de traitement, issue tout entière du laboratoire, repose surtout sur des documents empruntés à l'expérimentation sur l'homme. Les publications sur les effets de la tuberculine chez l'homme se sont accumulées dans des proportions formidables, avant qu'aucune expérimentation suivie ait pu être instituée sur les animaux; jusque dans ces derniers temps, l'observation clinique et les faits nécropsiques ont dû presque exclusivement servir de guide dans l'étude des effets et dans l'interprétation du mode d'action de ce médicament'.
La réaction générale provoquée par la tuberculine chez les tuberculeux débute ordinairement, comme l'a indiqué Koch,
1. Les publications relatives à la tuberculine et à son emploi chez les tuberculeux no tardèrent pas à s'accumuler dans des proportions excessives ; il fut un moment où tout médecin, mis en possession de quelques grammes de la précieuse
83e RÉACTION GÉNÉRALE
quelques heures après l'injection et s'annonce souvent par un frisson. La dose de 0"%01 donnée par Kocli comme la dose ordinaire susceptible de provoquer la réaction générale et locale chez un tuberculeux adulte peut, au début des injections, être notablement réduite et une réaction intense peut être obtenue par l'injection de 1 ou 2 milligrammes de tuberculine brute. La température atteint rapidement 40° ou 41°, elle s'abaisse rapidement aussi et la hèvre est en général dissipée au bout de vingtquatre heures. Il y a cependant des exceptions; parfois le mouvement fébrile ne se manifeste que tardivement, au bout de douze, de quatorze heures; dans un cas, je l'ai vu ne se produire que trente-six heures après l'injection ; le retard dans la réaction se manifeste surtout quand les doses employées sont faibles et quand l'accoutumance commence à se produire. La fièvre peut se prolonger au delà de vingt-quatre heures, persister pendant plusieurs jours à l'état continu, atfecter le type rémittent ou parfois le type franchement intermittent. Il est des tuberculeux qui ne réagissent pas aux doses ordinaires de tuberculine ç't qui supportent, sans réagir, des doses assez fortes pour provoquer de la fièvre même chez l'homme sain. Cette absence de réaction est plus commune dans les cas de tuberculose avancée ; ces faits, en somme exceptionnels, suffisent pour enlever à la tuberculine la valeur diagnostique absolue qu'on a voulu lui attribuer. Outre l'élévation de température, on observera la suite des injections de tuberculine, la plupart des symptômes qui accompagnent les fièvres d'infection ; le pouls est habituellement très accéléré, il peut devenir irrégiilier et faible; on a noté des
lymphe, se croyait obligé de publiei' les résultats obtenus, quelque insignifiants qu'ils fussent. Devant cet amas de documents, je me vois forcé de déroger à la règle que je me suis imposée partout ailleurs dans le cours de cet ouvrage, règle ([ui consiste à donner l'indication bibliographique exacte des travaux mentionnés. Le lecteur trouvera les indications principales relatives à la tuberculine dans les deux grands périodiques allemands : Deutsche medicinisdœ Wochenschrift et Berliner klinische Wochenschrift, années 1890, 1891 et 1892; dans la Semaine médicale et dans le Bulletin médical; dans le Centralblatt fiii- Balcteriolof/ie. Consulter en outre les Revues d'ensemble suivantes : Gamaléia, Sur le traitement de la tuberculose par la méthode de Koch (Arch. de méd. expérim. et d'anat. pathoL, 1891, p. 262). — jSIetchnikoff, la Tuberculine, revue critique {Ann. del'Intit. Pasteur, 1891, p. 184). — Roux, la Tuberculine {Ibid., f). 722). — von Kahlden, Histologische Untersuciiungen iiber die Wirkung des Koch'schen Heilmittels (Cenlrallû. fïir allg. u. pathol. Anat., 1891. p. 147 et 273). — Gai.liard, La tuberculine de Koch {Revue des sciences médicales, 1891, t. 37, p. 692). — Elnfîn, la plupart des travaux concernant la tuberculine se trouvent analysés avec soin dans le Jahresbericht de Baumgarten, principalement pour l'année 1891.