LA TUBERCUI.LNE EXERCERAIT ^UR LES CELLULES
reil rénal, l'albuminurie passagère a été maintes fois constatée, dans quelques cas de l'hématurie avec présence de cylindres hématiques dans les urines (Cornil, Litten, Cuffer) ; on a aussi noté de rhémoglobinurie, l'urobilinurie, la peptonurie. Hénocque a étudié les modifications de la quantité d'oxyhémoglobine dans le sang des tuberculeux soumis aux injections de lymphe et a constaté que cette quantité diminue presque toujours et quelquefois très rapidement sous l'influence des injections. Plus récemment, A. Chauffard a publié un fait de néphrite, très probablement provoquée par la tuberculine : l'albuminurie survint aussitôt après la première injection de tuberculine, en même temps qu'une forte réaction fébrile, et chaque nouvelle injection était suivie d'une augmentation notable de l'albumine dans les urines'. Vers la peau, il n'est pas rare d'observer des sueurs profuses, des rougeurs et des éruptions variées, scarlatiniformes, morbilliformes, des roséoles, de l'urticaire, de l'herpès; ces éruptions se remarquent de préférence dans les cas de lupus.
L'ensemble des symptômes généraux provoqués par la tuberculine se rapproche, comme on le voit, de ceux qui caractérisent une infection aiguë de l'économie. Avec les notions que nous possédons maintenant sur l'action pyrétogène des produits d'origine bactérienne, ces manifestations ne peuvent plus nous surprendre ; mais, ce qui est surtout caractéristique et difficile à interpréterdansles elTetsde la tuberculine, c'estsonaction puissante, à dose très faible, sur les tuberculeux. Diverses hypothèses ont été émises à cet égard. Il a déjà été question de l'explication proposée par Koch : il suppose que la tuberculine est une substance douée d'un pouvoir nécrotisant sur les cellules; injectée à dose suffisante, elle s'attaque, même chez l'homme sain, à certaines cellules, peut-être aux leucocytes, elle en détermine la mortification et suscite ainsi la fièvre avec le cortège des symptômes infectieux. Chez les sujets tuberculeux, les mêmes effets seraient obtenus avec des doses beaucoup plus faibles, parce que la tuberculine agit sur des foyers déjà imprégnés de la même matière nécrotisante, et qu'elle imprime une sorte de coup de fouet au processus de nécrose cellulaire et à la fièvre de résorption ({ui en dérive.
1. A. Chauffard, Ni-phrite par tuberculine ^Bulletin njed., 1892. p. 1385 et 1431).
L'-\E ACTION XKCROTISAXTE.
Gamaléia se range à cette manière de voir; il considère « la tuberculine comme un poison protoplasmique qui produit, suivant la dose, une dégénérescence ou une nécrose des tissus. Elle dissocie plus facilement les humeurs malades qui sont déjà attaquées par la toxine naturelle développée au cours de la maladie. » Cette explication s'applique aussi, selon Gamaléia, aux autres données de la réaction générale. « Ainsi l'accoutumance, c'est-à-dire la diminution de la réaction à la suite de la répétition des injections, s'explique par le fait que les cellules les plus entamées ont été détruites les premières, et les tissus plus sains exigent pour leur destruction des quantités plus fortes de poison. L'absence de réaction chez les sujets portant des lésions trop récentes ou, au contraire, des foyers caséeux, s'explique tout naturellement, car chez les premiers les tissus ne sont pas assez dégénérés pour être dissociés, tandis que chez les derniers ils ne sont plus vivants et ne peuvent plus être entraînés dans la métamorphose régressive. La disparition de l'accoutumance après un certain temps de repos, ainsi que l'effet cumulatif observé quelquefois, s'expliquent parce que la marche progressive de la maladie ainsi que la tuberculine venue du dehors entament de nouveaux tissus, qui deviennent aptes à subir la dissociation sous le nouveau coup de fouet des grandes doses du remède de Koch'. »
D'après Buchner, l'économie des tuberculeux se trouve en état d'équilibre instable, en une sorte d' « irritation latente » ; l'injection de tuberculine, qui agit en tant que protéine bactérienne, romprait cet équilibre chancelant et donnerait explosion à la fièvre. Pour d'autres (0, Rosenbach) la tuberculine n'aurait pas proprement d'action spécifique ; les tuberculeux réagiraient plus que les sujets sains simplement parce que chez eux la fièvre s'allume plus facilement.
La réaction locale provoquée, dans les régions malade^, par l'injection de tuberculine est aussi un phénomène bien remarquable ; le lupus constitue à cet égard le meilleur objet d'étude. On a vu plus haut la description que Koch donne de cette réaction locale du lupus et dont le tableau est si saisissant. Cette réaction locale, ainsi que la réaction générale concomitante,
1. Gamaléia, Sur le traitement de la tuberculose parla méthode de Koch {Arch. de médecine expérim., 1891. p. 262 .
RÉACTION I^OCALE DANS LE LUPL S.
peut être obtenue par des doses extraordinairement faibles de tuberculine, par l'injection de 1 à 2 décimilligrammes, comme l'ont constaté Blaschko, Hallopeau et comme j'ai pu m'en assurer moi-même. La réaction locale peut se manifester avant la fièvre, ou sans fièvre et paraît, dans une certaine mesure, indépendante de celle-ci. De toutes les localisations tuberculeuses, ce sont sans doute les nodules lupiques superficiels de la peau qui constituent les réactifs les plus sensibles pour la tuberculine. Les foyers tuberculeux ganglionnaires, osseux, articulaires et viscéraux réagissent en général d'une façon moins intense et moins évidente ; aussi est-ce sur le lupus que le phénomène de la réaction locale a été étudié de préférence.
Koch qui, au début de ses expériences cliniques, employait des doses relativement très fortes, a observé dans les cas de lupus la nécrose en masse des nodules tuberculeux; plus tard, quand on a été amené à réduire les doses, on n'a plus revu ces nécroses chez les lupiques. Les recherches histologiqiies pratiquées sur des fragments de nodules lupiques, excisés en pleine réaction locale , montrèrent que celle-ci est liée essentiellement à une inflammation exsudative aiguë du tissu pérituberculeux. Ainsi Kromayer excisa sept heures et demie après l'injection de tuberculine, en pleine réaction locale, un placard de lupus; il ne constata pas de nécrose, mais une inllammation aiguë, caractérisée par une infiltration de nombreux leucocytes polynucléaires et par un exsudât séro-librineux autour des nodules tuberculeux; les leucocytes polynucléaires avaient aussi envahi en nombre variable les nodules eux-mêmes. Toutefois, Baumgarten fait remarquer que de pareilles infiltrations nucléaires s'observent aussi, quoique d'une façon moins intense, sur le lupus sans l'intervention de la tuberculine. 0. Israël, qui eut occasion d'examiner les parois d'un abcès péri-articiilaire tuberculeux, chez un des premiers malades de Koch, traité par de fortes doses de tuberculine, signala l'existence d'une zone nécrotisée très étendue autour du foyer tuberculeux. Browicz, Riehl, Rindtleisch, Jacobi, observèrent une inllammation séro-fibrineuse et une forte infiltration leucocytaire, mais sans nécrose. Schimmelbusch a étudié histologiquement trente cas de lupus et d'autres manifestations cutanées ou muqueuses de la tuberculose, traités par la tuberculine; dans