MODIFICATIONS DES ORGANES INTERNES
Les faits précédents s'observent surtout dans les cas de lupus ou de tuberculose tégumentaire, sur des pièces recueillies par biopsie. Quant aux modifications présentées sous l'intluence de la tuberculine par les organes internes, elles ont été décrites par divers anatomo-pathologistes qui ont pratiqué des autopsies de sujets morts pendant le traitement. En première ligne, il faut mentionner la série des communications faites sur ce sujet par Virchow à la Société de médecine de Berlin, et qui portèrent sur un grand nombre d'autopsies. Virchow constata que les manifestations hyperémiques et exsudatives auxquelles on assiste de visu dans les foyers tuberculeux externes, à la suite des injections de lymphe, se produisent également dans les foyers tuberculeux des organes internes; là aussi l'action du remède se révèle comme étant surtout de nature irritative. Dans un cas de méningite tuberculeuse survenue chez un enfant de 12 ans après l'injection de 2 milligrammes de tuberculine, on trouva une hyperémie de la pie-mère et de la substance cérébrale telle, que Virchow déclare n'en avoir jamais observé à un degré aussi prononcé. La face interne des cavernes tuberculeuses anciennes présentait fréquemment une rougeur insolite avec infiltration hémorrhagique et hémorrhagies récentes; dans ce dernier cas, des hémorrhagies s'étaient manifestées pendant la vie; les ganglions bronchiques offraient aussi une tuméfaction insolite; la muqueuse du larynx était fréquemment infiltrée par un exsudât rappelant parfois l'œdème érysipélateux de la glotte ou le phlegmon rétro-pharyngien et causant des accidents inquiétants de sténose. Virchow signale en outre la présence d'hépatisations caséeuses du poumon tellement étendues, qu'il est enclin à les attribuer en partie à l'action de la tuberculine (par aspiration des produits désagrégés), quoiqu'il reconnaisse que des lésions aussi considérables peuvent aussi s'observer en dehors de ce mode de traitement. Il décrit des pneumonies spéciales développées directement sous l'influence du traitement [Spritzpnewnonien) caractérisées par une infiltration catarrhalc diffuse, d'apparence phlegmoneuse et à tendance rapidement destructive. Virchow insiste sur la fréquence de poussées tuberculeuses récentes chez les sujets traités ; c'étaient des nodules miliaires ou submiliaires, développés surtout sur les séreuses, la plèvre, le péricarde, le péritoine, sur le larynx, plus difficiles à
sors L INFr.l ENCE DE LA TLBERCrUXE.
retrouver dans le parenchyme pulmonaire ; il ne doute pas qu'il ne se soit agi là de poussées consécutives au traitement, par suite de la « mobilisation » des bacilles ; ces tubercules récents offraient la structure du tubercule classique, sans trace de nécrose ; des processus de mortitication s'observaient au contraire au niveau des ulcères tuberculeux anciens, ceux de l'intestin notamment, s'étendant jusqu'au niveau de la séreuse et rendant la perforation imminente. De l'ensemble des faits anatomopathologiques exposés par Virchow, découle cette conclusion que l'action exercée par la tuberculine a été généralement nuisible, désastreuse dans plusieurs cas.
Jarisch a vu survenir la mort dans un cas de lupus, 36 heures à la suite de l'injection de 2 milligrammes de lymphe; à l'autopsie, nombreux foyers d'infiltration pneumonique dans les deux poumons, œdème pulmonaire, œdème très prononcé du cerveau et de la moelle, augmentation de volume de la rate et du foie, ecchymoses sous-pleurales et sous péricardiques. Dans un cas de v. Burckardt, il s'agissait également d'une mort paraissant provoquée par l'injection ; c'était une jeune fille lupiquc, sans lésions pulmonaires appréciables; elle subit trois injections de tuberculine, l'une de Os^OOo, l'autre de 0s'",008 et la troisième de 0»^0l ; elle mourut 22 heures à la suite de cette dernière, dans le coma, avec des urines albumineuses, riches en cylindres épithéliaux et contenant de rares globules rouges du sang; les urines avant le traitement étaient normales. A l'autopsie de cette malade, Baumgarten constata une inflammation interstitielle récente des reins, avec nécrose étendue de l'épithélium des tubes contournés et exsudât hémorrhagique dans les capsules de Bownian, dans les canalicules urinifères et dans le tissu interstitiel du rein; pas de lésions des autres organes.
Jiirgens, à l'autopsie de deux cas de phtisie chronique traités par le remède de Koch, s'assura par l'examen de la rate, du foie et des reins de l'existence d'une « leucocytose généralisée » provoquée par l'action de la lymphe.
Weber relate l'observation d'une jeune fille anémique atteinte de tuberculose pulmonaire, laryngée et intestinale, qui mourut de péritonite consécutive à la perforation d'un ulcère intestinal, après avoir subi trois injections de tuberculine. B. Fraenkel mentionne un cas analogue; à côté de l'ulcère per-
HYPERÉMIE, INFLAMMATION EXSmATIVE
foré se trouvaient d'autres ulcérations tuberculeuses de Tintestin au fond desquelles la séreuse était à nu.
A. Fra>nkel a vu, dans le cours du traitement par la lymphe de Koch, un ulcère tuberculeux se développer sur la langue, ulcère qui n'existait pas auparavant; malgré la continuation du traitement, l'affection de la langue s'aggrava, et il se forma bientôt une perte de substance profonde avec de nombreux bacilles; six semaines après le début des injections, des tubercules miliaires et submiliaires apparurent dans le voisinage de l'ulcération, dont on put suivre le développement de jour en jour : observation montrant que la tuberculose peut continuer son évolution pendant et malgré le traitement prolongé par la tuberculine.
Hansemann, d'après l'autopsie de 12 sujets tuberculeux soumis aux injections de tuberculine, essaya de systématiser les effets provoqués par le remède et leur assigna trois étapes successives : phénomènes initiaux, secondaires et tertiaires. Les phénomènes initiaux, qui sont ceux de la réaction proprement dite, consistent en une hyperémie intense qui s'observe surtout autour des tissus tuberculeux et qui est particulièrement accusée sur le poumon. Cette hyperémie est accompagnée d'un œdème séro-fibrineux riche en leucocytes; on observe aussi fréquemment des foyers pneumoniques récents, sans présence de bacilles. L'hyperémie et l'œdème peuvent aussi porter sur le cerveau et ses enveloppes. Il est à remarquer que les tubercules toutàfait récents ne présentent pas de réaction. Les phénomènes secondaires, de nature plus stable, sont caractérisés par une infiltration leucocytaire très abondante autour des tubercules, par « une leucocytose locale ». Sous le nom de phénomènes tertiaires, Hansemann range les différents modes de terminaison du processus tuberculeux sous l'influence de la tuberculine; ce seraient la nécrose et la caséification, quoique leurs rapports avec les injections soient difficiles à préciser. La suppuration et la gangrène s'observeraient quelquefois. Les perforations intestinales seraient un accident relativement fréquent dans le cours du traitement. Hansemann n'a pas pu observer de processus de cicatHsation autour des foyers en voie de destruction, ce qu'il attribue à l'éruption de nouveaux tubercules autour de ces foyers.
Nauwerck a fait connaître les résultats de 22 autopsies de tuberculeux soumis au traitement de Koch, ainsi que ceux de