ET NÉCROSE PROVOQUÉES PAR LA TUBERCULI>'E
l'examen de pièces provenant de 15 sujets traités et opérés pour tuberculose chirurgicale (tuberculoses osseuses, articulaires, ganglionnaires, parois d'abcès froids). L'action du remède se manifeste surtout, d'après lui, par une inflammation exsudative, parfois hémorrhagique, autour des tubercules; ceux-ci sont fréquemment envahis par des leucocytes polynucléaires, quoique la suppuration proprement dite des tubercules soit exceptionnelle. Dans plusieurs cas, la nécrose des fongosités tuberculeuses des articulations a pu être constatée. Quant à la dissémination des tubercules au pourtour des foyers primitifs et au développement de la tuberculose miliaire généralisée aiguë sous l'influence du traitement, Nauwerck estime qu'il n'existe pas de preuves décisives en faveur de cette grave complication; mais si la tuberculine dans ces cas ne saurait être directement incriminée, on est obligé néanmoins de reconnaître qu'elle n'empêche pas la généralisation du processus tuberculeux.
Rindfleisch dit avoir pu observer dans 3 autopsies, sur des ulcérations tuberculeuses de l'intestin, un vrai processus de guérison amené par le traitement par la tuberculine. Celle-ci agirai! en modifiant l'inflammation circumtuberculeuse et en la transformant, de chronique qu'elle était, en aiguë, d'oii l'élimination du tissu Ituberculeux. Le tissu qui échappe à cette élimination se transformerait, par élongation fusiforme des cellules, en tissu fibreux de cicatrice.
Debove et Rémond ont fait connaître quelques faits qui tendraient à établir que dans les exsudais des sujets tuberculeux existe une substance analogue pour ses etîets à la tubei'culine. De la sérosité ascitique, recueillie chez un malade atteint de péritonite tuberculeuse, fut filtrée, puis injectée à la dose de o centimètres cubes sous la peau d'un tuberculeux ; cette injection provoqua une élévation de température de 1". Chez un autre malade, tuberculeux et atteint de lupus, la même injection fut suivie de réaction générale et locale. D'autre part, S ce. du même liquide injectés sous la peau d'un malade atteint de cancer de l'estomac et d'un sujet bien portant, ne produisirent pas de fièvre appréciable*.
Liebmann (de Trieste) annonça qu'il avait presque constam-
1. Debove et Rémond de Metz), Recherches sur la présence de la tuberculine dans les essudats des tuberculeux {Semaine médicale, 1891, p. 141).
ACTIO.X SI H l,E S.L\(i, LES CliACIIATS.
ment trouvé, dans le sang des tuberculeux traités parla lymphe de Koeh, des bacilles de la tuberculose; le sang était recueilli par piqûre au doigt; le moment le plus favorable pour cette constatation serait celui de la deuxième ou de la troisième injection; ces bacilles proviendraient de la mise en liberté et de la pénétration dans le sang de bacilles émanant des foyers tuberculeux. Guttmann et Ehrlich répétèrent ces recherches dans 27 cas de tuberculose soumis au traitement, toujours avec im résultat négatif; Gantani, Sacerdoti ne furent pas plus heureux; Kossel, qui put examiner quelques préparations faites par Liebmann, s'assura que celui-ci avait employé des lamelles mal nettoyées et qui se trouvaient encore chargées de particules de crachats tuberculeux contenant des bacilles.
L'attention d'un certain nombre d'observateurs fut aussi dirigée vers les modifications quantitatives ou qualitatives que présenteraient les bacilles dans les crachats des phtisiques, sous l'influence du traitement. Koch, comme nous l'avons dit, avait reconnu que le traitement ne modifiait en rien la vitalité ni la virulence des bacilles contenus dans les foyers tuberculeux. Frœntzel et Runkwitz crurent constater qu'à la suite des injections les bacilles devenaient plus petits et plus courts, parfois renllés à leurs deux extrémités et présentaient une segmentation dans leur continuité. Amann crut aussi constater que le nombre des bacilles augmentait dans l'expectoration des phtisiques, à la suite du traitement, et que ces bacilles se résolvaient fréquemment en grains ponctiformes, en même temps qu'ils se décoloraient plus facilement; P. Guttmann fit des constatations analogues. Mais les recherches ultérieures, faites par un grand nombre de cliniciens (Biedert, Leichtenstern, Neuhauss, Ewald, etc.) montrèrent que ces modifications présentées par les bacilles étaient loin d'être constantes dans le cours du traitement et qu'on en rencontrait de semblables chez des phtisiques qui n'avaient pas été soumis aux injections. Certains observateurs notèrent une augmentation, d'autres une diminution du nombre des bacilles dans les crachats, à la suite des injections. Dans un cas de P. Guttmann, les bacilles auraient apparu pour la première fois dans l'expectoration, à la suite d'une injection, alors qu'ils y auraient fait défaut auparavant. Leichtenstern, Naunyn ont fait des constatations analogues.
SEVERITl-:
DE I/ENQUÉTE AXATOMIQI E.
Les enseignements qui découlent de l'ensemble de ces documents anatomo-pathologiques sont, en somme, peu favorables au traitement préconisé par Koch. La lymphe, produit des phénomènes congestifs et exsudatifs très accusés sur les foyers tuberculeux, dont elle peut ainsi favoriser la fonte et l'élimination ; les effets proprement nécrobiotiques sont exceptionnels avec l'emploi de doses modérées. La détersion et l'élimination des foyers tuberculeux peuvent avoir des effets favorables, mais elles comportent aussi de graves dangers tenant, comme Virchow l'a surtout mis en évidence, à la dissémination des bacilles et à l'éruption de foyers secondaires.
La relation des faits anatomo-pathologiques, telle que je viens de la faire, ressemble même, dans une certaine mesure, à un réquisitoire en forme contre la tuberculine. En effet, la plupart de ces documents ont été publiés alors qu'une période de déception avait succédé à l'enthousiasme du début. Il serait injuste cependant de mettre au passif de la méthode toutes les lésions un peu insolites trouvées à l'autopsie des sujets soumis au traitement; des foyers étendus et récents de pneumonie caséeuse, une tuberculose miliaire aiguë généralisée, des perforations pleurales ou intestinales peuvent se produire avec ou sans l'intervention de la tuberculine, et il n'est pas équitable de mettre toutes ces complications de la phtisie au compte de la tuberculine. Mais les mêmes réflexions s'appliquent, avec autant de justesse, aux prétendues améliorations ou guérisons des lésions tuberculeuses qui s'observent également avec tous les traitements ou môme sans aucun traitement. En somme, il ne faudrait pas, selon moi, trop assombrir le tableau, ni instruire le procès de la tuberculine aussi sévèrement qu'on l'a fait de divers côtés, en s'appuyant sur des données anatomo-pathologiques qui comportent des interprétations multiples; mais il faut aussi reconnaître que, même avec ces restrictions, l'ensemble des faits acquis est peu encourageant et dépose plutôt en faveur d'une action nuisible que d'une action favorable exercée par le traitement. Il est vrai qu'il ne s'agit ici que de données anatomo pathologiques, empruntées nécessairement aux « cas fâcheux », trop avancés <ît incurables ; la portée de ces données serait en effet singulièrement amoindrie si on pouvait leur opposer une série de