‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 684 sur 689 · ÉTUDES EXPÉRIMENTALES SUR LA TUBERCULINE · texte numérisé non relu

ÉTUDES EXPÉRIMENTALES SUR LA TUBERCULINE

nodules tuberculeux, probablement plus active qu'auparavant. » La tolérance s'établit avant la guérison des tubercules et ceux-ci demeurent stationnaires et intacts, alors que depuis longtemps, par suite de l'accoutumance, le remède a cessé de provoquer la réaction générale et locale. Il ne semble pas que la substitution de la « tuberculine purifiée » à la tuberculine brute ait beaucoup modifié la situation, et quant aux effets merveilleux de la tuberculocidine de Klebs, cet auteur est à peu près seul à avoir observé les résultats tant vantés par lui.

Les faits expérimentaux sur lesquels repose le traitement de Koch ne sont malheureusement guère plus solides et il est étrange de constater sur quelle base fragile s'appuie cette méthode qui a été si riche en espoirs illimités. Koch n'a pas encore, au bout de plusieurs années, publié de documents détaillés sur ses expériences sur les cobayes immunisés contre la tuberculose et sur ceux guéris de cette affection. En somme, les données expérimentales qui auraient dù être très multipliées, puisqu'elles constituent le point de départ de la méthode, sont de beaucoup les plus parcimonieuses et loin d'être décisives.

Jaccoud a étudié sur un cobaye l'action préventive de la tuberculine; ce cobaye reçut des injections quotidiennes pendant vingt jours, en tout Ô'%oO de tuberculine. Il fut inoculé ensuite avec la moitié d'un ganglion tuberculeux, en même temps qu'un cobaye témoin. Le cobaye traité préventivement par la tuberculine mourut au bout d'un mois avec une tuberculose généralisée, quelques jours plus tôt que le témoin'. Dujardin-Beaumetz et Dubief ont soumis un certain nombre de cobayes sains à des injections quotidiennes de 0^'',01 de tuberculine pendant dix jours; puis on leur inocula des produits tuberculeux; ils moururent aussi rapidement et avec les mêmes lésions que les témoins. Les tentatives de guérison furent aussi infructueuses que celles d'immunisation-.

Baumgarten en collaboration avec Gramatschikoff dans le but d'étudier les effets de la lymphe de Koch, s'adressa au lapin inoculé

1. Jaccoud, Sur l'action de la lymphe de Koch chez le cobaye sain (Bulletin de l'Acad. de médecine, 1891, séance du 10 février).

2. Dujardin-Beaumetz [Ibid., même séance). — Dubief, Note sur les résultats obtenus par l'inoculation de la lymphe de Koch chez les cobayes tuberculeux (C. R. de la Soc. de biol., 1891, p. 113).

8o0 RÉSULTATS CONTRADICTOIRES DANS LE TRAITEMENT

dans la chambre antérieure de l'œil avec des cultures de tuberculose ou avec des produits tuberculeux. Le traitement fut commencé dès l'apparition de l'éruption tuberculeuse sur l'iris et consista dans l'inoculation de doses considérables de tubcrculine (0^,5 à 1 gramme) pratiquée tous les deux ou trois jours. La phtisie de l'œil, chez les animaux ainsi traités, évolua plus rapidement même que chez les animaux témoins : ils maigrirent davantage et moururent plus tôt, avec des lésions généralisées plus étendues. A l'examen microscopique des yeux de ces animaux, on constata que le traitement avait provoqué autour des foyers tuberculeux de I hyperémie et de l'inHaramation exsudative,avec invasion des tubercules eux-mêmes par des leucocytes polynucléaires. La tuberculine favoriserait la multiplication des bacilles dans les foyers primitifs et leur dissémination sous forme de foyers métastatiques. En somme, le traitement par la tuberculine, dans la tuberculose intra-oculaire expérimentale du lapin, n'exercerait aucun effet curateur appréciable, mais plutôt l'effet inverse. Popoff, Alexander, Gasparini et Mercanti firent des expériences analogues, avec des résultats à peu près identiques'.

Dœnitz, dans une série d'expériences faites dans l'Institut de Koch, arriva à des conclusions exactement opposées. Il opérait également sur des lapins inoculés dans la chambre antérieure de l'œil avec des fragments de tissus tuberculeux ou avec des cultures pures. Les animaux furent ordinairement soumis au traitement trois à quatre semaines après l'inoculation tuberculeuse, c'est-à-dire alors que des tubercules assez volumineux, déjà macroscopiquement bien visibles, avaient apparu sur l'iris. L'injection de tuberculine était faite chaque jour, à partir de la dose initiale de et en augmentant graduellement jusqu'à

la dose quotidienne de 0'^04 à O'^Oô et au delà. Les premières injections déterminaient une irritation très vive de l'œil et une aggravation en apparence très alarmante du processus; mais après quelques injections, cet orage s'apaisait et les injections ultérieures ne provoquaient plus de réaction locale. A partir de ce moment, les lésions oculaires entraient en rétrocession manifeste : le processus s'apaisait, l'opacité de la cornée se dissi-

1. 'S'air il ce sujet: Baumgarteïi, Jahresberichl filr 181)1. jiji. 691-698.

DE LA TUBERCULOSE DU LAI'LX ET Dl' COBAYE.

pait, l'iris redevenait visible et l'on assistait à une véritable « résorption » des tubercules développés à sa surface ; à la place de ces tubercules on ne constatait plus que des saillies à peine apparentes ou des cicatrices grisâtres. D'après Dœnitz les injections n'auraient d'efficacité qu'à partir du moment oii les lésions tuberculeuses ont fait leur apparition ; « toute tuberculine, ditil, injectée auparavant est gaspillée en pure perte ». Il n'a donc pu, de son côté, constater aucun effet préventif de la médication. Au moment de la publication de son travail, il n'avait pas, du reste, eu le temps nécessaire pour s'assurer si la guérison ainsi obtenue était définitive et à l'abri des récidives. Il en conclut néanmoins que « la tuberculine est un remède certain contre la tuberculose oculaire expérimentale du lapin », à condition d'être injectée à doses progressives, de façon à provoquer pendant un certain temps une réaction locale prononcée'.

Pfuhl a fait dans le laboratoire de Koch une série d'expériences sur l'action de la tuberculine chez les cobayes tuberculeux. Ces cobayes avaient été inoculés sous la peau du ventre avec des cultures pures de tuberculose (la dose était environ de la grosseur d'une tète d'épingle). Les animaux non traités mouraient généralement au bout de six à onze semaines, avec les lésions bien connues de la tuberculose expérimentale chez le cobaye : amaigrissement considérable, chancre tuberculeux au lieu d'inoculation, adéiiopathie caséeuse de l'aine et des aisselles. La rate présentait les lésions les plus accusées, une augmentation énorme de volume et l'aspect marbré, rouge et blanc, caractéristique ; les parties blanches étaient constituées par des foyers de tissu nécrosé, tandis que les îlots rouges étaient parsemés de nombreux tubercules gris. Le foie renfermait également des foyers blanc jaunâtre, nécrosés, avec de nombreux tubercules gris; comparativement à la rate et au foie, les poumons étaient relativement indemnes de lésions tuberculeuses ; ils ne renfermaient aucun foyer de nécrose, mais un assez grand nombre de tubercules gris, dont quelques-uns avaient un centre jaunâtre. Pas de lésions tuberculeuses des reins.

Un premier résultat constaté par Pfuhl à la suite du traitement par la tuberculine, c'est la survie plus longue des animaux.

1. Dœnitz, Ueber die Wirkung des Tuberkulins auf die experimentellc Augentuberkulose des Kaninchens {Deutsche med. Wochenschr., 1891, p. 1289).

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