‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 685 sur 689 · RÉSULTATS FAVORABLES DU TRAITEMENT · texte numérisé non relu

RÉSULTATS FAVORABLES DU TRAITEMENT

Cette survie variait avec la dose de tuberculine employée. Pfuhl recourut d'abord à de très faibles doses, en n'injectant une ou deux fois par jour que 0'=",0005 de tuberculine ; mais les animaux ainsi traités succombèrent aussi rapidement que les animaux témoins; ce ne fut qu'en injectant chaque jour O'^'jOOl qu'on commença à constater un commencement de retard dans l'évolution de la tuberculose. L'emploi combiné de la tuberculine, à la dose quotidienne de 0",001, et de divers autres médicaments, calomel, sublimé, cyanate d'or et de potassium, chlorure d'argent, arsenic, créosote, benzoate de soude, ne donna pas une survie plus longue. Les sels d'argent et d'arsenic eurent même des effets nuisibles. De meilleurs résultats furent obtenus en augmentant les doses de tuberculine ; on commençait le traitement chez les cobayes atteints déjà de tuberculose avancée (six à huit semaines après l'inoculation) avec 0''%001 à O^^OOS, pour atteindre progressivement jusqu'à 0"%! par jour; chez les animaux dont le traitement était commencé plus tôt, trois à quatre semaines après l'inoculation, les doses initiales pouvaient être plus fortes et la dose quotidienne portée jusqu'à 0'"',6 à 1 ce. ; dans ces cas, la mort ne survenait plus qu'au bout de neuf, onze, quinze, seize et dix-neuf semaines. Un ralentissement marqué dans l'évolution de la maladie s'était donc manifesté sous l'influence de la tubei-culine. Les lésions révélées par l'autopsie diff"éraient notablement de celles que l'on observe dans la tuberculose expérimentale du cobaye, livrée à elle-même. La plaie d'inoculation était cicatrisée, les ganglions de l'aine moins volumineux, la rate modérément tuméfiée, brun rougeâtre, sans foyers nécrosiques et sans tubercules; il en était de même du foie, qui présentait à sa surface des rétractions cicatz'icielles. En revanche, les poumons étaient criblés de nombreux tubercules, dont plusieurs de la grosseur d'un noyau de cerise; l'intensité des lésions tuberculeuses du poumon chez les animaux traités contrastait avec le peu d'étendue de ces lésions chez les animaux témoins. Pfuhl pense que, sous l'influence du traitement, les lésions tuberculeuses qui s'étaient développées dans la rate et le foie avaient subi une véritable rétrocession et par places une guérison par cicatrisation fibreuse. Il en résulte que les animaux ont pu vivre pendant un temps suffisant pour que les poumons aient été envahis à leur tour. Pfuhl

LA TLiBERCULINE N'EXERCE PAS D ACTION PRÉVENTIVE. 853

est assez embarrassé pour expliquer comment la tuberculine, qui agit si favorablement sur les tubercules de la rate et du foie, demeure sans effet sur ceux du poumon; heureusement, ajoute-t-il, que les poumons de l'homme tuberculeux se comportent, sous ce rapport, différemment de ceux du cobaye. Pour l'efficacité du traitement, la réaction générale est nécessaire, à condition qu'elle ne soit pas excessive et ne se traduise pas par une trop forte élévation de température (au-dessus de 1°) ni par un amaigrissement trop prononcé.

Pfuhl constata que la tuberculine injectée préventivement aux cobayes ne leur confère aucune immunité à l'égard de l'inoculation ultérieure de la tuberculose. Il cite à ce sujet le cas d'un cobaye sain qui reçut tous les deux jours, pendant six semaines, de fortes doses de tuberculine, dans les dernières semaines jusqu'à 1 ce. chaque fois, et qui augmenta de poids pendant ce traitement préventif; on lui inocula alors de la culture de tuberculose et l'on continua les injections de tuberculine à la dose, répétée deux fois par jour, de 2 ce. Il mourut néanmoins de tuberculose , aussi rapidement que l'animal témoin. Pfuhl attribue l'insuccès du traitement dans ce cas aux tentatives préalables d'immunisation qui avaient amené la tolérance et déterminé ainsi l'absence de réaction à la suite des injections*.

Kitasato a également fait connaître des expériences sur l'action exercée par la tuberculine seule ou en combinaison avec d'autres substances sur la tuberculose inoculée du cobaye. Il pose d'abord en règle que les cobayes inoculés sous la peau avec des cultures virulentes du bacille de la tuberculose meurent régulièrement au bout d'environ onze semaines. Toute intervention qui augmente notablement la survie pourra être considérée comme exerçant une influence curatrice sur la tuberculose. Dans des recherches de ce genre, il importe avant tout que les animaux soient soumis à un mode d'infection identique. Kitasato inocula à chaque cobaye le contenu de l'anse d'un fil de platine de culture très virulente, d'origine humaine ; l'inoculation se faisait sous la peau du ventre ; le traitement commençait deux à quatre semaines après l'inoculation. 20 cobayes

1. Pfuhl, Bcitrag zur Beliandlung tuberculOsci- Merscliweinchen mit Tuljerculinum Kocliii [Zeitschr. f. Hyg- u. Infectionskrankh., 1892, Bd. 21, p. 241).

Si: 15 VI K DES ANIMAUX TUAIÏÉS.

furent soumis exclusivement à l'action de la tubcrculine, 30 à celle de la tuberculine associée au picrate de soude et au sublimé, combinaison préconisée par divers cliniciens. Il fallut bien vite abandonner le sublimé qui, à la dose de 1/10 de milligramme, détermina des accidents. Les cobayes supportèrent assez l)ien 3 milligrammes de picrate de soude, quotidiennement introduits par la sonde dans l'estomac ; mais les résultats ainsi obtenus ne furent pas meilleurs que ceux que donna l'emploi de la tuberculine seule.

Le moment auquel on institue le traitement par la tubercu line n'est pas indifï'érent; celui qui paraît le plus favorable est vers la deuxième semaine après l'inoculation. On commençait par injecter 1 milligramme et on augmentait rapidement la dose, en se guidant moins d'après la température que d'après le poids de l'animal ; lorsque le poids diminuait sensiblement, on ne forçait pas la dose, jusqu'au moment où le poids nox'mal était récupéré; en général, la dose maxima était de 0°%15 à 0''",2 de tuberculine. La survie des animaux ainsi traités, si l'on fait abstraction de ceux qui succombèi'ent à des infections intercurrentes, fut très longue (de douze à vingt-trois semaines). A l'autopsie des animaux morts spontanément ou sacrifiés, la rate ni le foie ne présentaient de tubercules macroscopiques, mais des dépressions cicatricielles, que l'on retrouvait également dans les poumons; contrairement à Pfuhl, Kitasato constatait donc une influence salutaire même sur les tubercules pulmonaires des cobayes. La plaie d'inoculation était fermée, les ganglions tuméfiés avaient diminué de volume ; chez quelques animaux encore vivants sept mois après l'inoculation la guérison paraissait définitive. Kitasato en conclut que ces faits mettent hors de doute l'action curative exercée par la tuberculine sur la tuberculose expérimentale du cobaye'.

Mais ces résultats si favorables sont loin d'avoir été vérifiés par d'autres expérimentateurs. Czaplewski et RolofF, dans le laboratoire de Baumgarten, ont appliqué le traitement de la tuberculine à des lapins et à des cobayes tuberculeux, en suivant les indications données par Dœnitz et par Pfuhl. Les effets de l'inoculation tuberculeuse dans l'œil des lapins varient selon

1. Kitasato, Ueber die Tuberculin-Bchandlung tuberciiloscr Mcnschweinchcn Zeitschr. f. Hyg. u. Infectionskrankh., 1892, Bd 12, p. 321).

RÉSULTATS NK(JATIFS.

la virulence et selon la dose du produit inoculé. Si les bacilles sont peu virulents ou introduits en très petite quantité dans la chambre antérieure, l'œil peut guérir, avec ou sans traitement. Si au contraire on inocule un produit virulent, la pommelièrc notamment, la phtisie de l'œil est inévitable. Le traitement par la tuberculine, chez les lapins infectés de tuberculose dans l'œil, se traduisait uniquement par une exacerbation dans les phénomènes inllammatoires et exsudatifs. Les lapins inoculés sous la peau avec des bacilles peu virulents ou en petite quantité peuvent aussi guérir spontanément; cette guérison ne s'observe jamais quand on inocule des cultures viimlentes ou des produits naturels de pommelière, qu'on ait recours ou non à la tuberculine. La généralisation de la tuberculose fait ordinaire ment défaut, chez le lapin, quand le produit inoculé est peu virulent et en petite quantité ; quand la dose est forte, la généralisation se produit, mais lentement; elle est plus rapide quand les bacilles sont doués d'une grande virulence. Le traitement par la tuberculine, dans ces cas, a pour résultat d'entraîner, comme Pfuhl l'avait déjà observé chez les cobayes, des lésions tuberculeuses beaucoup plus prononcées des poumons; Czaplewski et Roloff sont loin de considérer cette particularité comme un résultat heureux, mais ils l'attribuent à une diffusion et à une dissémination plus grandes des bacilles sous l'influence des injections de tuberculine.

Chez les cobayes tuberculeux traités de la manière indiquée par Pfuhl, Czaplewski et Roloff n'obtinrent aucune guérison; l'ulcère d'inoculation se cicatrisa, il est vrai, mais le même phénomène s'observa sur les cobayes non traités. Chez les cobayes tuberculeux soumis aune réinfection tuberculeuse sous la peau, ils vérifièrent, dans un cas, la formation au point d'inoculation d'une escarre sèche avec élimination et guérison de la plaie, comme l'a signalé Koch ; mais dans d'autres cas, ils provoquèrent ainsi un nouvel ulcère tuberculeux. Chez les lapins tuberculeux, la réinoculation fut toujours suivie d'effets positifs'.

Arloing, Rodet et Courmont, dans leurs recherches sur les effets de la tuberculine chez divers animaux, aboutissent éga-

1. Czaplewski et Roloff, Ucber den Heilwerth des Tubcrkulins nach Experimenten an tuberkulos iaficirtcn Kaninelieu und Mccrschwcinclien [Arbeiten a. d. palhol.-anaiom. Institut zu Tûbingen, 1894, Bd 2, p. 1).

85C RÉSULTATS AKfiATIFS CHEZ LES BOVIDÉS TUBERCULEUX.

lement à des conclusions défavorables à la méthode. Des lapins et des cobayes inoculés soit de tuberculose des mammifères, soit de tuberculose aviaire, furent soumis, quelques semaines après l'inoculation, à des injections de tuberculine, à doses très petites il est vrai (24 milligrammes en treize jours; 15 milligrammes en cinq jours; 50 milligrammes en dix-sept jours) ; les animaux traités, morts spontanément ou sacrifiés, présentaient presque tous une tuberculose plus étendue que celle des témoins. On peut faire à ces expériences le reproche de porter sur des animaux ayant reçu des doses beaucoup trop faibles de tuberculine, puisque la quantité totale de tuberculine injectée pendant le traitement était inférieure aux doses quotidiennes employées par Dœnitz,Pfuhl et Kitasato. Le traitement fut aussi appliqué à deux vaches « très tuberculeuses » dont la première mourut à la suite de deux injections, l'une de 4 et l'autre de 6 milligrammes de tuberculine. La seconde vache mourut également au bout de vingt-trois jours de traitement, ayant reçu en tout 0"'',50 de tuberculine en injection. A l'autopsie de ces vaches, on trouva des lésions congestives extrêmement accusées autour des foyers tuberculeux, avec inflammation exsudative et éruption de tubercules manifestement récents ; lésions identiques à celles signalées par Virchow chez les hommes phtisiques morts pendant le traitement par la tuberculine.

D'après les expérimentateurs lyonnais, les bovidés sains se- 7'aicnt extrêmement sensibles à l'action de la tuberculine et des doses de 4 à 50 milligrammes auraient suffi, dans quelques cas, à provoquer une hyperthermie de l°,2 à i°,d. Ces données sur la susceptibilité si grande des animaux de l'espèce bovine sains sont en contradiction avec les nombreux documents recueillis par la plupart des vétérinaires (voir le chapitre PomsiELiÈRE), et d'oii il résulte qu'il est tout à fait exceptionnel que ces animaux, à l'état de santé, réagissent à des doses inférieures H 0"'',40. L'autopsie des bovidés considérés comme sains par Arloing et ses collaborateurs n'ayant pas été pratiquée, il faut se demander si la sensibilité extraordinaire de ces animaux à l'égard de la tuberculine ne tenait pas à ce qu'ils étaient porteurs de lésions tuberculeuses latentes.

Arloing, Rodet et Courmont étudièrent aussi l'action préventive de la tuberculine, chez les lapins et les cobayes. Un cer-

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