DÉFINITION D'UN VIRUS, D'APRÈS VILLEMIN
Peut-on expliquer par une greffe les effets de l'inoculation de crachats tuberculeux desséchés depuis vingt jours? Toutes ces interprétations sont inacceptables, et c'est bien d'une véritable inoculation effectuée avec un produit virulent qu'il s'agit. « On considère, dit Villemin, comme une matière virulente, toute substance pathologique qui, introduite en faible quantité dans un organisme, y détermine des lésions constantes et s'y retrouve, au bout d'un certain temps, en proportions plus considérables, dans des points fort variés et fort éloignés, comme si elle s'était multipliée à la façon des parasites. Ces conditions sont incontestablement applicables à la matière tuberculeuse. Quelle que soit l'explication qu'on donne du fait, il faut se résigner à l'admettre et ranger la tuberculose parmi les affections dont on attribue l'existence à un germe morbide, capable de se multiplier dans l'économie et que, pour cette raison, on a appelées maladies zymotiquex... L'inoculation du tubercule n'agit pas par la matière visible et palpable qui entre dans ce produit pathologique, mais en vertu d'un agent plus subtil qui s'y trouve contenu et qui échappe à nos yeux. »
Le grand argument élevé contre la doctrine de Villemin. consistait à faire de la tuberculose une diathèse, acquise ou héréditaire. Ce mot, qui signifie une disposition à donner naissance à tel ou tel produit morbide, suffisait à tout et était l'oreiller commode sur lequel s'assoupissait la médecine traditionnelle. La conception vague que ce mot comportait s'accommodait bien avec les idées alors dominantes de la spontanéité des actes pathologiques et de l'éclosion des maladies sans l'intervention d'une cause spécifique. Le tubercule, d'après cette manière de voir, était une production spontanée, ou pouvant apparaître à la suite d'une sollicitation quelconque : le froid, l'humidité, la poussière, la fatigue, la mauvaise alimentation, etc., etc. La diathèse était là, expliquant tout, prête à se manifester à la moindre occasion ou même sans cause occasionnelle. C'est contre cette conception erronée et inféconde de la diathèse et de la spontanéité morbide que Villemin, dans son livre, s'éleva avec une pénétration, une hauteur de vue et une puissance de dialectique qu'aujourd'hui encore on ne saurait assez admirer.
Il passe successivement en revue les diverses causes qu'on a invoquées comme étant susceptibles de provoquer la tubercu-