DANS LA CHAMBRE ANTERIEURE DE L'OEIL DU LAPIN
<liminue graduellement de volume , et peut même disparaître complètement par résorption au bout de quelques semaines. A la suite de cette véritable incubation, on voit apparaître inopinément, vers le 20° ou 30° jour, à la surface de l'iris, ime éruption de granulations grises, extrêmement fines, qui augmentent un peu de volume, puis deviennent opaques, jaunes et caséeuses. Plus lard, la cornée se prend, etl opil tout entier peut être envahi par une panoplitalmie tuberculeuse. A l'autopsie, on trouve le plus souvent des tubercules plus ou moins abondants dans les poumons, les ganglions lymphatiques, la rate et les autres viscères. « Ces expériences, dit Cohnheim, montrent : premièrement, l'établissement préalable d'un exsudât caséeux au point d'insertion ; deuxièmement, qu'il existe un stade d'incubation qui est en moyenne chez le lapin de vingt-cinq jours et de quinze jours environ chez le cobaye'. »
Salomonsen poursuivit plus tard ces expériences à Copenhague; chez 3i lapins, il introduisit dans la chambre antérieure de l'œil divers fragments de tissu non tuberculeux, normal ou pathologique, ou des fragments d'organes tuberculeux, mais préalablement soumis à l'ébullition. Il détermina ainsi une simple iritis qui se dissipa rapidement. 3i autres lapins qui reçurent dans la chambre antérieure de l'œil du tissu tuberculeux ou scrofuleux présentèrent au bout de trois à (juatre semaines de la tuberculose de l'iris et plus tard des tubercules pulmonaires
Hansell répéta ces expériences ; il introduisit dans la chambre antérieure de l'œil de lapins du pus de tumeur blanche, de l'urine de sujets atteints de tuberculose rénale et d'autres produits d'origine tul)erculeuse ; quand l'expérience était réalisée avec les précautions nécessaires et en l'absence de contamination septique, elle donna régulièrement naissance à l'iritis tuberculeuse caractéristique. Hiinsell inocula ces mômes produits dans l'épaisseur de la cornée et provoqua ainsi une kératite tuberculeuse, ainsi que l'avait déjà fait Armanni\
Baumgarten entreprit d'abord l'inoculation dans la chambre
1. Cohnheim et Salomonsen, Sitzungsher. der Soldes. Gesellsch. fur vaterl. Kultui\ 13 juillet 1877.
2. Salomonsen, On iadpodning af Tuberculose, sârligt i Kanincns Iris (Nordisk med. Arch., 1879, n» 19).
3. Haensell, Beitrâgc zur Lelirc von der Tubci-kulose der Iris, CornoaundConjunclivar!achImpfversucIieaanTliieren,etc. [Arch.f. OphthalmoL, 1879, Bd2o, Abt. 4,p. 1).
EXPÉRIENCES DE BAUMGARÏEN.
antérieure de l'œil avec des produits tuberculeux provenant de cadavres humains, mais sans résultats. Il employa ensuite des tissus frais de pommelière et réussit constamment à provoquer une tuberculose typique de l'iris et de l'œil, suivie de généralisation dans les viscères. Baumgarten fit un grand nombre d'expériences de contrôle ; il détermina des inflammations plus ou moins intenses du globe oculaire par divers corps étrangers, organiques ou inorganiques, par des matières septiques, par des produits pathologiques variés, sans jamais provoquer ainsi ni tuberculose ociilaire , ni tuberculose généralisée. Plus tard, il obtint avec des produits tuberculeux pris sur le cadavre humain les mêmes résultats positifs que ceux que lui donnait la pommelière, à la condition de les inoculer aussi frais que possible, peu de temps après la mort ou immédiatement après l'extirpation. Du sang de lapin profondément tuberculeux, injecté dans la chambre antérieure à la dose de quelques gouttes, détermina une tuberculose oculaire suivie de généralisation. Du sang d'animal sain, inoculé de la même façon, se résorbe au bout de quelques jours sans accidents; du sang septique peut provoquer la suppuration du globe de l'œil, mais non la tuberculose de cet organe*.
Schuchardt, dans ses expériences avec des produits tuber culeux prélevés sur le cadavre de l'homme, (détint constam ment des résultats positifs. Mais il appelle l'attention sur ce fait, que la tuberculose oculaire peut pendant très longtemps demeurer locale et n'entraîner aucune généralisation^. Cette remarque est exacte et j'ai par devers moi plusieurs expériences d'inoculation dans la chambre antérieure , pratiquées non seulement avec des produits tuberculeux naturels, mais avec des cultures, où les lapins présentèrent la phtisie du globe de l'œil , tout en augmentant de poids ; sacriliés au bout de plusieurs mois et même après plus d'un an, ils ne montrèrent aucune localisation tuberculeuse dans les viscères.
On voit donc que l'ingénieuse variante apportée à l'expé-
1. Baumgarten, Ueber das Verhalt.niss von Perlsucht und Tuberkulose (Jicvl. klin. Wocfiens., 1880, p. 698). — Zur Contagiositiit dcr Tuberkulose [Centmlbl. /'. d.med. Wissensch., 1881, p. 274).
2. Schuchardt, Die Impftubei-kulose des Auges und ihr Zusammenliang mit der allgemeinen Impftuberkulosc [Virchow's Arch., 1882, Bd. 88, p. 33).
SYNTHÈSE DE COHNHEIM.
rience de Villemin par Gohnheim et Salomonsen, et qui permet de suivre pas à pas toutes les phases successives de la lésion locale, fut le point de départ d'une série de recherches, qui confirmèrent, d'une façon univoque, la virulence et la spécificité de la tuberculose. Mais ce fut surtout Gohnheim qui, dans une de ces études de pathologie générale où il excellait, résuma le débat et fit tomber les dernières résistances'. Quoique ce travail soit surtout une œuvre de vulgarisation, il mérite cependant d'être signalé ici : jamais, depuis Villemin, l'ensemble des faits militant en faveur de l'infectiosité de la tuberculose n'avait été exposé d'une façon aussi démonstrative et aussi saisissante que dans l'élégante synthèse de Gohnheim.
Il commence par rappeler les interminables discussions auxquelles, depuis Laënnec, on s'est livré pour distinguer ce qui appartient au tubercule, à la scrofule, aux inflammations chroniques régressives ou plastiques. Si l'on voulait prouver par un exemple frappant combien la méthode exclusivement anatomique peut être trompeuse et insuffisante, on ne saurait mieux faire que de citer l'histoire de la tuberculose. Laënnec, en regardant comme tuberculeux tous les produits caséeux, allait trop loin, puisque la transformation caséeuse peut s'observer dans d'autres processus, à l'intérieur des sarcomes et des carcinomes, des myomes même et dans les exsudats inllammatoires. Virchow, en n'admettant comme tuberculeux que ce qui procède par formation nodulaire, non seulement écartait du cadre de la tuberculose le « tubercule infiltré » de Laënnec, mais s'exposait à y faire rentrer, de par sa définition, les nodules syphilitiques, morveux, les lymphomes et même l'inotfensif tissu de granulation. Ni la « cellule tuberculeuse » de Lebert, qui n'est autre qu'une cellule ayant subi cette altération particulière mieux étudiée depuis sous le nom de nécrose de coagulation, ni la cellule géante de Langhans ne sont exclusivement propres aux formations tuberculeuses.
Pendant que l'on s'épuisait dans ces luttes décevantes sur le terrain purement anatomique, on passait presque indifférent à côté de la grande découverte de Villemin, montrant que la tuberculose est une maladie infectieuse et transmissible .
1. CoHNHEiM, Die Tuberkulose vom Standpimkte der Infectionslehre, 1" édit. 1879; 20 édit 1881 ; trad. française par Musgravc-Clay, 1882.