EXPOSÉ DES CONSTATATIONS RADIOLOGIQUES
Nous n'avons pas l’intention d’exposer ici les questions de technique radiologique. Nous aurons toutefois à en parler dans une certaine mesure, quand nous développerons les critiques que l’on peut porter à nos constatations.
Il faut cependant, dès maintenant, insister sur divers points :
19 Nous n’envisagerons que les renseignements donnés par les radiographies. La radioscopie toujours pratiquée ne nous à Jamais donné d’éclaircissements complémentaires. Par contre, nous sommes d’accord avec tous les auteurs pour affirmer que, seul, le cliché radiographique peut permettre une estimation suffisante de l’état du parenchyme pulmonaire. La radioscopie, précieuse par ailleurs, n’est d’aucun secours dans les cas que nous étudions, où nous nous efforçons de percevoir des lésions extrêmement discrètes, des ombres minimes, des altérations à peine sensibles.
20 Dans toutes nos observations, nous avons répété les examens radiographiques. Les clichés ont été faits souvent, avec différentes intensités, différents appareils, différents opérateurs. Presque toujours nous avons pu étudier des radiographies prises de face, de dos et en transverse.
30 Par définition, toutes les radiographies de nos malades sont normales. Mais nous avons quelque appréhension à employer cette épithète dont nous aurons à envisager les limites. C’est pourquoi nous allons exposer les différentes
ie
représentations radiologiques que nous avons constatées en nous bornant à leur strict compte-rendu objectif.
Dans certaines observations, les clichés nous ont montré des plages pulmonaires absolument homogènes et claires, des ombres hilaires modestes et telles que l’on n’en constate jamais de moins accentuées, une absence de toute anomalie ou déformation de la paroi thoracique, du diaphragme ou du médiastin. Il s’agit là évidemment des faits les plus typiques, de ceux qui réalisent au maximum cette tuberculose radiologiquement occulte, dont nous nous occupons ici. Il en était ainsi chez treize de nos malades.
Nous avons en vue les radiographies des observations II, JET, IV, VI, VIL,. IX, u XL XP XIV ECRIRE ATOS XXVI et XXVII. Dans tous les cas on aurait pu en faire des modèles d'images thoraciques normales. Cet aspect était particulièrement frappant chez deux malades (Obs. XXVI et XXVII) où des altérations pathologiques avaient été antérieurement constatées. L’observation XXIIT que nous devons à l’obligeance de MM. Bipermann et MERY a fait l’objet d’une communication à la séance du 9 décembre 1933 de la Société d'Etudes Scientifiques de la Tuberculose, les radiographies ont été présentées et, fait vraiment très notable, pas une voix ne s’est élevée pour trouver sur les films l’anomalie même la plus minime ! Il en avait été de même en 1929 pour notre observation I. Dans la littérature médicale on trouve également des descriptions d’images thoraciques inaltérées. BLuME a même publié la radiographie d’un de ces cas, BLacxwoop insiste sur l’absence de toute anomalie dans l’une de ses trois observations, NALBANT sur sept malades en note deux sans aucun signe radiologique, MEERSSEMAN ne trouve absolument rien d’anormal sur les radiographies de trois de ses malades, André Marin non plus dans un des 4 cas qu'il rapporte.
Dans nos dix-sept autres observations, les ombres perçues sont diverses et, dans quelques cas, elles coexistent sur le
ho
même cliché. C’est leur constatation surtout qui sera l’objet de la discussion que nous aurons à développer dans le prochain chapitre.
L'image radiologique du hile s’est montrée un peu particulière dans certains de nos cas. Répétons-le, jamais, et par définition, les ombres hilaires ne nous ont paru pathologiques ; nous reviendrons sur ce point. Sur quelques-unes de nos radiographies (huit), nous avons simplement constaté un hile un peu plus touffu, un peu plus sombre et dont l’ombre semblait un peu plus développée que sur les clichés que l’on a coutume de considérer comme absolument normaux.
Nous avons noté chez sept de nos malades l’existence d’ombres linéaires, de stries sombres, en général à point de départ hilaire, allant se perdre plus ou moins loin dans le tissu pulmonaire.
L’exagération du dessin pulmonaire normal, c’est-à-dire, la représentation amplifiée de la fine texture alvéolaire et bronchique existait chez six de nos malades. Dans la moitié des cas, elle coïncidait avec l’existence de stries linéaires. Jamais ne s’y ajoutait une augmentation des ombres hilaires.
Dans certains cas, nous avons vu sur le cliché de très petits nodules foncés, arrondis, juxtahilaires, qui ne pouvaient être que des éléments du pédicule bronchique. Mais dans trois de nos observations, il y avait un nodule arrondi, à contours nets, de couleur sombre, siégeant en plein parenchyme. Deux fois (Obs. XV et XVI) il avait les dimensions d’un tout petit pois et se trouvait situé dans la partie moyenne du poumon, une fois (Obs. XXVIII), il avait l'aspect et les dimensions d’une grosse fève et occupait le sommet. Chaque fois l'intensité de l’ombre et la régularité du contour circulaire nous ont conduit à admettre sans discussion qu’il s’agissait d’un nodule cicatriciel calcifié.
Deux observations enfin nous montraient des signes
LA
de sclérose pulmonaire avec déviation du médiastin. Ces modifications étaient isolées dans l’obs. X, elles coexistaient avec des ombres hilaires excessives dans l’obs. XIX.
Si nous résumons nos constatations radiologiques, nous voyons que chez treize de nos malades les clichés ne montraient absolument rien de particulier ; que chez les dixsept autres, ils donnaient des images que nous avons considérées comme normales, mais où, cependant, on pouvait noter des ombres bhilaires trop étendues, des ombres linéaires, une exagération du dessin pulmonaire, des nodules apparemment cicatrisés.
Pour le premier groupe, on peut se demander si quelque image pathologique n’a pu passer inaperçue. Pour le second groupe, on peut discuter la valeur des anomalies constatées. Ainsi s’esquissent les critiques et les objections qu’on peut nous opposer et que nous devons nous opposer à nous-même. Avons-nous fait, dans le premier cas, tout ce que nous pouvions au point de vue technique pour découvrir une altération pulmonaire ? Avons-nous le droit de tenir pour normales les radiographies de la seconde série ?