CHAPITRE III
Symptomatologie.
Tumeur prélacrymale proprement dite, sans perforation du sac.
Si nous analysons les huit premières observations que nous donnons, nous remarquons que l’état lacrymal concomittant était nul ou léger, que le cathétérisme était facile et que les injections passaient facilement.
Dans la quatrième seulement, nous trouvons un écoulement purulent, mais si l’on veut bien la lire attentivement, on remarquera que l'écoulement accompagne la dacyocystite actuelle et que lorsque la malade n’avait encore qu’une tumeur prélacrymale, elle ne présentait qu’un léger épiphora.
Ce symptôme nous a donc paru important à noter, aussi nous y insisterons. Pour nous, dans le cas de tumeur prélacrymale, l’état lacrymal antérieur et accompagnant l'affection, tant qu'il n'y a pas complication, est nul ou très peu accentué.
Nous croyons, en effet, que la tumeur prélacrymale proprement dite est due à une infection légère; et qu'une infection suffisante pour donner des symtômes lacrymaux marqués serait le point de départ de suppurations de la loge lacrymale plus étendues et plus diffuses que la tumeur prélacrymale. C’est du reste là un point particulier que nous étudierons plus en détail dans le chapitre réservé à la pathologie de cette affection.
Le début de la tumeur est insidieux, le malade qui ne s'était jamais inquiété de son écoulement lacrymal ou qui n'en avait jamais eu, S’aperçoit qu'il à une certaine gêne des mouvements des paupières, son œil est « collé » le matin. Puis apparaît une petite tuméfaction à l'angle interne de l'œil, sans écoulement purulent ni par les points lacrymaux ni par le nez, la peau qui recouvre cette tuméfaction devient rouge, mais il n y à pas de symptômes généraux; c’est en général à ce moment qu’il vient consulter.
Puis apparaît sur cette tumeur ovoiïde un petit point blanc qui ne tarde pas à s’abcéder. La paupière inférieure s’ædématie parfois légèrement, ses mouvements deviennent difficiles.
Par la petite ulcération s'écoule un peu de pus : la fistule borgne externe est constituée et durera un temps plus ou moins long si l’on n'intervient pas.
Quand le malade vient à la consultation, l'examen objectif nous montre les symptômes suivants : une tuméfaction de la grosseur d’une noisette, ulcérée ou non, suivant l’époque de l’évolution où l’on voit le malade.
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La peau est enflammée au dessus, rouge, plus ou moins brunâtre, la réaction locale est plus ou moins considérable; les symptômes généraux sont nuls ou peu accusés.
La palpation fait sentir, en général, une fluctuation nette, mais en pressant sur la tumeur on ne l’affaisse pas et on ne provoque aucun écoulement purulent par les points lacrymaux ou la narine correspondante.
Si l'on explore les voies lacrymales, en pareil cas, mais avec précaution de peur de provoquer une fistule borgne interne et d'aggraver l'état actuel, on remarque que la sonde passe facilement et c’est à peine si elle fait constater parfois quelques rétrécissements peu considérables car presque toujours les injections passent avec la plus grande facilité. — L'évolution clinique de la maladie est aussi toute particulière et peut en faire faire dans de quelques cas le diagnostic rétrospectif.
Comme nous l'avons vu, en effet, la tumeur s’ulcère au bout d'un temps variable, mais le plus souvent assez court : une fistule borgne externe s’élablit si l’on n’a pas eu recours plutôt au bistouri pour ouvrir une large voie au pus et empêcher les décollements de se produire.
Par cette fistulette ainsi formée s'écoule un pus bien lié, la suppuration dure quelques jours, puis tarit, la fistule se ferme, puis tout rentre dans l’ordre et c’est à peine si la place de l’ancienne ulcération reste marquée par un peu de rougeur.
C’est la terminaison la plus simple et la plus com-
mune.
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D'autres fois, cependant, la terminaison est plus compliquée : c’est ainsi que dans l'observation VIII que nous à communiquée M. le D'Jacqueau, une tumeur prélacrymale ayant pour origine un traumatisme extérieur ayant donné lieu à une plaie du grand angle, qui plus tard s’est infectée, s'ouvre par une fistule interne dans le sac donnant lieu à une dacryocystite purulente qui persistait encore bien après la guérison de la tumeur prélacrymale.
Nous avons encore pu constater une terminaison similaire dans l’observation IV recueillie à la consultation gratuite de M. le Prof. agrégé Rollet. Dans cette observation, nous voyons la malade atteinte à trois reprises différentes de tumeurs prélacrymales inflammatoires, à des années de distance, et s’élant toutes abcédées à l'extérieur sans complication, donner lieu la troisième fois à une dacryocystite purulente par propagation au sac de dehors en dedans.
Il n'est donc pas impossible d'admettre pour quelques cas la propagation inflammatoire de dehors en dedans, et ces deux cas en sont des exemples.
Si la terminaison simple est la règle générale, il peut arriver parfois des complications, quoique cependant elles soient bien moins fréquentes que dans le cas de tumeurs communicantes.
Le pus, au lieu de se collecter, peut, doué d’une plus grande virulence, se diffuser et donner lieu à des péricystites diffuses telles qu’en a décrites M. Pa: rinaud et simuler alors soit l’érisypèle, soit même l’ostéite de l’unguis et du maxillaire supérieur.
Enfin, comme nous venons de le voir plus haut, la
LAC <a tumeur prélacrymale proprement dite peut se compliquer à la longue de dacryocystite purulente par propagation de l'extérieur à l’intérieur, et simuler un empyème du sac.
Nous devons ici, quoique ce soit pas une complication de la tumeur prélacrymale, parler de sa récidive. Comme nos observations nous l'ont montré, n° I, IV, VII, la tumeur prélacrymale proprement dite peut récidiver qu’elle ait été opérée ou non, mais cette récidive a lieu assez tardivement : un cas dans nos observations, et il faut probablement l’attribuer à une nouvelle infection de l’espace prélacrymal par les microorganismes du sac et n’établir aucune relation avec la première infection.
Vu le nombre et la fréquence des affections des voies Jlacrymales il est assez curieux de constater que les tumeurs prélacrymales sont assez rares, du moins dans les consultations hospitalières, et que les dacryocystites abondent, cependant d’après l’étiologie de ces dernières ce devrait être le contraire.
On peut invoquer deux faits pour expliquer cette contradiction :
La tumeur prélacrymale est une affection bénigne se terminant ordinairement d’une façon simple et rapide; les malades n’ont pas le temps de se rendre un compte exact de leur affection et de venir à la consultation, qu'ils sont guéris.
Dans les cas où la tumeur prélacrymale se complique, cette complication est prise pour un phlegmon lacrymal, on intervient sans anesthésie, sans rechercher méthodiquement le sac, on curette ou cautérise
la poche d’un phlegmon prélacrymal croyant modifier les parois du sac et l'on méconnait l’origine de l’affection et sa véritable localisation.
Si l'on recherche la nature du pus trouvé dans les tumeurs prélacrymales on trouve dans nos observations que les unes sont dues au streptocoque, d’autres au staphylocoque (P. Courmont) I, III, dans la V on trouve des fongosités et le sujet a des antécédents de tuberculose. Si l’on cherche dans les auteurs on trouve une observation de Mackensie où un uleère syphilique simulant une fistule lacrymale s’est développé dans le tissu présacculaire.