‹ La Tunisie au début du 20me siècleChapitre 11 sur 61 · MINES · texte numérisé non relu

MINES

Maintenant que nous connaissons les principaux terrains, voyons quelles ressources ils peuvent nous fournir. A ce point de vue, deux produits itrennent une importance capitale en Tunisie et éclipsent entièrement tous les autres; ce sont les minerais de zinc et les phosphates de chaux.

Le minerai de zinc consiste en carbonate et silicate confondus sous le nom de rdlaniinc. Celte calamine affecte du reste des aspects très variables ; elle est tantôt terne et compacte, tantôt vacuolaire et légère, tanli'tt mamelonnée et translucide; c'est un des minerais les i)lus polymorphes et par suite des plus difficiles à discerner. Sa richesse, très variable, oscille entre 15 et 50 %■ Elle est fréquemment associée à la fjalène, c'est-à-dire au sulfure de |>lomb argenlifère, qui peut renfermer jusqu'à 75 % de métal. Les gîtes calaminaires de Tunisie sont tous situés dans des calcaires ou des marnes, d'âge généralement jurassique ou crétacé, et au contact du Trias; — les exceptions à cette règle ne sont sans doute qu'apparentes. 11 existe actuellement 12 concessions ayant pour objet l'exploitation du zinc et du plomb. La plus ancienne est celle du Djebel Reçass, dont le nom signifie précisément montagne de plomb, qui était déjà en activité lors du voyage de Peyssonel en 1724. On voit du reste, au flanc de plusieurs montagnes (Dj. Zrissa, Kht. el Mouhad, Sidi Youssef), des travaux beaucoup plus anciens, que l'on attribue généralement aux Romains; ceux ci ont extrait tout le rainerai de plomb, mais ils ne paraissent pas avoir su tirer parti de la calamine, qu ils ont laissée intacte. Parmi les concessions importantes, je citerai celles du Zaghouan et du Bou Djaber, qui ont fourni des produits très riches, mais qui ont déjà dû

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arrêter leurs travaux, puis celles plus prospères du Khanguet et Tout, tle Sidi Ahmed, de Sidi Youssef. De 1895 à 1899, la production annuelle des mines de zinc tunisiennes a varié entre 17.750 tonnes et 24.370 tonnes. Quant au plomb, la quantité extraite en 1899 a été de 5.224 tonnes. J'ajouterai enfin, que d'après les statistiques les plus récentes, la Tunisie occupe le septième rang parmi les pays producteurs de zinc.

Le fer existe en divers points de Tunisie, notamment dans les Nefzas, où deux grandes concessions ont été accordées, mais aucune exploitation n'a encore été tentée. Le minerai se présente sous forme de lentilles d hématite rouge et brune, manganésifère, interstratifiées dans les grès de l'Eocène supérieur; leur teneur en métal atteint 55 %■ Au sommet du Djebel Zrissa, dans les calcaires du Crétacé inférieur, on remaniue également une puissante lentille d'oxyde de fer à teneur 1res élevée, mais le manque de tout moyen de transport en a empêché l'exploitation.

Quant au cuirre, on ne le trouve qu'à l'état de mouches, .sans valeur industrielle (Dj. Klab, Zrissa, Azered, Hamra).

Mais la substance à laquelle la Tunisie iloit son importance minière est inconstestablement le phosphate de chaux, dont les immenses amas ont été découverts par M. Philippe Thomas, vétérinaire principal de l'armée. L'histoire de celte découverte vaut d'être brièvement contée, car elle prouve l'utilité de la géologie et montre comment de recherches purement scientifiques peuvent découler des résultats pratiques de la plus haute importance. Lorsque, en 1885. M. Ph. Thomas fut adjoint à la mission d'exploration de la Tunisie, il se proposait seulement d'étudier dans son ensemble la géologie du centre tunisien, rôle auquel l'avaient admirablement préparé ses nombreux travaux sur l'Algérie. C'est ainsi qu'il fui amené à explorer la chaîne qui s'étend entre Gafsa et Tamerza et qu'il eut le plaisir d'observer, pour la première fois, les dépôts de phosphate de chaux qui se développent sur les deux versants de la chaîne. C'est au Khanguet es Seldja ifig. i'.i'li), à 50 km. à l'ouest de Ciafsa, que fut faite cette importante découverte, le 18 avril 1885. journée mémorable, car elle fut laurore de la transformation de toute une contrée. L'auteur aperçut immédiatement la portée éco-

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comique de sa décuiiverte et il la lit connaître par une coniniunicalion à rAoadéniie des Sciences, faite le 7 décembre 1885, dans laquelle il indiquait nettement l'extension des phosphates de chaux dans toute la chaîne du Seldja et jusqu'au delà de la frontière algérienne. Dès lors, M. Thomas se consacra exclusivement à la poursuite de ce précieux niveau phosphaté, et, dans une deuxième communication à l'Institut, en date du 9 mai 1887, il en signala la présence dans les Djebel Sehib et Rosfa, Khechem Artsouma, Nasser Allah et dans le centre de la Tunisie, à la Kalaat es Snam. Mais il ne s'en tint pas là. D'après les observations déjà ancien nés qu'il avait faites en Algérie, il annonça que les phosphates devaient exister au sud de Boghari, ce qui a en effet été vérifié. Enfin, les phosphates de Tébessa furent reconnus sur ses indications expresses. C'est donc à M. Thomas ([ue revient

exclusivement la gloire d'avoir découvert, non seulement presque tous les gisements de phosphates de chaux de Tunisie, mais aussi ceux d'Algérie.

La chaîne de Gafsa-Tamerza (qui porte les différents noms de Dj. Tefel, Dj. Seldja, Dj. Blidji, etc.). est constituée par une voûte régulière de calcaires du Crétacé supérieur et recouverte sur ses deux flancs par les couches éocènes. Au Khanguet es Seldja, où les strates sont pre-^fjue verticales, le phosphate est intercalé au milieu de marnes noirâtres et de calcaires lumachelles. lise présente sous deux aspects: en nodules de grosseur variable, à patine noire, brillante, dont la teneur peut s'élever jusqu'à 70 Vo,

F ig. 2o. — Le Khanguet es Seldja à l'Ouest de Gafsa (La barre du Crétacé supérieur.)

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