‹ La Tunisie au début du 20me siècleChapitre 12 sur 61 · L. PEKVLNQCIERE · texte numérisé non relu

L. PEKVLNQCIERE

OU bitn à lélal de [)liosi)hale calciiiie. Ce dernier esl une roclie grisàlreou verdàlre, grenue, un peu sableuse et fiiable. Dans toutes ces couches, les fossiles sont nombreux ; parmi eux, je me bornerai à citer une iiuîlre liigan^tesque, qui est très caractéristique. En outre, dans le jibo-phate même, on rencontre des dents de squales, des vertèbres et fragments dos longs de divers reptiles, parmi lesquels

iii: lii — Le Fou m es SeUlja (La barre éocèiie; leniviaii à pliosphale de chaux esl au pied de ces calcaires.)

un crocodilien, auquel ou a apjilicjué le nou) significatif de Ci'ocodilus phosphutictta \on y a aussi trouvé une belle télé de tortue. Le microscope permet de voir en outre de nombreux débris d'èlres organisés, et surtout, comme l'a montré .M. Cayeux, une quantité prodigieuse de carapaces d'algues intérieures, du groupe des Diatomées. On aurait donc là un vérilahle tripuli plios phatisé, une Loue à Diatomées modifiée dans des conditions qui n'ont pu être entièrement précisées.

Cependant nous pouvons nous représenter à peu près de la manière suivante le mode de formation de ces dépôts : sur l'emplacement de la cluiîne actuelle, existait une lagune très peu profonde, qui pouvait même s'assécher eulièrcmeut. ce qui donnait naissance aux petits lils de sel et de gypse qu'on observe. Dans cette lagune, où pullulaient les Diatomées, la vie aui-

niale n'était pas moins exubérante. Tous ces animaux, dont nous ne connaissons qu'un très petit nombre par les débris qui en ont subsisté sous forme de dents de poissons ou de vertèbres de reptiles, contenaient une certaine proportion de phosphate de chaux, aussi bien dans leurs tissus mous que dans leurs os. Après leur mort, ce phosphate était mis en liberté, entrait en solution grâce à la présence de carbonate d'ammoniaque provenant de la décomposition des tissus, puis était précipité de nouveau par attraction autour d'un grain de calcaire ou dune particule de matière organique, peut être de ces algues microscopiques dont nous constatons l'abondance. Cependant M. Cayeux ne croit pas que les Diatomées aient joué un rôle actif dans la formation du phosphate. Assurément il y a encore des recherches nombreuses à faire sur ce point, mais ce qui paraît certain, c'est la [»rofusiou d'êtres qui peuplaient la lagune et aux dépens desquels se sont formées ces prodigieuses accumulations de phosphate. Ces dépôts ont pu s'enrichir ullérieuremeut par dissolution du carbonate de chaux associé au phosphate, mais ce phénomène ne parait pas avoir joué un grand rôle dans le cas présent.

Quoi qu'il eu soit de l'origine des piiosphates, leur importance industrielle est énorme, puisque l'agriculture en consomme des quantités de plus en plus considérables et que nous sommes, à l'heure actuelle, tributaires de l'Amérique dans une large mesure. Aussi M. Ph. Thomas, ce savant modeste autant que dé.^iutéressé, puisqu'il ne relira aucun avantage matériel de sa découverte, chercha -t il à en faire profiler ses concitoyens. Et cependant, il fallut dix ans avant qu'on se décidât à lirer parti de ces colossales richesses. Enfin se forma la Compagnie des phosphates et du chemin de fer de Gafsa, à laquelle fut donnée une vaste concession et divers avantages, à la condition de construire à ses frais un chemin de fer entre Sfax et Gafsa (2o0 km.). La ligne dépasse même un peu Gafsa et se rend à Metlaoui, où se trouve l'exploilalion. Celle-ci porte sur les deux couches, les plus riches parmi les sept qui ont été reconnues, car l'importance du gisement est telle, qu'à l'expiration du privilège de la Compagnie, c'est à dire dans 60 ans, la majeure partie du gîte sera encore intacte. En effet, le flanc sud de l'anticlinal renferme à lui seul o millions de tonnes de minerai riche, valant au moins 30 millions de francs et la tolalilé de

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cette précieuse matière accumulée daus la région de Gafsa paraît dépasser 30 milions de tonnes. La composition est du reste très constante à Metlaoui. La l^^ couche titre de 59,5 à 60,5 «/o de pljosphate tribasique de cliaux; la 2""^ couche de 62 à 63 «/o. Le phosphate extrait de ces deux couches est mélangé, aussi la richesse moyenne est voisine de 60 %• L'exploitation est désormais en pleine activité et nécessite plus de 1200 ouvriers. La première année (189'J), la C'-de Gafsa a livré 70.000 tonnes de phosphate, 170. OOO tonnes en 1900, 180.000 tonnes en 1901 et la production prévue pour 1902 se moate à 300.030 tonnes (l).

J'ai parlé un peu longuement des phosphates de Gafsa .Metlaoui, parce que ce sont les seuls exploités à Iheure actuelle, mais il en existe d'autres dont l'importance est loin d'être négligeable. Ains' la Kalaat es Snam ((îg. I) repose sur un lit phosphaté, épais de 1™60. La roche est grisâtre, renferme de petits nodules et accuse une teneur de 59 60Vo ; enfin le tonnage exploitable n'est guère au-dessous de 5 millions de tonnes. La richesse est à peu près la même à la Kalaat el Djerda, mais les conditions d'exploitation sont moins favorables. Au Chaketma, le phosphate forme une roche noire et dure d'aspect tout dilïérent, dont la teneur, un peu variable, peut atteindre 60 % (2).

J'ajouterai enfin que des phosphoriles existent en plusieurs points de Tunisie et que leur titre atteint 70 et 80 o/o. Malheureusement les gisements en sont très irréguliers; les plus notables sont ceux du Dj. Zaghouan et du Dj. Reçass.

OROGRAPHIE ET OROGEME

Maintenant que nous connaissons les divers terrains qui s'observent en Tunisie et le parti que l'on en peut tireP; voyons comment ils concourrent pour donner au pays son relief actuel.

(1) Je dois plusieurs de ces renseignemenls. ainsi que les photographies de Gafsa (n*^ 23 et 24), à M. Pelle, adminislraleur de la C" des phosphates de Gafsa, auquel je suis heuieux d'adresser mes remerolments.

(2) Pour plus de détails sur les phosphates du centre, voir mon Etude géologique de la Tunisie centrale.

La Tunisie présente des aspecls bien différents suivant les régions que l'on envisage. Toute la partie du SE est plate, comme l'indique son nom de Sahel ; c'est la steppe typique. Les terrains les plus récents y affleurent seuls et portent fréquemment des lacs salés ou Sebkhas, lacs mal définis et souvent à sec, d'où l'on retire du sel. Les oueds, c'est-à-dire les rivières, ont un cours indécis ; parfois ils sont profondément encaissés entre des berges formées de limon, mais souvent au contraire leur lit sefface et ils se perdent avant d'atteindre la mer ou la sebkba.

Dans le sud, les plaines dominent encore ; mais çà et là on voit surgir des cliaînons irréguliers, souvent isolés. Plus au nord, les montagnes deviennent plus nombreuse^, mais laissent toujours entre elles de vastes cuvettes remplies d'alluvions et très propices à la culture. Dans son ensemble, le relief est extrêmement fragmenté. Les oueds ont un cours irrégulier, contournent tous les obstacles et ne coupent les plis que d'une façon exceptionnelle et en profitant des points d'abaissement des axes. Dans la région septentrionale, les plis se resserrent de plus en plus, affectent une orientation mieux définie, s'alignent en chaînes régulières; bref, la contrée devient franchement montagneuse.

Au point de vue de ses relations avec les pays voisins, la Tunisie doit être considérée comme l'expansion de l'Atlas saharien ; c'està-dire que la zone du Tell et celle des Hauts-Plateaux, si développées en Algérie, en sont entièrement exclues

Mais ce qui donne un cachet spécial à l'orographie tunisienne,, c'est la multiplicité et la simplicité des chaînes. On assiste à la naissance des plis; on fait en quelque sorte de l'embryologie tectonique. Au milieu dune plaine, surgit, telle une immense taupinière qui pourrait dépasser oQO mètres, un dôme, c'est-à-dire une montagne à contour circulaire ou elliptique, où les couches plongent régulièrement en tous les sens, à partir du sommet, à moins qu'une partie n'en ait été supprimée par faille (fig. 2o, 26j ; d'autres fois, le dôme s'allonge, on a un anticlinal, dont les flancs sont en général bien réguliers et ne présentent de renversements que d'une façon tout à fait exceptionnelle. De plus, ces chaînons sont le plus souvent discontinus, comme je lai déjà dit, et leur orientation est assez variable. Dans leur ensemble, les plis sont dirigés du S-Wau X-E, mais presque tous, dans leur extrémité orientale,.

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