‹ La Tunisie au début du 20me siècleChapitre 30 sur 61 · INVERTÉBRÉS · texte numérisé non relu

INVERTÉBRÉS

Nous sommes encore loin de connaître d'une façon satisfaisante les Invertébrés de la Tunisie. L'Exploration scientifique de la Régence a sans doute recueilli des collections importantes, mais il

144 li.M'llAliL BLANCHARD

reste encore beaucoup à faire et les spécialistes qui voudraient s'adonner à l'étude de questions restreintes seraient largement payés de leurs peines.

Il serait oiseux dénumérer ici des animaux qui n'ont ordinairement d'intérêt que pour les naturalistes ; nous nous bornerons à signaler celles qui sont utiles ou nuisibles, ou encore qui sont tout à fait caractéristiques de la faune tunisienne et nord-africaine.

Insectes. — Aux Hyménoptères se rattachent les Abeilles. On élève en Tunisie les races de 1 Ip/s mellifwa f|ui sont cultivées en Europe, mais ce ne peut être qu'une industrie médiocrement llorissante, en raison de la rareté des fleurs. Il s'est constitué à Tunis une Société d'apiculture, qui est encore trop jeune pour avoir pu faire œuvre très utile.

La culture du Figuier est assez répandue dans certaines localités du nord. Elle donne lieu à de curieuses pratiques, qui remontent à toute antiquité, mais dont l'explication est de date toute récente : nous voulons parler de la caprificatioti.

Certaines variétés de Figuier donnent normalement des fruits charnus; certaines autres, appartenant également au Ficus rarica, n'en donnent jamais d'une façon spontanée : ahandonnés à euxmêmes, ces arbres produisent des figues qui tombent de bonne heure, eu sorte que la récolte est nulle. Toutefois, par l'artifice signalé plus haut, on peut empêcher les fruits de tomber et les conduire jusqu'à maturité. Ce singulier phénomène est sous la dépendance d'un Hyménoplère, le lilastopluK/a /).syh''.s, dont le rùle vaut la peine d'être élucidé.

Le Caprifiguier ou Mznhar esl le Figuier sauvage; il porto chaque année trois générations de fruits. A l'arrière-saisou, quand les ieuilles tombent, il reste sur les rameaux des petites figues dures qui persistent tout l'hiver; ouvrons-les : on y trouve des fleurs femelles, dont un bon nombre ont l'ovaire parasité par une larve d Insecte. Le printemps venu, il naît sur les rameaux d'autres figues, dites figues mâles ou dol{kar.'< ; elles possèdent, en elTet, des fleurs mâles, mais aussi des fleurs femelles appelées à jouer un rôle très spécial. Les Insectes, nés des figues d'hiver et sortis de celles-ci au printemps, pénètrent dans les dokkars : ils déposent leurs œufs dans les ovaires des fleurs femelles, (|ui s'arrêtent alors

ZOOLOGIH 145

dans leur évolution et se bornent à abriter les larves. Quand éclosent les Insectes parfaits, ils tombent dans la cavité de la figue et s'etïorcent d'en sortir; ils rencontrent alors les tleurs mâles, dont les étamines, arrivées à maturité, les saupoudrent de pollen.

Les Insectes libres se mettent alors à la recherche de figues où ils puissent pénétrer pour y déposer leur ponte. Soit sur le même arbre, soit sur des arbres voisins, car elles sont ailées et peuvent voler à quelque distance, les femelles s'attaquent à des jeunes figues, nées en été sur les rameaux de l'année ; elles pénètrent à leur intérieur, fécondent, grâce au pollen qu'elles transportent, les fleurs femelles les plus proches de l'orifice, puis pondent leurs œufs dans celles du fond, qui présentent à cet effet une structure particulière. Ces jeunes figues sont celles qui passent l'hiver ; cette ponte donne naissance aux Insectes qui éclosent au printemps.

Telle est l'histoire du Figuier sauvage, à fruits non charnus.

Le Figuier cultivé, qui n'en est qu'une variété obtenue par l'industrie humaine, donne au contraire des fruits charnus et succulents. Chez certaines )-aces, ces fruits dérivent spontanément de ceux qui naissent en été (deuxième génération), et il y a grand avantage à cultiver de telles races, puisque les fruits arrivent en toute circonstance à maturité, que les fleurs aient été fécondées ou non par les Blastophages ; on n'a donc aucun compte à tenir de ces derniers. Chez d'autres races cultivées, moins avantageuses que les précédentes, les figues n'arrivent à maturité qu'après la visite des Blastophages chargés de pollen. Aussi, dans les contrées où l'on cultive ces races de Figuiers, et la Tunisie est dans ce cas. se livre-ton, dans le courant de juin, à l'opération de la caprification.

Cette opération consiste à récolter sur les Caprifigiiiers les dokkars ou figues mâles, qui sont vertes, dures et laiteuses, à les enfiler en chapelets de trois à six figues, puis à suspendre ces chapelets sur les Figuiers à fleurs femelles.

On comprend ce qui se passe : les Insectes issus des dokhars pénètrent dans les figues femelles et les fécondent ; celles-ci sont alors capables de mûrir.

La caprification était déjà connue et pratiquée dans l'antiquité ; Aristote et Théophraste la décrivent très clairement. Les Arabes,

Page 1