RAPHAËL BLANCHARD
entre autres Ibii Ouahsliiah, clans son Agriculture iiahathéenne, et Ibn el Aouam, dans le Kitah al fellalah (XII® siècle), ne sont pas moins précis. C'est donc par suite d'une longue tradition empirique que les Arabes efiectuent cette opération agricole. La haute importance de celle-ci est démontrée d'une faron curieuse et saisissante par ce qui suit :
En 1889 et 1882, on importa le Fiiiuier de Smyrne en Californie ; on l'y propagea, mais sans aucun succès, car on ne pouvait pas ré colter une seule ligue. Pourtant, les figues mûrissaient, quand on les fécondait arliliciellement, en y introduisant le pollen descapri figues. Une telle opération ne pouvait être confiée à la main de l'Homme : il valait mieux recourir aux Insectes (jui. dans la région méditerranéenne, jouent normalement ce rôle. Aussi résolut-on d'importer en Californie le liliistiijiitdifa pscnes : les |iremières tenta tives d'acclimatation furent infructueuses, mais des essais ultérieurs réussirent mieux (18î)9). et maintenant la caprificatiou s'effectue suivant son mode ordinaire. Il en résulte que la Californie. où le Figuier réussit à merveille, ne va pas tarder à produire de* ligues en abondance, peut-être même à les exporter dans lancieu monde, comme elle le fait déjà pour d'autres fruits.
Parmi les HÉMn'Ti!:REs, nous devons mentionner le Kermès, sorte de Coclienillc qui vit sur le Chêne garrouille {(Juercus coccifera) et qui a joué, naguère encore, un rôle assez considérable. L'Insecte, dont nous ne pouvons exposer ici les métamorphoses, se trouve sur les petits rameaux du Chêne : en avril et mai. il a atteint toute sa croissance et présente alors les dimensions d'un petit pois. On le récolte, on le dessèche et il constitue ainsi \n (f raine décarlatc. Peu dant des siècles, le Kcimèsa été l'uniciue substance avec laquelle on oLlint la teinture on pourpre : sa grande importance industrielle a conduit à penser (|u'il devait jouir aussi de ju-écieuses propriétés médicinales et, de fait, peu de substances ont eu en médecine une vogue aussi considérable et aussi peu justifiée.
La découverte de l'Amérique, en faisant connaître la Cochenille du Xopal (Coccu^ cacti), a porté un coup mortel à la teinture avec la graine d'écarlate ; plus récemment, les couleurs d'aniline ont détrôné à son tour la Cochenille mexicaine. Seuls, les Musulmans ont continué d'employer le Kermès, parce qu'un certain verset du Coran leur enjoint de teindre leurs chéchias avec celle substance.
Mais aujourd'hui, cette pratique elle-même est tombée eu désuétude, depuis que les chéchias se fabriquent en Europe.
Arachnides. — Les Scorpions sont partout très répandus. On n'en connaît pas moins de trois genres et six espèces, qui sont : Buîhus europœus Linné, B. australis Linné, B. .Eneas C. Koch, B. arcnicola Simon, Heterometrm maurus (Linné) et Euscorpius rarpalhicus (Linné). Les trois premiers sont redoutables, bien que leur piqûre soit rarement mortelle pour l'Homme.
En 1888, jai vu à Kairouan des mendiants d'une caste spéciale parcourir pendant la nuit la ville et ses environs ; ils étaient munis d'une lanterne et armés d'une longue broche, sur laquelle ils enfilaient tous les Scorpions qu'ils rencontraient. Le lendemain, ils allaient.de porte en porte présenter leur capture et recevaient quelque menue monnaie.
Les SoLiFUGES sont de curieuses Arachnides qui habitent les déserts ; on dirait qu'ils possèdent cinq paires de pattes, mais la paire antérieure, qui sert effectivement à la locomotion et qui est dépourvue de grilles, n'est autre chose que des palpes maxillaires très développés. Leur tête se prolonge par deux puissantes pinces. Ces animaux chassent en plein soleil et courent avec une extrême agilité. Ou les redoute à l'égal de la Vipère et du Scorpion, mais des recherches récentes ont établi qu'ils ne possèdent aucun appareil à venin et sont absolument inotïensifs. Galeodes barharus et G. Olixieri sont les espèces les plus communes ; on connaît encore Solpuga flavescens, Bhax orhropus et quelques autres formes.
Crustacés. — On trouve partout dans les oueds, mais peut être moins communément qu'en Algérie, le Crabe d'eau douce {Telphusa Jluciatilis), qui habite aussi les eaux saumâtres. 11 partage ce séjour avec Palœmonetes larians, sorte de Crevette appartenant comme lui à l'ordre des Décapodes. Les Crevettines [Gammarus pulex, G. tuneîanus), partout abondantes, représentent les Amphipodes. Aux Phyllopodes se rattachent les Branchipes (Branchipus pisciformis), les Apus (Apns cancriformis, A. numidicus) et les Esthéries [Estheria cycladoides, E. angulata) ; aux Copépodes, toute une faune de petits animaux que j'ai décrite avec le D^ J. Richard, et qui se trouve notamment dans les eaux rejetées par les puits artésiens.
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Mollusques. — Ils sont assez peu nombreux et n'offrent guère d intérêt qu aux malacologistes de profession. Mentionnons pourtant les Gastéropodes marins, au moyen desquels les Phéniciens obtenaient autrefois la teinture de pourpre. L'espèce qui leur fournissait la célèbre pourpre de Tyr était le Murex trunrulus ; on ïi trouvé des amas considérables de sa coquille dans les ruines phéniciennes et même dans les ruines romaines, par exemple à Pompéi, à proximité des anciennes teintureries. Le Murex brandaris était utilisé aussi, mais plutôt sur les côtes de l'.Adriatique ; il fournissait la pourpre de Cerigo et de Laconie, dune nuance difTé rente. Deux autres espèces [Purinira IdjiHhis, V. luvmasloma) étaient également employées. Cette industrie, jadis considérable, fut ruinée par le Kermès du Chêne, comme celui-ci devait l'être par la Cochenille du Nopal, et cette dernière par les couleurs d'aniline.
Annélides. — Trois espèces de Sangsues sont à signaler: IJina quadristriata, tine et grêle, incapable de sucer le sang des Vertébrés ; Hirudo Irortiiui, verdàtre, tachetée de noir et de jaune, grosse comme notre Sangsue médicinale et employée aux njémes usages qu'elle ; Limnatis nilolica, espèce la plus répandue, d'un brun fauve, bordée d'une bande orangée, à ventre gris orangé.
Celle dernière espèce ne i>eul être utilisée en médecine : elle est néanmoins très utile à connaître, car elle cause fréquemment des accidents assez graves. Elle abonde dans les ruisseaux deau cou rante et dans les abreuvoirs ; elle nage au fil de l'eau et est souvent absorbée par les animaux qui viennent boire ; elle se fixe alors soil dans les fosses nasales, soit dans la bouche, soit, plus ordinairement, dans le pharynx et cause des hémorragies d'autant plus graves qu'elle est assez généralement dissimulée aux regards. Des accidents tout semblables sobservent aussi dans l'espèce humaine, notamment chez les soldats qui, après une longue et pénible marche, se jettent à ]ilal vtMitre iKnir boire avidement l'eau fraîche du ruisseau .