L.-G. SEURAT
Docteur f^s-sciences, Lauréat de l'Institut, Zoologiste du Laboratoire Colonial du Muséum
La Zoologie appliquée de la Tunisie, c'est-à-dire l'étude des animaux qui fournissent des produits utiles à l'Homme, nous montre que les Animaux marins ont une importance beaucoup plus considérable, à ce point de vue, que les Animaux terrestres et fluviatiles.
Parmi les animaux terrestres, nous n'avons guère à signaler, abstraction faite des animaux domestiques, que les Abeilles, qui sont abondantes dans certaines régions de la Tunisie. En Khroumirie, en particulier, les Arabes possèdent presque tous des rucbes d'un type assez spécial : elles sont constituées par un cylindre de liège fermé aux deux extrémités par un disque de même nature. Les gâteaux sont disposés parallèlement à l'axe longitudinal de la rucbe. Les ruches perfectionnées, adoptées par plusieurs possesseurs de domaines, ont donné, paraît-il, d'excellents résultats.
La faune ichtyologique des eaux douces est d'une pauvreté remarquable en Tunisie ; le seul cours d'eau important de la Régence est la Medjerdah, dans les eaux de laquelle on ne trouve guère que des Barbeaux. Ces derniers, que l'on pèche jusqu'à l'embouchure de la Medjerdah, sont peu recherchés. On trouve également ces Poissons dans le Sud de la Régence, aux environs de Tozeur.
Le domaine maritime de la Tunisie est au contraire très vaste et
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son exploitation donne lieu à une industrie des plus prospères, en même temps que très variée.
Le développement des rivages tunisiens, îles comprises, n'est pas inférieure 1200 kilomètres. Les côtes septentrionales, jusqu'à l'entrée occidentale du golfe de Tunis, sont hautes, rugueuses, faiblement échancrées ; elles ne présentent que des baies peu profondes et inhospitalières. A partir du cap Bon et jusqu'au golfe de Gabès, ce sont des plages de sable ; le golfe de Gabès est un vaste plateau sablonneux, tapissé d'herbes sous-marines, où la sonde n'atteint la profondeur de 100 mètres qu'à une distance de la côte qui dépasse parfois 300 kilomètres.
Les pêcheries tunisiennes sont surtout caractérisées par la pêche des Éponges, par celle du Corail et par celle des Poulpes. Nous examinerons tout d'abord la pêche des Éponges.
PKCHE DES EPU.NliL.S
L'industrie de la pêche des Éponges, qui se pratique sur les cotes de la Régence depuis Monaslir jusqu'à la frontière tripolitaine, est des plus prospères et donne lieu, dans le port de Sfax, à un iinpoiiant moiivcnicMl annuel d'affaires. L'Eponge est, en elTel, un produit don! la consommation devient de plus en plus active et dont la valeur a augmenté de •iO à 50 pour 100 dans ces dix dernières années. Les bancs spongifères sont recherchés et e.\|il()ilés avec une aetivité fi'ltrile : ces gisements n'existent dailleuis (|ue dans un nombre restreint de localités. Les plus anciennement exploités sont ceux de la Méiliterranée : .\driatique. Archipel grec, côtes de Syrie, de ïripolilaine et de Tunisie ; tout, récemmeni, .M. Borel, négociant importateur d'Epongés méditerranéennes, a ilécouvert de nouveaux bancs sur les côtes de la Corse.
Les Eponges méditerranéennes étaient les seules, jusqu'en 1840, à alimenter le marché européen. A celle époque. M. Hayman, grand père de .\l. Georges Weil, l'un des principaux commerçants importateurs d'Épongés de Paris, fit naufrage sur l une des Iles Bahamas, lors d'un voyage de la Jamaïque en Europe, il remarqua qu'un grand nombre d'Epongés étaient employées par les habitants
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et apprit qu'elles étaient pèchées dans les eaux entoui'ant l'île. A son retour à Paris, il établit le premier commerce d'exportation des Eponges des Bahamas. Les habitants se mirent à les rechercher plus activement, et actuellement plusieurs milliers d'entre eux sont employés à cette pêche.
Les Eponges sont également très abondantes sur les côtes de la Floride, de l'île de Cuba et on commence à exploiter les bancs qui existent sur les côtes de nos colonies de la Martinique et de la Guadeloupe. 11 jiaraît enfin exister des gisements spongifères aux îles du Cap Vert et aux Açores.
Classification des Éponges du commerce. — On distingue trois catégories principales d'Epongés dans le commerce : les unes, petites, compactes, connues sous le nom (VEpo)iges fines ou Eponges de toilette, sont fournies par le squelette de plusieurs variétés de VEnspongia officinalis ; les Eponges (ines-dioes sont fournies par le squelette de VEnspongia zimocia Schmidt; enfin les Eponges communes sont données par le squelette de Vllippospongia Cfuina var, elastica Lendenfeld. Ce sont ces dernières qui sont plus spécialement abondantes en Tunisie et qui font l'objet de la pèche.
i° Eponges fines. — Le squelette des Eponges usuelles est formé d'un échafaudage plus ou moins serré de fibres d'une substance cornée, dont la composition et les propriétés sont voisines de celles de la soie ; cette substance, qui se dissout dans les acides bouillants, a reçu le nom de spongine ; elle a pour formule, d'après Krukenberg, C'H'^Az'O'^ ; elle résiste à l'action d'une solution ammoniacale de sous-oxyde de nickel qui dissout la soie. Si on la chauffe en vase clos dans l'eau, jusqu'à 200 degrés, elle devient visqueuse.
Le squelette des Eponges fines {Euspongia officinnlis) est formé de deux sortes de fibres : des fibres principales, non ramifiées, partant de la plaque cornée par laquelle l'éponge est fixée au support et se dirigeant radialemeut et longitudinalement ; ces fibres ascendantes se terminent à la surface de l'Éponge dans de petites protubérances coniques de la peau, qui, dans \'E. officinalis var. adriaiica, ont un millimètre de hauteur et un millimètre de diamètre à leur base ; ces fibres contiennent de petits grains de sable et d'autres corps étrangers enchâssés dans la
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spongine. Dans les variétés les plus recherchées, les plus fines de l'Kponge officinale, ces fibres principales n'ont |}as un diamètre supérieur à O'n'^06 ; dans les variétés qui donnent les Éponues f)his dures, elles ont de 0'""'06 à 0'"'"l. Entre ces fibres squelettiques ascendantes s'étend un réseau de fibres connectives beaucoup plus fines, sanastomosant sans cesse, dont lépaisseur varie de OmrnOOo à 0"'f"009, Ics iiiailles du réseau qu'elles forment n'excédant pas 0'"'"04 de largeur ; ces fibres sont formées par de la spongine pure et ne contiennent aucun corps étranger. Dans VEnapongia o/firinalis, les plus grosses fibres connectives ne sont jamais plus de deux fois plus épaisses que les plus fines.
2» Epongk fine ni RE {Euxpongia zimoccn Schmidt). — L'Euspoufjia zimocca esl connue dans le commerce sous le nom d' (( Epongt: dure )) ; en Dalmatie, on la désigne sous le nom d'Epongé zimocca. Le squelette est de couleur brun-jaune foncé ; il esl plus dur et plus ferme que celui de l'Éponge fine de toilette ; les fibres connectives sont en elle! jilus fermes, plus dures et plus épaisses que celles de l'Eponge otlicinale ; elles ont un diamètre moyen <le 0"'">030 à 0'"'"045, les fibres principales onl un diamètre de O'^'nOiO et sont presque entièrement dépourvues de grains de sable.
La forme extérieure est également différente: on trouve rarement des formes massives, mais le plus souvent lEponge zimocca alTecte une forme de dé à manche large el court ou d'entonnoir, mince sur les bonis, |)lus épais en son milieu. Cette espèce habite l'Adriatique, la mer de l'.Archipel (îrec et les eûtes de Barbarie.
Les Éponges zimocca recueillies sur les côtes de Tunisie sont de qualité inférieure ; la bonne qualité de zimocca se trouve sur les cotes de Tripolitaine. à Benghazi.
3' Eponges ('ommlnes. — Les Éponges communes ont un tissu beaucoup plus làoho el plus facilement déchirable ; les fibres connectives forment un réseau de 0"""! à 0"'"»'* de largeur. Le tissu est parcouru par un système de lacunes s'anastomosant dans tous les sens, qui peuvent atteindre la grosseur du doigt.
Essai d'acclimatation des Eponges de Syrie dans les eaux françaises de la Méditerranée. — 11 y a une (luaraulaine d'années, on a cherché à acclimater, sur les côtes méditerranéennes de la France et de l'Algérie, l'Éponge fine de la Syrie. En 1862, Lamiral fut chargé par
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la Société d'Acclimatation daller en Syrie pour s'assurer des moyens et de la possibilité d'obtenir la reproduction et la culture des Éponges du Levant sur les côtes méditerranéennes de la France (1).
Le 3 juin 1862, il embarque sur le paquebot des Messageries, à Tripoli de Syrie, six caisses contenant cent cinquante Éponges sur leurs bases de roche; ces caisses étaient en planches de sapin très épaisses, cerclées de fer, calfatées et brayées à linlérieur, de 80 centimètres cubes de volume chacune; l'intérieur, carbonisé et gratté, contenait l'eau de mer; de forts taquets, placés de manière à faciliter les arrimages, permettaient de relier deux caisses superposées, dans le but de remplir constamment la caisse supérieure formant réservoir d'eau, alin de la faire couler, par une ouverture pratiquée au fond, sur l'eau de la caisse inférieure contenant les Éponges vivantes; le bas côté de ce bac était muni d'un robinet qui régularisait un courant continu et laissait échapper l'eau viciée par les Éponges. L'eau des caisses supérieures était rafraîchie par l'addition de glace, de façon à maintenir la température de celle des bacs entre 21 et 23 degrés (2),
Le 10 juin, l'auteur constate que « l'eau des bacs s'écoule eu laissant sur le pont une matière grasse et blanche qui doit être la substance des larves. Un parenchyme blanchâtre tapisse les parois » (des bacs).
Les Éponges arrivèrent presque toutes vivantes à Marseille, puis à Toulon. Le 21 juin, un certain nombre d'entre elles (3) furent immergées dans une auge de pierre construite à cet effet, et vingttrois reposant sur leurs bases de roche furent placées aux alentours, près du fort de l'Aiguillette, sur un fond de gravier, par dix mètres de profondeur, dans les environs de l'île de Pomègue, sur un fond de gravier et de cailloux, à vingt-cinq mètres de profondeur, et enfin près de l'île de Port Gros (une des îles d'Hyères), dans un endroit abrité de tous les vents, sur un fond de gravier et de roches, à vingt-deux mètres de profondeur. Cent vingt-trois
(1) Lamiral, Acclimatation des Éponges dans les eaux de France et d'Algérie Bull. Soc. impér. zoolog. d'acclimalation, VIJI, p. 327-334, 1861.
(2) L. SouBEYRAN, Rapport sur le mémoire de M. Lamiral. Ibidem, VIII, p. 433-437, 1861.
(3i Lamiral, Rapport sur un essai d'acclimatation des Eponges de Syrie dans les eaux françaises de la Méditerranée. Ibidem, IX, p. 641-6.^3, 1862.
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individus étaient en place le 2 juillet, et tous en bonne santé. Le 2^ août suivant, ils continuaient à prospérer.
Vers la fin de l'année, Lamiral, allant inspecter les Éponges qu'il avait rapportées de Syrie, constata que toutes étaient mortes ou avaient disparu (1). L'essai d'acclimatation qui avait été tenté par lui avait par conséquent échoué, mais il avait prouvé la possibilité du transport des Eponges à une distance assez grande de leur babitat.
Structure de l'Éponge. — LEponge est fixée, au fond de la mer, sur un support (luelconque, rocher, coquille de Mollusque, branche de Gorgone, etc., par une lame basale mince, cornée. A l'état vivant, elle est entourée dune matière gélatineuse gluante, de couleur foncée, à laquelle adhèrent des Algues et de petits coquillages ; c'est cette enveloppe qui donne à l'Éponge vivante sa <'()ul(Mir foncée: dans le golfe de Gabès, les Hippnapoivjia ne manquent jamais d'attirer l'attention, grâce au peu de profondeur et à Ja transparence des eau.x, par leurs masses sombres et leurs larges oscules béants (2). Quand lÉponge est mise hors de l'eau, cette substance ne tarde pas à entrer en diMomposition en dégageant une odeur nauséabonde.
La surlace de l'Eponge vivante présente un certain nombre d'orifices visibles à l'o-il nu. de plusieurs millimètres de diamètre, appelés osrulcK : le diamètre du champ de l'oscule, entouré d'une couronne de protubérances où se terminent des libres ascendantes, est d'environ i]eu\ à trois millimètres dans VE. officinal is mw. adriatica et dans la var. c.vitpin ; dans l'Eponge oHicinale, les oscules peuvent atteindre cinq millimètres de diamètre. Ces orifices, ou oscules. mènent dans de larges canaux (|ui pénètrent, en se ramiliant. à lintérieur do l'Eponge ; leurs ramifications terminales, très (ines, ne sont pas visibles à l'œil nu.
La surface concave de la peau située entre les protubérances coniques est percée de très nombreux et très petits pores, que
(1) Lamikal, Second rappori sur un essai d'accliinalalion des Kponges de Syrie dans les eaux françaises de la MLHiilerranée. Bull. Soc. Arclinialion, X. p. 8le, lSt3:î.
(2) TopsicNT, Kponges du golfe do Gabès. Méni. Soc. zoolog. de France, VII, p. 37, I89i.
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l'on ne peut apercevoir qu'à la loupe, celte surface apparaissant alors sous l'aspect d'un crible ; ces pores sont entourés d'une membrane annulaire contractile, qui, en se contractant, en rétrécit l'ouverture et peut même les fermer complètement. Ces orifices conduisent dans des canaux situés sous la peau, desquels parlent de nombreux canalicules d'un millimètre de diamètre environ, qui se divisent bientôt en branches très fines : celles-ci vont sou vrir finalement dans des chambres creuses arrondies, qui, dans^ l'Éponge officinale, ont 0i»'°003 à Omm004 de diamètre ; environ quatre branches terminales s'ouvrent dans une même chambre ; un autre canal part de ces chambres et n'est autre chose que l'une des ramifications terminales des gros tubes qui, partant des oscules, pénètrent à l'intérieur du corps.
Quand elle est en bonne saule, l'Eponge est traversée continuellement par un courant d'eau, qui entre par les pores de petit diamètre ou pores inhalants situés à la surface et sort par les oscules. L'existence de celle circulation d'eau à travers la masse du corps a été signalée dès 1825 par Grant ; il suffit, pour la constater, déplacer une Eponge vivante dans de l'eau tenant en suspension des granules colorés, le carmin, par exemple, pénètre rapidement à l'intérieur du corps de lanimal et, au bout de quelques heures (Eponges marines), le corps entier, jusque dans ses parties les plus intimes, est rempli de la matière colorante.
L'absorption des aliments a lieu à l'intérieur du corps, et non par la surface : l'eau qui traverse le système des canaux de l'Éponge contient des substances dissoutes et d'autres en suspension. Les corps les plus gros, tenus en suspension, ne peuvent pas pénétrer à rintérieur 'de l'Eponge, à cause de la petitesse des pores inhalants. Cependant, quelques-uns, parmi lesquels des grains de sable, pénètrent en provoquant une blessure de la peau : ce sont ces grains de sable que l'Eponge utilise dans la formation desfibres principales du squelette.
Les pores inhalants ne laissent pas passer indistinctement lousles corps ; ils se ferment rapidement quand l'eau contient en dissolution ou à l'état de suspension des substances nuisibles : il sulïil, par exemple, d'ajouter de la strychnine à l'eau dans laquelle se trouve une Éponge pour arrêter le courant d'eau et voir les pores inhalants se fermer. Le lait est une des rares substances parmi
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celles dont dispose le pliysiologisle qui ne provoque aucun mouvement de contraction de ces pores.
Les espaces compris entre les canaux et leurs ramifications sont occupés par une uiasse sans structure, de consistance muqueuse, dans laquelle sont incluses de noniLreuses cellules, les éléments génitaux et le squelette ; cette substance (|ui s'écoule quand on sectionne l'animal, est dési;^née sous le nom de " lait d'Epongé » par les pêcheurs firecs (1).
Fonctions de reproduction. — On ne sait pas encore d'une façon précise si 1 Eponj^e est à sexes séparés ou si elle est hermaplirodile. F. E. Scliulze pense qu'elle est à sexes séparés, et que les exemplaires contenant des spermatozoïdes sont excessivement rares : malgré d'activés recherches, il n'a pu recueillir (ju'un uni<|ue exemplaire dépourvu d'œufs, mais porteur de spermatozoïdes groui)és par masses ovalaires, irrégulièrement disséminées.
Les œufs sont groupés, dans l'Eponge ofiicinale. par dix à trente dans la masse fondamentale amorphe, au voisinage des canaux elTérentsde diamètre assez grand ; ils sont ovales et larges de 0"'"'^.'j quand ils ont atteint leur uïalurilé. Wilson pense, au contraire, que les Eponges sont généralement hermaphrodites et que les indi vidus produisent, à certaines périodes, princi|»aleinenl des élémenls mâles, !\ d'autres périodes, surtout des éléments femelles.
Scluilzo a cherché à connaître répo(|ue de l'année à laquelle les œufs de VEuaponiiia ofjicindlis var. udrintica arrivent à maturité : dans ce but, il a fait prélever, à Lésina, pendant j)Uisieurs mois (d'avril h juin), et régulièrement toutes les semaines, par Huccich, homme très expériinenti' dont nous aurons à signaler plus loin les travaux de spongicullure. des exemjilaires â'Knspotiyia, recueillis vivants et fixés à lalcool absolu : l'examen de ces Eponges, ainsi que celui d'autres échantillons recueillis pendant d'autres mois de l'année (juillet excepté), lui a permis de reconnaître que la mulurité sc.rucllc <U' l'Fpoiigc lir toilette ne dépend pus de rèpo(]ue de l'an)u'e.
11 faut remartiuer dailleurs, qu'on trouve toujours, à côté des Éponges arrivées à maturité, un |)lus grand nombre (jui ne le sont
(1) EcKHEi.L, Uer Badcschuainm. Triost, 1873.
pas : à Lésina, on trouve chez YEuspongia officinalis var. adriatica, environ un spécimen sur quatre qui soit arrivé à maturité; cette proportion reste sensiblement la même dans les différentes saisons de l'année.
Lane. — La fécondation de l'œuf et les premières phases de son développement ont lieu à l'intérieur du corps de l'Éponge mère.
La jeune Éponge quitte le corps de celle-ci, à l'état de larve à peu près oviforme. mesurant environ 0">'"40 de longueur et 0"i™3o de largeur; à l'une de ses extrémités, elle présente une surface légèrement invaginée, ou aire basale. limitée par un bourrelet annulaire. La larve est mise en liberté peu après avoir acquis un revêtement de cils lui permettant de nager et d'atteindre un endroit favorable où elle puisse se fixer et continuer son développement, ou peut-être avant. On comprend toute l'importance qui s'attache à la détermination d'une façon précise, et pour chaque localité, de l'époque à laquelle a lieu la sortie des larves, si on veut réglementer la pêche d'une farou rationnelle. C'est ainsi qu'en Tunisie, dans le golfe de Gabès, la pêche des Éponges est prohibée du premier mars au premier juin, époque à laquelle on suppose que se fait la reproduction.
Malgré de nombreuses et patientes recherches. Schulze n'a pas réussi à observer la sortie des larves nageant librement dans l'eau, après avoir quitté le corps de leur mère.
0. Schmidt a observé quà Naples la reproduction de l'Éponge commune {Hippospnngia erjuiita)a. lieu par des larves errantes, qui résultent du développement des œufs, en mars et avril, et peutêtre aussi plus tard. Dans le voisinage des canaux aquifères se forment de nombreux amas d'embryons : une Éponge de taille moyenne donne un nombre incalculable de larves, en sorte que si on la pêche avant quelle ait expulsé celles-ci, le dommage produit est considérable.
D'après les observations de Berthoule et Bouchon-Brandely, l'Éponge s'attacherait de préférence aux corps calcaires, aux rochers ou débris de Coraux, très rarement au bois. Les larves seraient mises en liberté, en Tunisie, au printemps ; après avoir nagé un certain temps, elles iraient se fixer, pour ne plus s'en détacher, sur un corps solide submergé.
En août 1897, les négociants de Sfax crurent devoir protester
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contre les disposilions d'un nouveau décret, en ce qui concern;iit le tarif des patentes et l'époque de l'interdiclion de la pêche. Forts de l'opinion de Lo Bianco, de Naples, ils prétendaient que l'Éponge jette sa semence en automne et non en mars, avril et mai. épo(|ue fixée par le décret pour linterdiclion de la pèche au scaphandn; et à la ^angava (I). A la suite de ces réclamations, le décret du 28 août 1807 levait l'interdiction pour les mois de mars, avril et mai et la reportait sur novembre et décembre. Kn même temps, le Gouvernement tunisien se rendait compte de la nécessité d'observations locales permettant d'établir avec certitude l'époque de l'émission des larves d'Kpon'iCs.de leur fixation et de leur développement; jusfiu'ici, toutefois, il ne parait pas être entré dans celte voie. Croissance (le iEponyr. — La croissance de rKponf^e parait être très longue; d'après Buccich, il faudrait environ sept ans à une jeune Kponfie de la Méditerranée pour acquérir sa taille marchande. Les auteurs américains disent au contraire que la croissance de l'Éponge est très ra|tiile sur les côtes de la Floride: deux années seraient sullisanles. Servonnet émet l'opinion (|ue les Eponges nées en février ont acijuis. en juin oti juillet de la mènie année, tout leur dévelo|)pement.
Spongiculture. — Les Eponges sont douées d'une grande vitalité ; elles reparent très rajiidement leurs tissus endommagés
Schiiiitll a montré, le premier, (|ue si on découpe une Eponge (il a pris VI-^uspon(ji(i ofliriiiiili^ var. itdriatica) parfaitement fraîche en fragments de dimensions convenables, et qu on place aussitôt ces fragments dans la mer, en prenant certaines précautions, ils croissent et donnent chacun une nouvelle Eponge de forme semblable à celle qui a été morcelée.
A la suite de cette expérience, le Ciouvernemeut autrichien et de gros industiiels de Trieste eurent l'idée de pratiquer la culture des Eponges et d*étal)lir un parc dans la baie de Socolizza, située à la pointe Nord Est de l'Ile de Lésina. Les essais durèrent de 18G3 à [Hl'2; en mai 1867, cette station fut placée sous la direction de lîuciich. L'entreprise fut abandonnée en 1872, à cause (le ralliliuie hoslile des populations indigènes.
(1) Notice sur le .<ervice de la naviijation tt des pêches maritimes. Tunis, 1903 : cf. p. 66.
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La meilleure saison pour commencer les expériences est lliiver : la croissance est alors plus lenle, mais l'Éponge peut rester plu sieurs heures liors tie l'eau, à l'omltre, en conservant sa vitalité: en été, la croissance est plus rapide, mais l'animal périt rapidement, si on le laisse quelciue temps hors de l'eau.
Les échantillons devant servir aux expériences sont recueillis avec le plus jirand soin possible, avec leur base d'attache, par des niains expérimentées, et transportés dans des boites percées de trous, de telle façon qu'ils ne soient ni endommagés, ni serrés les uns conire les autres. On les découpe en fragments d'environ vingt centimètres cubes île volume (un pouce cube), à l'aide d'un couteau très tranchant. Buccich. qui exécutait le3 expériences de Schmidt. a remarqué qu'on peut, durant les temps parfaitement calmes, déposer ces fragments sur des roches détachées situées au fond de la mer. et qu'ils y adhèrent : c'est là un point intéressant de la biolosie de l'Eponge.
Les endroits choisis pour la ciillure sont des baies à l'abri des forts courants et des grosses vagues, mais où l'eau n'est pas complètement calme : il faut un courant modéré; le fond doit être formé par des roches ; on doit principalement éviter la vase, qui est la principale cause d'échec de la spongiculture. 11 faut que le fond soit couvert d'Algues : la couleur fraîche de celles ci est un indice que la localité a été bien choisie. On doit éviter avant tout le voisinage des sources et des embouchures de rivières.
Buccich avait imaginé un appareil pour placer les fragments d'Epongé : cet appareil était formé de deux planches rectangulaires (63 centimètres de longueur sur 40 de largeur), l'une formant le fond, l'autre le couvercle, tenues parallèlement l'une à l'autre, à une distance de 42 centimètres, par deux petits étais situés à environ M centimètres l'un de l'autre. Dans chacune des planches sont pratiqués vingt-quatre trous espacés d'environ 12 •centimètres. Les fragments d'Epongés sont entilésdans des baguettes en bambou, longues de 42 centimètres, dont l'écorce siliceuse résiste aux attaques des ïarets : on met trois de ces fragments sur une même baguette ; immédiatement au-dessous de chacun d'eux, un trou est percé dans la baguette, par lequel on introduit un petit morceau de bois qui sert à maintenir en place le fragment d'Epongé. Les baguettes ainsi garnies sont fixées dans les trous
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des deux planclies, perpendiculairemeiit à celles-ci. Liippareil est immergé et maintenu au fond de l'eau à l'aide de pierres placées à l'intérieur et servant de lest.
Buccicli a constaté (jue. dans le cas où les fragments d'Epongé ont été découpés avec soin et préparés lapidemeut, les parties endommagées se régénèrent très rapidement, reprennent leur vitalité et s'accroissent. Leur croissance est très lente : il faut sept ans pour obtenir une Kponge d'une taille commerciale.
Ijucciccli et 0. Sclimidt sont persuadés que la spoogicullure ainsi expérimentée est susce|)tible de donner, à peu de frais, des résultats pratiques excellents.
Sponf/icultnre en Floride. — La spougiculluie, telle que l'avaient établie 0. Sclimidt et liuccicli à l'île de Lésina, a été entreprise également sur les côtes de la Fl«)ride, où t*ll«' a rencontré d'ailleurs bi iiKMiiu iiostililé (le la |>art t\v> pêcheurs.
Kaliihiin a décrit, en 1S83, le premier essai de spougicullure suivi (le succès fait en Améri(|ue. .1. Fogarly, .\llen et H. M. Muuroe ont également publié les résultats de leurs expériences.
La plupart des essais de spougicullure faits en .Amérique lonl été avec l'Lpongc connue sous le nom de (( Slicepswool Sponge > . (jui, (1 après Leiidcnfeld, est vraisemblablement l'Hipposponyia ra nalicidala var. //(^^^■ ///;</< a ; les uns ont été faits à Key West (Halli bun, Kogarty), les autres dans la baie de Hiscayne (Halpli M. Mun roe). D'après Miinroe, celte localité olîre des avantages 1res nombreux pour de telles expériences : on a non seulement des fonds de natures dilTcrentes vl des profondeurs variées, niais aussi, eu (liver> eiidroils, des salures dilTt'reutes des eau.\, en sorte (|u"on ju'iit MitMUT les expériences djinsdcs conditions très variées.
Le procédé adopté est le uK'me (lu'à l'Ile de Tesina : les Éponges sont découpées environ en 25 fragments de 20 centimètres cubes de volume chacun ; ceux-ci sont fixés sur des baguettes et placés dans la nier. Les essais ont été suivis pend. ml six mois : ces dilTérents auteurs ont constaté (|ue. pentlanl les quatre pre niiers mois, les fragments d'Kponge réparent les tissus endom mages, et qu'ensuite seulement ils accroissent leur volume : vi ( accroissenienl ('.</ très rapide, car deux mois plus tard le volume était quatre à six fois plus grand ([ue le volume primitif. L'accroissenjeul de I Kponge de la Kloriile esl donc plus rapide que celui de
l'Éponge de l'Adriatique, tel que l'avait observé Buccicli ; d'après Munroe, on pourrait obtenir une Éponge de taille marchande en une année et demie ou deux années au plus.
Un second fait, constaté dans les expériences exécutées sur les côtes de la Floride, est la variation de la croissance avec le courant : dans les endroits où le courant est faible ou n'existe pas, la croissance est très lente; elle est, au contraire, très rapide dans les endroits où un courant existe. Quand la croissance est très rapide, le squelette est plus grossier et la forme de l'Éponge devient irrégulière.
Munroe pense que cette culture artificielle est susceptible de donner des résultats pratiques ; il est bon toutefois de faire remar quer qu'il a abandonné ses essais.
Marenzeller, Bidder et R. vcn Leudenfeld ne pensent pas que l'élevage des fragments d'Épongés, préconisé par les auteurs précédents, puisse donner un revenu plus considérable que celui qui résulterait de l'élevage de jeunes Éponges que l'on laisserait croître sans les couper en morceaux ; Lendenfeld, en particulier, est persuadé qu'une jeune Éponge de toilette, intacte et placée dans des conditions favorables, croîtra plus rapidement que les fragments observés parBuccicli. Ce même auteur pense que l'on ne peut espérer beaucoup, quant à présent, de la spongiculture telle qu'elle a été faite par Buccich et les Américains : il pense que l'on obtiendrait des résultats plus appréciables en exploitant les bancs d'Epongés d'une manière plus rationnelle et en laissant se développer les spécimens de petite taille, qui ont d ailleurs une valeur commerciale très faible, jusqu'à ce qu'ils aient atteint leur taille marchande.
Pêche et préparation des Éponges sur les côtes de la Tunisie. — La pêche des Éponges se pratique, sur les côtes de la Tunisie, suivant plusieurs procédés ; elle a lieu autour des îles Kerkennah, de l'île de Djerba et dans le golfe de Gabès. Elle commence eu octobre et finit en janvier ; durant les autres mois de l'année, les endroits où se trouvent les Éponges sont couverts de niasses compactes d'Algues, que les tempêtes de novembre et de décembre ont pour effet de balayer.
La pêche est presque entièrement entre les mains des étrangers :