‹ La Tunisie au début du 20me siècleChapitre 33 sur 61 · L. G. StUIIAT · texte numérisé non relu

L. G. StUIIAT

Grecs, Malhiis. Italiens, qui, l'iieure venue, envahissent lilléralcment le golfe de Gabès, au nombre d'environ cinq mille, montés les uns sur leurs scolèves (ou sakolèves), forts et élégants bateaux de pèche construits pour tenir la mer. les autres sur de lourdes tartanes ou d'énormes «■ skounafs » de quatre-vingts tonneaux venant des (]yclades.

Les Nfallaisetles Sicilien^ pèchent à l'aide de la foëne. qui est une sorte de trident emmanché dans une longue tige de bois ; la foéne ne permet de pêcher que par des fonds de dix à quatorze mètres au

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l.n p<'-<'lio au miroir.

plus. Pour cette pèche, il est nécessaire de voir l'Kponge au fond de l'eau : les pécheurs se servent, à cet elTet, du miroir, cylindre creux de fer battu, de la forme et de la capacité d'un seau ordinaire, dont l'une des extrémités est fermée par une vitre. Cet instrument remplace avantageusement l'huile que les pécheurs jetaient autrefois à la surface de l'eau pour atténuer les rides qui en diminuent la transparence; il sullit de 1 enfoncer de quelques centimètres pour voir très distinctement le fond jusqu'à des profondeurs de huit à dix mètres(lig. 47) Cet engin a étéimportéà Sfax par les Grecs en 1872. La pèche à la foéne n'est pratiquée que de

novembre à mars, c'esL-à dire pendant la période où les Algues marines ont été balayées par les tempêtes.

Les gros bateaux siciliens, appelés hovns. qui sont de lourdes tartanes pontées, louent, dès le commencement de la saison, à de bonnes conditions de prix, pour les trois ou quatre mois de campagne, de petites barques arabes, montées au plus par trois hommes, le plus souvent par deux (lig. 48), qu'elles remor.|uent sur les lieux de pêclie ; elles jettent l'ancre et s'y tiennent en per

Fig. 48. — Barques arabes accoiiplècs pour la pèche des Eponges.

inanence, servant à la fois de poste de surveillance, de dépôt de vivres et de magasin où s'amoncelleront les produits. Autour d'elles, les barquettes évoluent dans un rayon assez restreint, fouillant minutieusement les fonds. L'un des hommes qui montent ces légers esquifs se tient aux avirons, l'autre se place en avant, dans une échancrure du faux-pont, et explore la mer à l'aide du miroir: aussitôt qu'il aperçoit la masse sombre d'une Éponge, il lance avec force le trident, qui est fixé à un manche à raccords, et, par un double mouvement de rotation et de bascule.

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détache l'Éponge du sol, sans que les dents de l'engin laissent de traces bien appréciables dans son tissu.

La pêche à la foëne est égalenient pratiquée parles indigènes des Kerkennah, de Sfax, de iJjerba, de Zarzis et de Biban, qui se servent d'un engin à cinq ou six dents, et par les pêcheurs grecs d'Hydra.

Les sakolèves grecques pf'chent à l'aide de la yangata. sorte de chalut semblable à celui des pêcheurs de nos eûtes, La gangava est constituée par un filet de corde, à larges mailles, forniiint une poche profonde de deux à trois mètres, dont l'un des grands côtés, celui qui rase le sol, est formé d'une solide barre de fer, tandis (|ue 1 autn* est une pièce de boisqui maintient l'îippareil vertical lors(|iril est en action, l'n fort cAhIe relie la gangava au bateau (jui la remorque. Cet engin enlève tout sur son passage et arrache les Kpoiige^ pelilcs el grosses; les petites Kponges passent à travers les mailles du lilet el vont mourir au fond de la mer, étant arrachées de leur suppoit.

La pèche à la gangava est pratiquée par S4 gangavas grecques el par 84 gangavas ilaliennes, qui récoltent chacune environ 400 kilogrammes d'Épongés. C'est en 1875 (lue les Grecs ont introduit la gangava dans le golfe de Cabès ; quelques Maltais et quelques Siciliens l'ont adoptée depuis.

Dans certains parages de l'Ile de Djerha, où ni la gangava. ni la foène ne peuvent pénétrer, les Éponges étant cachées sous les rochers, les indigènes plongent pourlesalleindre jusqu'à 2r3mèlres; les plongeurs d'Oum-.Vdjim sont renommés pour cette pêche.

Depuis un certain nombre d'années, on prati(]ue la pêche au scaphandre, qui est beaucoup plus fructueuse que les précédentes. Elle s'est ré|>an(lue dans loule la Méditerranée, mais est prohibée sur les cO)les de la Floride par une législation récente, édictée en 1897, sur les fonds où existent des bancs d'Kponges ; l'emploi de cet appareil, ainsi (|ue celui de la drague, entraîne une amende et la confiscation des appareils et même du bateau. Cette interdiction du scaphandre est basée sur ce fait que le scaphandrier, en marchant sur le fond de la mer avec ses lourds souliers, détruit un grand nombre d'Kponges.

En Tunisie, l'eniploi de la drague et du scaphandre est interdit du l*"» novembre au 31 décembre inclusivement.

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Préparation des Épong-es. — Peu de temps après leur récolte, les Eponges sont préparées : les pécheurs, après les avoir laissées quelque temps eu tas, les lavent dans l'eau de mer et les piétinent fortement sur un plancher à claire voie, jusqu'à ce qu'elles aient perdu toute trace de leur enveloppe extérieure de couleur foncée. Après les avoir ainsi lavées, on les accroche en chapelets aux vergues et on les laisse sécher. Les Grecs sont renommés pour le soin avec le((uel ils font cette première opération de lavage ; les Éponges qu'ils préparent ont de ce fait une plus-value sensible sur celles des indigènes. Ceux ci ne lavent pas leurs Éponges ; ils les présentent au marclié aussit(jl pêchées, c'est à-dire à l'élat brut et revêtues de leur enveloppe devenue noire.

Les Éponges non lavées sont connues sous le nom de prilw unirr, les Éponges lavées étant dites pèche blanche.

Les Éponges sont mises en sacs de 17 à 18 kilogrammes et expédiées sur le marché européen par le port de Sfax. Leur valeur oscille entre 10 et 15 francs le kilogramme.

En 1900, la pêche des Éponges, pratiquée sur les côtes de Tunisie par 1:J71 bateaux et 89 plongeurs, a produit 85.597 kilogrammes dÉponges lavées, représentant une valeur de 1.471.884 francs et 10.364 kilogrammes d'Épongés brutes représentant une valeur de 62.961 francs.

D'après le décret du 2 mai 1898. les Éponges sont frappées d'un droit de sortie de 20 francs par 100 kilos pour les E[)onges lavées et de 10 francs pour les Éponges non lavées. En outre, les Éponges paient un droit d'entrée en France.

C'est à Paris que se trouve actuellement le principal centre d'approvisionnement en Éponges pour toute l'Europe : ou 1899, il a été importé en France, des différents centres de pèche du monde, 339. .'iOO kilogrammes d'Épongés brutes, représentant une valeur d'achat de 6.44<).700 fr. et beaucoup de ces Éponges ont été réexpédiées en Europe.

Traitement des Éponges brutes. — Les Éponges brutes doivent subir une préparation avant de servir à la consommation. On commence par les débarrasser des matières étrangères, en particulier des pierres qu'elles renferment. On les débarrasse des pierres calcaires en les traitant par lacide chlorhydrique étendu. On les met ensuite dans une solution de permanganate de 2 à 5 pour 100. jus-

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qu'à ce qu'elles devieunenl brunes ; on les hive alors à l'hyposuHile de soucie, pour les blanchir, et finalement au chlorure de chaux.

PECIll-: Dr COHAIL

La pèche du Corail se pratique du cap Rosa (Alj^^érie) jusqu'à la hauteur de l'île de la (lalite. Les bancs se trouvent par des fonds de 15 à 40 mètres, à deux, trois et jusqu'à sept milles de la côte. Les bancs tunisiens |)araissent s'étendre juscjuà Porto-Farina,

Cette pèche, réfilementée par le décret du 22 novembre 1883, doit se faire à l'aitle d'un eni,Mn connu sous le nom de rroir île Soi m André, formé de deux pièces de bois assemblées en croix, aux bras de hiffuelh^ sont attachés des jiaquels ou des tresses de chanvre appelés fanherls ; une pierre très lourde, attachée au fond, assure l'immersion. L'engin est relié par un long cable à un cabestan placé sur le bateau et descendu à des profondeurs de 25 et 30 mètres ; il faut le diriger dans les anfractuosités des rochers où se trouve le Corail. Le métier de pécheur de Corail est extrêmement iM'iiihle et est priiliqué u;n(|uement par des pécheurs italiens.

Certains pécheurs arment la croix réglementaire de puissants cerceaux de fer aux aréles tranchantes, auxquels sont suspendus des sacs en filet à grosse (rame : celle pèche, dite à la « gratte de fer », est prohibée.

D'après le décret ilu h' mai 1897, les marins étrangers ne doivent pas entrer pour plus d'un quart dans la composition du personnel des bateaux corailleurs français et la pèche du Corail est interdite pendant les mois de juillet, aoilt et septembre. Le Corail péché sous pavillon français dans les eaux françaises ou dans les eaux tunisiennes entre en France en franchise. Les principaux marchés du Corail sont à Marseille et à Xaples. La fabrication du faux Corail par des maisons allemandes avait fait l)aisser beaucoup le prix du vrai Corail jusqu'en ces derniers temps. Actuellement, cette pêche semble reprendre ; les Coraux atteignent les prix de 7.500 à 8.000 francs les 100 kilos.

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