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L'établissement des Byzantins à Carthage permit à l'Église catholique de s'organiser et de jouir enfin d'un repos acheté au prix de tant de douleurs et de tant de souffrances. L'ère des martyrs est close désormais ; aussi l'histoire religieuse deyient-elle assez monotone à partir de 534. Heureux, a~t-on dit, les peuples qui n'ont pas d'histoire ! Heureuses» au contraire, les Églises fécondes en récits sur les confesseurs et les martyrs ! Après les persécutions, l'Église jette un plus vif éclat» et» si elle coule des jours tranquilles, elle le doit au sang généreux versé pour Jésus-Christ.
En 534» l'évêque Réparatus» successeur de Boniface» réunit» à Carthage, un concile de deux cent dix-sept évêques» pour fixer divers points de doctrine et de discipline.
Le concile tint ses assemblées dans la basilique de Faustus où reposaient les reliques de plusieurs martyrs. Il envoya à
Rome deux de ses membres, les évêques Caïus et Pierre, accompagnés du diacre Libérât, avec une lettre synodale pour le Saint-Siège. Le pape saint Âgapit, qui venait de succéder à Jean II, y répondit le 9 septembre 535, par deux lettres adressées. Tune aux Pères du concile, l'autre à Réparatus. Dans la première, il loue les évêques de l'Eglise d'Afrique d'avoir recouru, pour la solution de leurs difficultés, à la chaire de celui qui a reçu le pouvoir de lier et de délier. Dans sa lettre à Réparatus, saint Âgapit lui rend tous les droits de métropolitain que la méchanceté de ses ennemis avait cherché à lui ravir. C'est pourquoi, en attendant qu'il puisse envoyer des légats, il lui enjoint de notifier à tous les rescrits de la chaire apostolique sur l'observation des canons, afin que personne n'en pût ignorer.
Le même concile députa à Constantinople un diacre nommé Théodore pour demander à l'empereur la restitution des biens et des droits des églises d'Afrique, que les Vandales avaient usurpés. Justinien donna, à cet effet, une loi, du 1®' août 535, adressée à Salomon, préfet du prétoire d'Afrique, qui porte que toutes les terres usurpées sur les églises d'Afrique leur seront restituées, à condition qu'elles paieront les tributs, et que l'on rendra aussi les maisons et les ornements des églises ; que l'église de Carthage jouira de tous les droits accordés par les lois précédentes aux églises métropolitaines, et qu'il ne sera permis ni aux ariens, ni aux donatistes de tenir des assemblées, d'ordonner des évêques ou des clercs, de baptiser et de pervertir personne^ ni d'exercer aucune charge publique»
A la suite de résolutions prises par les évêques dans le concile de 534, l'Afrique fut partagée en quatre provinces ecclésiastiques : i^'la Proconsulaire ou Zeugitane; 2° la Byza-
cène; 3^ la Numidie; 4^ la Mauritanie , comprenant les deux Mauritanies et la Tripolitaine. Cette division subsista jusqu'à la conquête du nord de l'Afrique par les Arabes.
Je n'ai pas à faire le récit des guerres fréquentes soutenues par les Byzantins contre les Maures indigènes, de 534 à 647. Salomon, gouverneur de Carthage, le patrice Germain, neveu de Justinien, Sergius, neveu de Salomon, le sénateur Ariobinde et Jean Troglodita, stratège d'Afrique (548), luttent tour à tour avec succès contre les Maures. Cependant rien ne pouvait les réduire, et, après chaque défaite, ils se dérobaient aux coups pour revenir à l'improviste.
L'empereur Justinien éleva une église à la sainte Vierge, dans son palais de Byrsa, et une autre, dans la ville même de
Carthage, sous le vocable de sainte Prime. Dans la même ville, il construisit un monastère. 11 bâtit à Lepsis cinq églises dont la plus belle était dédiée à la sainte Vierge. De son côté, le préfet Salomon construisit, contre le port deCarthage appelé alors Mandracium, un couvent fortifié qui reçut son nom. Dans la Byzacène et dans la Zeugitane, des églises et des couvents furent élevés en grand nombre.
Primasius succéda à Réparatus sur le siège épiscopal de Carthage (551); puis, vinrent Publianus (566) et Dominions (584). Ce dernier prélat réunit, en 594, à Carthage, contre les donatistes, un synode dont il envoya les actes au pape saint Grégoire le Grand. Il mourut vers l'an 604. L'histoire n'a pas conservé les noms des successeurs immédiats de Do minicus. On retrouve, en 630, le siège de Carthage occupé par l'évêque Fortunius, qui embrassa quelques années plus tard l'hérésie des monothèlites. Les évêques de la province de Carthage élurent Victor à sa place, en 646» Ce pontife dé-
ploya une grande activité pour réprimer Thérésie et mérita d'être loué par le pape saint Martin I" pour son zèle, sa science et son humilité. Il assista pour ainsi dire au naufrage de l'Eglise d'Afrique, car les flots de l'invasion arabe, qui s'avançaient de plus en plus, ne tardèrent pas à ébranler les murs mêmes de Carthage (649).
Ici se termine la première partie de cet essai sur l'histoire religieuse de la Tunisie et spécialement de Carthage chré tienne. La seconde partie aura trait à l'existence des chrétiens depuis l'arrivée des Arabes jusqu'à nos jours.