‹ La Tunisie de début de XXme siècleChapitre 10 sur 39 · COMMUNIQUE PAU &L..E. DURAND · texte numérisé non relu

COMMUNIQUE PAU &L..E. DURAND

Fig. 32. — Physionomie lorcslii'ie du nord de la Tunisie. Forél dEl-Fedja (Kroumirie).

denses au Sud, au delà de la vallée de la Medjerda. — 2oUne région désertique (Cig. 33), comprenant toute l'aire située au Sud-Est de la ligne de hauts reliefs marqués par les deux principaux sommets de la Tunisie : le Djehel Chamhi (1591 mètres), au Nord de Feriana, et le Djebel Zaghouan (1240 mètres), vers le pied de la presqu'île du cap Bon.

Un résultat curieux de celte disposition du sol est la présence de plantes désertiques, presque aux portes de Tunis, à la base de cette presqu'île du cap Bon. Ce fait, qui avait paru anormal aux preniiers explorateurs, est clairement expliqué par les données actuelles d'une géographie mieux comi)rise. Elles nous enseignent, en effet, que toute la région située au Sud-Est du massif monta-

gneux défini plus liaut est la prolongation naturelle du désert de Biskra avec les modifications qu'est venu imprimer au sol un plissement particulier et celles apportées au climat par la latitude plus septentrionale et par le voisinage de la mer. A vrai dire, cette dernière influence est aussi faible que possible, les vents dominants soufflant non des eaux vers la terre, mais de la terre vers les eaux. C'est à cette portion de sol triangulaire comprise entre la ligne deschottsauSudjle relief principal au Nord-Ouest et la toer à l'Est, que Bonnet avait donné, en 1895, le nom de région subsaharienne.

Fi^. [Vi. — Une oasis dans la ré}(ion désertique. Dalliers en bordnre de l'oasis de Gabès.

à cause de ses caractères désertiques évidents quoique moins accentués que dans la région saharienne propre marquée par les oasis où mûrissent les dalles.

Maintenant que nous avons reconnu les deux régions principales de la Tunisie, au point de vue de la végétation : région forestière du Nord-Ouest ; région désertique du Sud-Est, nous allons présenter quelques-uns des éléments constitutifs de chacune d'elles, et montrer Taspect que ces éléments divers donnent au pays. Nous procéderons du Nord au Sud, passant ainsi d'aspects rappelant ceux de l'Europe, aux aspects moins familiers du désert.

En Kroumirie, la forêt occupe le sol entièrement (fig. 32). On se trouve au milieu de Chênes-liège (fig. 34) et de Chênes Zéens (Quereus Mirbecki) (fig. 35) de grandes dimensions, serrés les uns contre les nulres, formant de véritables futaies : le sous bois est dense, et entre autres espèces, on y remarque le Houx, le Lierre, de nom-

CUMMUMQUK PAU M. E. DUIIANU

Fig. 3i. — Chines-Liège dans la forèl (TAîn-Drabam.

breuses Fougères semblables à celles de nos bois de France (Aihifrinm Filix-fœniina, Aspidium aculeatum, Pleris aquilina^ etc.). La Clématite odorante (Clematis Flammula) et la Vigne s'enlacent aux branches des arbres des clairières. Outre les Chênes, on peut siiçna- 1er d'autres essences arborescentes de grande taille. Quelques Châtaigniers ont été trouvés, isolés, dans la forêt d'Aïn Draham. Dans les fonds humides, on peut voir TAulne (Alnus glutinosa) formant des touffes ; dans les vallées, des pieds isolés de Peuplier blanc ou noir (Populus alba, P. nigra), de Frêne (Fra^inus australis). De ci de là, on rencontre des Merisiers {Cerasus amum) ou des Ormes (Ulmus campestris). En certains points, le Houx, par exemple au Djebel Ghorra, forme presque des futaies, tant est beau son développement. Au bord des fontaines, croît en abondance la belle Fougère

royale (Osmunda regalis), ornement des stations analogues sur notre sol de France. C'est un vrai coin dEurope sur la terre africaine.

Les buissons, les broussailles qui occupent les pentes là où le sol n'est pas couvert par la grande forêt, sont constitués de Myrtes, d'Arbousiers, de Genêts épineux (Genista aspalaloïdes, tricuspula(a, uliciîia), d'Aubépines, de Lauriers, d'Alaternes, de Lentisques, d'Oliviers et de Lauriers Tins ( Viburnum Tinus) ; des Bruyères en arbre

Fig. 35. — Groupe de Chênes Zéens, dans un défile de la forèl dEI-Fedja.

(Erica arborea) y épanouissent au printemps leurs milliers de fleurs blanches. Cet ensemble a un caractère nettement méditerranéen, presque provençal.

A Tombre de ces bois fleurissent, au printemps, des Violettes (Viola sylvestris), en été le Lis blanc (/.. candidvm) et la Rose de Provins (Itosa gallica). Mais si la première espèce est bien indigène, il est fort probable que les deux autres, très localisées dans la forêt d'El Fedja, y ont été introduites au Moyen Age, où elles formaient le principal ornement des étroits jardins féodaux.

Un phénomène du plus haut intérêt en géographie botanique est l'existence d'une petite colonie isolée de Pinus Pinaster, découverte

par M. Lefebvre, Inspecteur des Forêts, près de Tabarque au bord de la mer. Cette formation rattache encore plus que toute aulre la Kroumirie et la côte Nord de la Tunisie au bassin occidental de la Méditerranée.

En quittant la Kroumirie, on abandonne la grande forêt : on ne rencontrera plus, sur tout le reste du sol tunisien, que des broussailles plus ou moins élevées, avec çà et la quelques arbres épars.

CLItllR PKKVINQUIKIIB

Kig. 3G. — l*iDS d^Alep sur les pentes calcaires de la Tunisie moyenne (Kalaal es Suam).

Dans la vallée même de la Medjerda, près de Souk el Arba, par exemple, nous sommes déjà en présence d'un appauvrissement accentué de la végétation arborescente : les seules essences pouvant donner la sensation de véritables arbres, et encore non plus en massifs, mais à l'état isolé, sont le Caroubier (Ceratonia siliqua) (fig. 31), le Tamarin (Tamaris gallica), TOlivier (Olea europœa). Le premier, complètement inconnu en Kroumirie, se retrouve partout ailleurs à Tétat sporadique, facile à distinguer par sa silhouette arrondie et son feuillage d'un vert sombre. A côté de ces espèces, des Cistes nombreux, des Pistacia lentiscus, des Lavandes, des

Romarins, des Jujubiers, etc., forment le fond de la broussaille.

Un peu plus au Sud, l'essence dominante de la forêt clairsemée des pentes calcaires sera le Pin d'Alep (Pinus halepensis) (fig. 36), souvent rabougri, presque en buissons tortus, généralement associé aux Genévriers, qui, près du Kef, deviennent franchement arborescents. A côté d'eux, encore le Caroubier, et des arbustes variés : Aubépine, Ciste de Montpellier, Pistacia lentisctis et terebbuhuSy Jasmimim fruticans, etc.

Pour la nomenclature des espèces, qui risquerait de paraître fastidieuse à la longue, je dois renvoyer aux ouvrages généraux de Cosson, de Bonnet et Barratte, de Lefebvre, ceux qui voudront approfondir la question. Je veux pourtant mentionner encore, sur les montagnes plus élevées, telles que le Djebel Zaghouan, où Ton ne voit pas de Pin d'Alep, la présence du Callitris quadrivahis, le Thuya d'Algérie, réduit, il est vrai, à Tétat de buisson, et parmi les plantes basses le Ruscus aculeatxis, caractéristique des régions moutueuses, le R. hifpophyllum, plus commun, et enfin le Palmier nain, le Chamœrops hiimilis, bien plus rare en Tunisie qu'en Algérie. La presqu'île du Cap Bon marque la limite occidentale et méridionale de son aire.

Cette môme presqu'île du Cap Bon présente une intéressante particularité : sur ses coteaux se trouvent réunis les diverses espèces de Conifères et de Gnétacées propres à la Tunisie du Nord : le Pin d'Alep, le Callitris, trois espèces de Genévriers : Junipenis oxycedrtis, phœnicœa, macrocarpa, la dernière rare dans les sables maritimes, et aussi VEphedra fragiUs, dont les grêles rameaux sans feuilles s'appuient aux Jouissons et aux arbustes isolés.

Avant de quitter la région forestière pour entrer dan.s la région désertique, avant de vous moutrer les steppes désolés où les cailloux sont plus communs que les touOes d'herbe, il faut signaler, à cause de son caractère particulier, la région d alluvions de la basse Medjerda : ce sont les terres les plus riches de la Tunisie, et là où elles ne sont pas mises en culture, elles sont recouvertes d'une épaisse végétation herbacée ; ce sont les pâturages que traverse le chemin de fer de Bizerle à Tunis et où le voyageur arrivant de France voit avec étonnement au lieu des vaches familières, l'étrange silhouette du chameau. Parmi les hautes herbes s'étalent

les larges rosettes de feuilles élégamment découpées du Cynara Carduncidus, gigantesque chardon d'où les horticulteurs ont tiré d'une part l'Artichaut eu développant le réceptacle du capitule, d'autre part le Cardon en faisant porter les réserves dans la côte élargie des feuilles. Ces terrains d'alluvions sont particulièrement propices à la culture des Oliviers.

Ce serait le moment de parler de la végétation des Hauts-Pla

CLICUB PKKVINQUIÈKE

Fig. 37. — Centre Tunisien.

Végétation arl)0re8ccnle clairsemée el loufles de Diss.

teaux, si quelque chose pouvait leur être rapporté en Tunisie, ainsi que le pensaient les premiers auteurs qui ont écrit sur le sujet. Mais nous savons maintenant que géologiquemeiit et géographiquement, cette région des hauts plateaux s'arrête avant la fronlière tunisienne.

La région centrale des Hamadats. bien qu'appartenant à un système géologique tout différent, peut pourtant rappeler certains de ses caractères botaniques. Ce sont en effet des plateaux de 8 à 900 m. d'altitude au-dessus du niveau de la mer et où se retrouvent quelques unes des espèces caractéristiques des Hauts- Plateaux d'Algérie. Ainsi au Foum Tamesmida, Douniet-Adanson

signale les Tngonella polycerata Linné, Àrenaria campesiris FenzI., etc., avec des Pins d'Alep, des Chénes-verts et des touffes d*Halfa (Stipa tenacissima).

Cette intéressante graminée, qui coufre en Algérie d'immenses étendues continues, ne se rencontre que vers îtt)0 à 500 m. d'allitude sur les terrains meubles et siliceux. Abondante au Sud de Kairouan, elle n'est guère recueillie qu'à proximité de la Côte pour être expédiée de Tébessa en Angleterre où on Tutilise pour la fabrication du papier. Sur les terrains marneux, elle est remplacée par une autre espèce, formant aussi de grosses touffes, le Diss, qui est une Arundinée (fig. 37).

Les caractères désertiques commencent à se montrer dans la région qu'on a appelé système subsaharien. Ce système comprend des collines hautes, avec des vallées sableuses où Teau, provenant de pluies très irrégulières, s'écoule rapidement.

Les steppes y sont garnis d'herbes dures poussant en touffes épaisses, appartenant surtout aux genres Stipa et Aristida : au printemps, à la suite des pluies qui rafraîchissent leur aridité, ils sont égayés par les fleurs jaunes ou roses des Helianthemum, par les Silène roses, les Anthémis blanches, diverses Linaria, par VEriothylum fruticosiun aux fleurettes bleu pâle. Mais en été, tandis que la Kroumirie est luxuriante de verdure, presque tout le reste de la Tunisie est complètement desséché. Et c'est là Timpression qui demeure d'ordinaire après un voyage dans la Régence.

Parmi les formations les plus intéressantes de cette zone subdésertique, on doit citer la forêt de Gommiers (Acacia tortilis) qui occupe le Bled Thala, plaine d'alluvions, située entre Sfax et Gafsa. Pellissier, à qui on doit sa découverte en 1853, en parle dans les termes suivants : « Il existe dans la gorge de Bou Heudma une sorte d'Asphalte..., à la droite de cette rivière règne une forêt de Gommiers qui s'étend à plus de 30 kilomètres vers l'Ouest. Les arbres, dont plusieurs d'une grosseur extraordinaire, sont bien le Mimosa gummifera qui produit la gomme arabique. Cette forêt, dont l'existence était ignorée du gouverne-

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ment (unisieu aviint que je la lui eusse fait counatlre, n'est pas exploitée ; seulement les Arabes qui passent par hasard y prennent un peu de gomme qu'ils vendent dans les villes pour la fabrication de l'encre. Celte gomme, dont j'ai envoyé des échantillons à Marseille, a été reconnue, par le commerce de cette ville, d'aussi bonne qualité que celle du Sénégal ». Depuis lors, cette forêt a été revue par Doumet-Adanson, par

CLICHÉ PKnVlKQUlkKE

Fig. 38. — Jujubier de Toasis de Toieur.

Edouard Blanc et par nombre d'autres. Chacun de ces visiteurs a constaté la diminution progressive de son étendue.

M. Blanc donne pour dimension de l'espace sur lequel s'étendent les Gommiers clairsemés, 35 kilomètres de TEst à l'Ouest 10 kilomètres du Nord au Sud, les arbres étant à 50 mètres les uns des autres dans les parties les plus serrées. Il signale en outre dans diverses directions, de petits peuplements isolés, en dehors de l'agglomération principale.

M. Tellier, successeur de M. Blanc dans le service des eaux et forêts, a constaté que l'exploitation inconsidérée de ce bois avait

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amené la disparition des groupes isolés d*abord^ puis Téciaircissement exagéré du groupement principal.

Les arbres coupés ne se remplacent pas. Les semis naturels sont nuls par suite de ce fait que la plupart des graines sont attaquées par un Insecte du genre Bruchus, qui en dévore les cotylédons; quant aux jeunes plants qui parviennent à germer, ils disparaissent sous la dent du Chameau et des autres bestiaux indigènes.

CUCHE CHANEL

Fig. 39. — Groupe de DaUiers isolés, près de Toasis de Ghamrassen.

Il serait regrettable de voir disparaître celte forêt de Gommiers. C*est la station la plus septentrionale d'une espèce répandue depuis le Sénégal à l'Ouest, jusqu'en Arabie à l'Est, et qui s'étend sur une zone de 150 kilomètres du Nord au Sud.

Dans l'extrême Sud, c'est le vrai désert. La végétation devient plus rare encore. De vastes espaces sont couverts de broussailles clairsemées, basses, sans feuilles développées, comme cela se voit chez le Rétama Rctam par exemple, dans les régions salifères, les plantas grasses et glauques dominent : les Salsolacées, les Staticées

(Limoniaslrummonopetalum et autres), etc.. . Le gypse est annoncé par des espèces spéciales, telles que : Gymnocarpus decandrus, Heniiaria frutkom, Polycarpœa fragilis, Heilysarum carnosum, Fagonia latifolia^ F. fruticans. Sur les dunes sableuses se voient encore quelques éléments arborescents : Tamarix, Calligonum comosum; VEphedra alata y remplace YEphedra altissima de la zone suhdésertîque. Les Jujubiers, surtout le Zyziphus lotus occupent de

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Fig. 40. — Inlériear de l'oasis de Tozeiir.

vastes espaces : le Zyziphus culgaris et le Z. spina Christi (fig. 38) sont souvent cultivés.

Au milieu de ce pays désolé, c'est un repos, à tout point de vue, d'apercevoir les taches sombres des oasis de Palmiers (ù^. 8), seules localités du désert où poussent des arbres donnant une ombre capable d'arrêter les rayons d'un soleil brûlant. Je n'insistrrai pas sur les conditions bien connues nécessaires pour assurer la vie de ces beaux végétaux auxquels leur port majestueux et noble avait valu de la part de Linné, la qualification de Principes-, elles sont résumées dans le dicton arabe suivant lequel ils vivent les pieds

dans Teau et la télé dans les feux du soleil. Ls Palmier dattier est la plante maîtresse du Saliara ; c'est là seulement qu*il mûrit ses fruits, et qu*il se rencontre en agglomérations massives: plus au nord on peut en voir quelques petits groupes ou des pieds isolés; jamais il ne forme ces puissants et admirables massifs de verdure, splenfleur des paysages désertiques, et à l'ombre desquels l'Arabe abrite sa demeure et ses cultures (fig. 40).

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