PÊCHE DES ÉPONGES
ustrie de la pêche des Éponges, qui se pratique sur les 3 la Régence depuis Monaslir jusqu'à la frontière tripolist des plus prospères et donne lieu, dans le port de
un important mouvement annuel d'affaires. L'Éponge elTet, un produit dont la consommation devient de plus en ive et dont la valeur a augmenté de 40 à 50 pour 100 dans
dernières années. Les bancs spongifères sont recherchés jités avec une activité fébrile : ces gisements n'existent rs que dans un nombre restreint de localités. Les plus lemenl exploités sont ceux de la Méditerranée : Adriatique, il grec, côtes de Syrie, de Tripolitaine et de Tunisie ; jcemment, M. Borel, négociant importateur d'Épongés Tanéennes, a découvert de nouveaux bancs sur les côtes orse.
'.ponges méditerranéennes étaient les seules, jusqu'en 1840, nter le marché européen. A cette époque, M. Hayman, )ère de M. Georges Weil, l'un des principaux commerçants iteurs d'Épongés de Paris, ht naufrage sur l'une des îles is, lors d'un voyage de la Jamaïque en Europe. Il remarqua rand nombre d'Épongés étaient employées par les habitants
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et apprit qu'elles étaient pêchées dans les eaux entourant l'île. A son retour à Paris, il élablil le premier commerce d'exportation des Éponges des Bahamas. Les habitants se mirent à les rechercher plus activement, et actuellement plusieurs milliers d'entre eux sont employés à cette pèche.
Les Éponges sont également très abondantes sur les côles de la Floride, de l'île de Cuba et on commence à exploiter les bancs qui existent sur les côtes de nos colonies de la Martinique et de la Guadeloupe. Il paraît enfin exisler des gisements spongifères aux Iles du Cap Vert et aux Açores.
Classification des Éponges du commerce. — On dislingue trois catégories principales d'Épongés dans le commerce : les unes, petites, compactes, connues sous le nom iVÉponges fines ou. Éponges de toilette, sont fournies par le squelette de plusieurs variétés de VEuspongia officmalis ; les Éponges fines-dures sont fournies par le squelette de VEuspongia zimocca Schmidt; enfin les Éponges communes sont données par le squelette de V Hippospongia eqiiina var. elastica Lendenfeld. Ce sont ces dernières qui sont plus spécialement abondantes en Tunisie et qui font l'objet de la pèche.
lo Éponges fines. — Le squelette des Éponges usuelles est formé d'un échafaudage plus ou moins serré de fibres d'une substance cornée, dont la composition et les propriétés sont voisines de celles de la soie ; cette substance, qui se dissout dans les acides bouillants, a reçu le nom de spongine; elle a pour formule, d'après Krukenberg, C^'^H^'Az'O^^; elle résiste à l'action d'une solution ammoniacale de sous-oxyde de nickel qui dissout la soie. Si on la chauffe en vase clos dans l'eau, jusqu'à 200 degrés, elle devient visqueuse.
Le squelette des Éponges fines {Euspongia officinalis) est formé de deux sortes de fibres : des fibres principales, non ramifiées, partant de la plaque cornée par laquelle l'éponge est fixée au support et se dirigeant radialement et longitudinalement ; ces fibres ascendantes se terminent à la surface de l'Éponge dans de petites protubérances coniques de la peau, qui, dans VE. officinalis var. adriaiica, ont un millimètre de hauteur et un millimètre de diamètre à leur base ; ces fibres contiennent de petits grains de sable et d'autres corps étrangers enchâssés dans la
spongine. Dans les variétés les plus recherchées, les plus fines de l'Éponge officinale, ces fibres principales n'ont pas un diamètre supérieur à 0"^™06 ; dans les variétés qui donnent les Éponges plus dures, elles ont de O^nn^OG à 0"^^\. Entre ces fibres squelettiques ascendantes s'étend un réseau de fibres connectives beaucoup plus fines, sanastomosant sans cesse, dont l'épaisseur varie de OmmOOo à 0™™009, les mailles du réseau qu'elles forment n'excédant pas 0™™04 de largeur ; ces fibres sont formées par de la spongine pure et ne contiennent aucun corps étranger. Dans VEuspongia officinalis, les plus grosses fibres connectives ne sont jamais plus de deux fois plus épaisses que les plus fines.
2o Épongb fine dure (Euspongia zimocca Schmidt). — VEuspongia zmocca est connue dans le commerce sous le nom d' « Éponge dure » ; en Dalmatie, on la désigne sous le nom d'Épongé zimocca. Le squelette est de couleur brun-jaune foncé ; il est plus dur et plus ferme que celui de l'Éponge fine de toilette ; les fibres connectives sont en effet plus fermes, plus dures et plus épaisses que celles de TÉponge officinale ; elles ont un diamètre moyen de Oinraoso à 0™"»045, les fibres principales onl un diamètre de O^nmOiO et sont presque entièrement dépourvues de grains de sable.
La forme extérieure est également différente : on trouve rarement des formes massives, mais le plus souvent l'Éponge zimocca affecte une forme de clé à manche large et court ou d'entonnoir, mince sur les bords, plus épais en son milieu. Cette espèce habite l'Adriatique, la mer de l'Archipel Grec et les côtes de Barbarie.
Les Éponges zimocca recueillies sur les côtes de Tunisie sont de qualité inférieure ; la bonne qualité de zimocca se trouve sur les côtes de Tripolitaine, à Benghazi.
S** Éponges communes. — Les Éponges communes ont un tissu beaucoup plus lâche et plus facilement- déchirable ; les fibres connectives forment un réseau de O^n^^l à O^^ï de largeur. Le tissu est parcouru par un système de lacunes s'anastomosant dans tous les sens, qui peuvent atteindre la grosseur du doigt.
Essai d'acclimatation des Eponges de Syrie dans les eaux françaises de la Méditerranée. ~ Il y a une quarantaine d'années, on a cherché à acclimater, sur les côtes méditerranéennes de la France et de l'Algérie, l'Éponge fine de la Syrie. En 1862, Lamiral fut chargé par
la Société d'Acclimatation d'aller en Syrie pour s'assurer des moyens et de la possibilité d'obtenir la reproduction et la culture des Éponges du Levant sur les côtes méditerranéennes de la France (1).
Le 3 juin 1862, il embarque sur le paquebot des Messageries, à Tripoli de Syrie, six caisses contenant cent cinquante Éponges sur leurs bases de roche; ces caisses étaient en planches de sapin très épaisses, cerclées de fer, calfatées et brayées à Tintérieur, de 80 centimètres cubes de volume chacune; Tintérieur, carbonisé et gratté, contenait l'eau de mer ; de forts taquets, placés de manière à faciliter les arrimages, permettaient de relier deux caisses superposées, dans le but de remplir constamment la caisse supérieure formant réservoir d'eau, afin de la faire couler, par une ouverture pratiquée au fond, sur l'eau de la caisse inférieure contenant les Éponges vivantes; le bas côté de ce bac était muni d'un robinet qui régularisait un courant continu et laissait échapper l'eau viciée par les Éponges. L'eau des caisses supérieures était rafraîchie par l'addition de glace, de façon à maintenir la température de celle des bacs entre 21 et 23 degrés (2).
Le 10 juin, l'auteur constate que « l'eau des bacs s'écoule en laissant sur le pont une matière grasse et blanche qui doit être la substance des larves. Un parenchyme blanchâtre tapisse les parois » (des bacs).
Les Éponges arrivèrent presque toutes vivantes à Marseille, puis à Toulon. Le 21 juin, un certain nombre d'entre elles (3) furent immergées dans une auge de pierre construite à cet effet, et vingttrois reposant sur leurs bases de roche furent placées aux alentours, près du fort de l'Aiguillette, sur un fond de gravier, par dix mètres de profondeur, dans les environs de l'île de Pomègue, sur un fond de gravier et de cailloux, à vingt-cinq mètres de profondeur, et enfin près de l'Ile de Port Gros (une des îles d'Hyères), dans un endroit abrité de tous les vents, sur un fond de gravier et de roches, à vingt-deux mètres de profondeur. Cent vingt-trois
(1) Lamiral, Acclimatation des Éponges dans les eaux de France et d'Algérie Bull, Soc, impér, zoolog, d'acclimatation, VIII. p. 327-334, 1861.
(2) L. SouBETRAN, Rapport sur le mémoire de M. Lamiral. Ibidem, VIII, p. 433-437, 1861.
(3) Lamiral, Rapport sur un essai d'acclimatation des Eponges de Syrie dans les eaux françaises de la Méditerranée. Ibidem, IX, p. 641-653, 1862.
ndus étaient en place le 2 juillet, et tous en bonne santé. Le »ût suivant, ils conlinuaieul à prospérer, rs la fin de Tannée, Lamiral, allant inspecter les Éponges qu'il rapportées de Syrie, constata que toutes étaient mortes ou int disparu (1). L'essai d'acclimatation qui avait été tenté par vait par conséquent échoué, mais il avait prouvé la possibilité ransport des Éponges à une distance assez grande de leur lat.
*ucture de TÉponge. — L'Éponge est fixée, au fond de la mer, m support quelconque, rocher, coquille de Mollusque, branle Gorgone, etc., par une lame basale mince, cornée. A
vivant, elle est entourée d'une matière gélatineuse gluante, ouleur foncée, à laquelle adhèrent des Algues et de petits illages ; c'est cette enveloppe qui donne à l'Éponge vivante sa îur foncée : dans le golfe de Gabès, les Hippospongia ne mant jamais d'attirer l'attention, grâce au peu de profondeur et à insparence des eaux, par leurs masses sombres et leurs larges les béants (2). Quand l'Éponge est mise hors de l'eau, celle tance ne tarde pas à entrer en décomposition en dégageant une r nauséabonde.
surface de l'Éponge vivante présente un certain nombre fices visibles à l'œil nu, de plusieurs millimètres de diae, appelés oscules : le diamètre du champ de l'oscule, en- 5 d'une couronne de protubérances où se terminent des libres idantes, est d'environ deux à trois millimètres dans VE. offiis var. adriatica et dans la var. exigna; dans l'Éponge offici-
les oscules peuvent atteindre cinq millimètres de diamètre, orifices, ou oscules, mènent dans de larges canaux qui pénè- , en se ramifiant, à l'intérieur de l'Éponge ; leurs ramifica-
terminales, très fines, ne sont pas visibles ù l'œil nu.
surface concave de la peau située entre les protubérances ]ues est percée de très nombreux et très petits pores, que
Lamiral, Second rapport sur uq essai d'accHmataUon des Éponges de Syrie les eaux françaises de la Méditerranée. Bull. Soc. Àcclimalion, X. p. 8-
lopsKNT, Eponges du golfe de Gabès. Mém. Soc. zoolog. de France, VU,
ZOOLOGIK APPLIQUÉE io7
Ton ne peut apercevoir qu'à la loupe, celte surlace apparaissaul alors sous Taspect d'un crible ; ces pores sont entourés d'une membrane annulaire contractile, qui, en se contractant, en rétrécit l'ouverture et peut même les fermer complètement. Ces orifices conduisent dans des canaux situés sous la peau, desquels partent de nombreux canalicules d'un millimètre de diamètre environ, qui se divisent bientôt en branches très fines : celles-ci vont s'ouvrir finalement dans des chambres creuses arrondies, qui, dansrÉponge officinale, ont OD^n^OOS à 0°i'»004 de diamètre ; environ quatre branches terminales s'ouvrent dans une même chambre ; un autre canal part de ces chambres et n'est autre chose que l'une des ramifications terminales des gros tubes qui, partant des oscules, pénètrent à l'intérieur du corps.
Quand elle est en bonne sanlé, l'Éponge est traversée continuellement par un courant d'eau, qui entre par les pores de petit diamètre ou pores inhalants situés à la surface et sort par les oscules. L'existence de celte circulation d'eau à travers la masse du corps a été signalée dès 4825 par Grant ; il suffit, pour la constater, de placer une Éponge vivante dans de l'eau tenant en suspension des granules colorés, le carmin, par exemple, pénètre rapidement à l'intérieur du corps de l'animal et, au bout de quelques heures (Éponges marines), le corps entier, jusque dans ses parties les plus intimes, est rempli de la matière colorante.
L'absorption des aliments a lieu à l'intérieur du corps, et non par la surface : l'eau qui traverse le système des canaux de l'Éponge contient des substances dissoutes et d'autres en suspension. Les corps les plus gros, tenus en suspension, ne peuvent pas pénéher à l'intérieur [de l'Éponge, à cause de la petitesse des pores inhalants. Cependant, quelques-uns, parmi lesquels des grains desable, pénètrent en provoquant une blessure de la peau : ce sont ces grains de sable que l'Éponge utilise dans la formation desfibres principales du squelette.
Les pores inhalants ne laissent pas passer indistinctement tous^ les corps ; ils se ferment rapidement quand l'eau contient en dissolution ou à l'état de suspension des substances nuisibles : il suffit, par exemple, d'ajouter de la strychnine à l'eau dans laquelle setrouve une Éponge pour arrêter le courant d'eau et voir les pores inhalants se fermer. Le lait est une des rares substances parmi
celles dont dispose le pliysiologiste qui ne provoque aucun mouvement de contraction de ces pores.
Les espaces compris entre les canaux et leurs ramifications sont occupés par une masse sans structure, de consistance muqueuse, dans laquelle sont iucluses de nombreuses cellules, les éléments génitaux et le squelette ; celte substance qui s'écoule quand on sectionne ranimai, est désignée sous le nom de a lait d'Épongé » par les pêcheurs Grecs (1).
Fonctions de reproduction. — On ne sait pas encore d'une façon précise si l'Éponge est à sexes séparés ou si elle est hermaphrodite. F.-E. Schulze pense qu'elle est à sexes séparés, et que les exemplaires contenant des spermatozoïdes sont excessivement rares : malgré d'activés recherches, il n'a pu recueillir qu'un unique exemplaire dépourvu d'œufs, mais porteur de spermatozoïdes groupés par masses ovalaires, irrégulièrement disséminées.
Les œufs sont groupés, dans l'Éponge officinale, par dix à trente dans la mas^e fondamentale amorphe, au voisinage des canaux clïérents de diamètre assez grand ; ils sont ovales et larges de 0"*™25, quand ils ont atteint leur maturité. Wilson pense, au contraire, que les Éponges sont généralement hermaphrodites et que les individus produisent, à certaines périodes, principalement des éléments mâles, à d'autres périodes, surtout des éléments femelles.
Schulze a cherché à connaître l'époque de l'année à laquelle les <Bufs de VEuspongia ofj^cinalis var. adriatica arrivent à maturité ; dans ce but, il a fait prélever, à Lésina, pendant plusieurs mois (d'avril à juin), et régulièrement toutes les semaines, par Buccicb, homme très expérimenté dont nous aurons à signaler plus loin les travaux de spongiculture, des exemplaires à'Eu^pongia^ recueillis vivants et fixés à l'alcool absolu : l'examen de ces Éponges, ainsi que celui d'autres échantillons recueillis pendant d'autres mois •de l'année (juillet excepté), lui a permis de reconnaître que la maturité sexuelle de l'Éponge de toilette ne dépend pas de Vépoque de Vannée.
Il faut remarquer d'ailleurs, qu'on trouve toujours, à côté des Éponges arrivées à maturité, un plus grand nombre qui ne le sont
(1) EcKHELL, Der Badeschwamm. Trlest, 1873.
pas : à Lésina, on trouve chez VEuspongia officinalis var. adriatica, environ un spécimen sur quatre qui soit arrivé à maturité; cette proportion reste sensiblement la même dans les différentes saisons de Tannée.
Larve, — La fécondation de Tœuf et les premières phases de son développement ont lieu à l'intérieur du corps de TÉponge mère.
La jeune Éponge quitte le corps de celle-ci, à l'état de larve à peu près ovi forme, mesurant environ 0'nro40 de longueur et0™n>35 de largeur ; à l'une de ses extrémités, elle présente une surface légèrement invaginée, ou aire basale, limitée par un bourrelet annulaire. La larve est mise en liberté peu après avoir acquis un revêtement de cils lui permettant de nager et d'atteindre un endroit favorable où elle puisse se fixer et continuer son développement, ou peut-être avant. On comprend toute Timportance qui s'attache à la détermination d'une façon précise, et pour chaque localité, de Tépoque à laquelle a lieu la sortie des larves, si on veut réglementer la pèche d'une façon rationnelle. C'est ainsi qu'en Tunisie, dans le golfe de Gabès, la pêche des Éponges est prohibée du premier mars au premier juin, époque à laquelle an suppose que se fait la reproduction.
Malgré de nombreuses et patientes recherches, Schulze n'a pas réussi à observer la sortie des larves nageant librement dans l'eau, après avoir quitté le corps de leur mère.
0. Schmidt a observé qu'à Naples la reproduction de l'Éponge commune (Hippospongia equina)di lieu par des larves errantes, qui résultent du développement des œufs, en mars et avril, et peutêtre aussi plus tard. Dans le voisinage des canaux aquifères se forment de nombreux amas d'embryons : une Éponge de taille moyenne donne un nombre incalculable de larves, en sorte que si on la pêche avant qu'elle ait expulsé celles-ci, le dommage produit est considérable.
D'après les observations de Berlhoule et Bouchon-Brandely, rÉponge s'attacherait de préférence aux corps calcaires, aux rochers ou débris de Coraux, très rarement au bois. Les larves seraient mises en liberté, en Tunisie, au printemps ; après avoir nagé un certain temps, elles iraient se fixer, pour ne plus s'en détacher, sur un corps solide submergé.
En août 1897, les négociants de Sfax crurent devoir protester
coulrc les disposilions d*un nouveau décret, en ce qui concernait le tarif des patentes et l'époque de l'interdiction de la pêche. Forts de l'opinion de Lo Bianco, de Naples, ils prétendaient que l'Éponge jette sa semence en automne et non en mars, avril et mai, époque fixée par le décret pour Tinterdiclion de la pèche au scaphandre et à la fçangava (I). A la suite de ces réclamations, le décret du 28 août 1897 levait Tinlerdiçtion pour les mois de mars, avril et mai et la reportait sur novembre et décembre. En même temps, le Gouvernement tunisien se rendait compte de la nécessité d'observations locales permettant d'établir avec certitude l'époque de l'émission des larves d'Épouges^de leur fixation et de leur développement; jusqu'ici, toutefois, il ne parait pas être entré dans cette voie. Croissance de l'Éponge. — La croissance de l'Éponge paraît être très longue; d'après Buccich, il faudrait environ sept ans à une jeune Éponge de la Méditerranée pour acquérir sa taille marchande. Les auteurs américains disent au contraire que la croissance de l'Éponge est très rapide sur les côtes de la Floride : deux années seraient suflisantes. Servonnet émet l'opinion que le-s Éponges nées en février ont acquis, en juin ou juillet de la même année, tout leur développement.
Spongiculture. — Les Eponges sont douées d'une grande vitalité ; elles réparent très rapidement leurs tissus endommagés.
Schmidt a montré,, le premier, que si on découpe une Eponge (il a pris VEuspongia officinalis var. adriatica) parfaitement fraîche en fragments de dimensions convenables, et qu'on place aussitôt ces fragments dans la mer, en prenant certaines précautions, ils croissent et donnent chacun une nouvelle Éponge de forme semblable à celle qui a été morcelée.
A la suite de cette expérience, le Gouvernement autrichien et de gros industriels de Trieste eurent l'idée de pratiquer la culture des Eponges et d'établir un parc dans la baie de Socolizza, située à la pointe Nord Est de Tllede Lésina. Les essais durèrent de 1863 à 1872; en mai 1867, cette station fut placée sous la direction de Buccich. L'entreprise fut abandonnée en 1872, à cause de l'attitude hostile des populations indigènes.
(i) Notice sur le service de la navigation et des pêches maritimes, Tunis, 1903 ;: cf. p. 66.
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La meilleure saison pour commencer les expériences est lliiver : la croissance est alors plus lente, mais l'Éponge peut rester plu sieurs heures hors de l'eau, à l'ombre, en conservant sa vitalité; en été, la croissance est plus rapide, mais l'animal périt rapidement, si on le laisse quelque temps hors de l'eau.
Les échantillons devant servir aux expériences sont recueillis avec le plus grand soin possible, avec leur base d'attache, par des mains expérimentées, et transportés dans des boiles percées de trous, de telle façon qu'ils ne soient ni endommagés, ni serrés les uns contre les autres. On les découpe en fragments d'environ vingt centimètres cubes de volume (un pouce cube), à l'aide d'un couteau très tranchant. Buccich, qui exécutait les expériences de Schmidt. a remarqué qu'on peut, durant les temps parfaitement calmes, déposer ces fragments sur des roches détachées situées au fond de la mer, et qu'ils y adhèrent : c'est là un point intéressant de la biologie de l'Eponge.
Les endroits choisis pour la culture sont des baies à l'abri des forts courants et des grosses vagues, mais où l'eau n'est pas complètement calme : il faut un courant modéré; le fond doit être formé par des roches ; on doit principalement éviter la vase, qui est la principale cause d'échec de la spougiculture. 11 faut que le fond soit couvert d'Algues: la couleur fraîche de celles-ci est un indice que la localité a été bien choisie. On doit éviter avant tout le voisinage des sources et des embouchures de rivières.
Buccich avait imaginé un appareil pour placer les fragments d'Epongé : cet appareil était formé de deux planches rectangulaires (63 centimètres de longueur sur 40 de largeur), l'une formant le fond, l'autre le couvercle, tenues parallèlement Tune à l'autre, à une distance de 42 centimètres, par deux petits étais situés à environ ii centimètres l'un de l'autre. Dans chacune des planches sont pratiqués vingt-quatre trous espacés d'environ 12 centimètres. Les fragments d'Epongés sont enfilés dans des baguettes en bambou, longues de 42 centimètres, dont l'écorce siliceuse résiste aux attaques des Tarets ; on met trois de ces fragments sur une même baguette ; immédiatement au-dessous de chacun d'eux, un trou est percé dans la baguette, par lequel ou introduit un petit morceau de bois qui sert à maintenir en place le fragment d'Epongé. Les baguettes ainsi garnies sont fixées dans les trous
des deux planches, perpendiculairement à celles-ci. L'appareil est immergé et maintenu au fond de Teau à Taide de pierres placées à l'inlérieur et servant de lest.
Buccicli a constaté que, dans le cas où les fragments d*Eponge ont été découpés avec soin et préparés rapidement, les parties endommagées se régénèrent très rapidement, reprennent leur vitalité et s'accroissent. Leur croissance est très lente : il faut sept ans pour obtenir une Éponge d'une taille commerciale.
Buccicch et 0. Schmidt sont persuadés que la spongiculture ainsi expérimentée est susceptible de donner, à peu de frais, des résultats pratiques excellents.
Spongiculture en Floride. — La spongiculture, telle que l'avaient établie 0. Schmidt et Buccich à l'île de Lésina, a été entreprise également sur les côtes de la Floride, où elle a rencontré d'ailleurs la même hostilité de la part des pécheurs.
Rathbun a décrit, en 1883, le premier essai de spongiculture suivi de succès fait en Amérique. J. Fogarty, Allen et R. M. Munroe ont également publié les résultats de leurs expériences.
La plupart des essais de spongiculture faits en Amérique l'ont été avec l'Eponge connue sous le nom de « Sheepswool Sponge », qui, d'après I^endenfeld, est vraisemblablement V Hippospongia canaliculata var. gossjfpina; les uns ont été faits à Key West (Rathbun, Fogarty), les autres dans la baie de Biscayue (Ralph M. Munroe). D'après Munroe, celte localité offre des avantages très nombreux pour de telles expériences : on a non seulement des fonds de natures différentes et des profondeurs variées, mais aussi, en divers endroits, des salures différentes des eaux, en sorte qu'on peut mener les expériences dans des conditions très variées.
Le procédé adopté est le même qu'à l'île de Tesina : les Éponges sont découpées environ en 25 fragments de 20 centimètres cubes de volume chacun ; ceux-ci sont fixés sur des baguettes et placés dans la mer. Les essais ont été suivis pendant six mois : ces différents auteurs ont constaté que, pendant les quatre premiers mois, les fragments d'Épongé réparent les tissus endommagés, et qu'ensuite seulement ils accroissent leur volume : cet accroissement est très rapide, car deux mois plus tard le voluuîe était quatre à six fois plus grand que le volume primitif. L'accroissement de 1 Éponge de la Floride est donc plus rapide que celui de
l'Éponge de l'Adriatique, tel que l'avait observé Buccich ; d'après MuDroe, on pourrait obtenir une Éponge de taille marchande en une année et demie ou deux années au plus.
Un second fait, constaté dans les expériences exécutées sur les côtes de la Floride, est la variation de la croissance avec le courant : dans les endroits où le courant est faible ou n'existe pas, la croissauce est très lente; elle est, au contraire, très rapide dans les endroits où un courant existe. Quand la croissance est très rapide, le squelette est plus grossier et la forme de l'Éponge devient irrégulière.
Munroe pense que celte culture artificielle est susceptible de donner des résultats pratiques ; il est bon toutefois de faire remarquer qu'il a abandonné ses essais.
Marenzeller, Bidder et R. vcn Lendenfeld ne pensent pas que rélevage des fragments d'Épongés, préconisé par les auteurs précédents, puisse donner un revenu plus considérable que celui qui résulterait de l'élevage de jeunes Éponges que l'on laisserait croître sans les couper en morceaux ; Lendenfeld, en particulier, est persuadé qu'une jeune Éponge de toilette, intacte et placée dans des conditions favorables, croîtra plus rapidement que les fragments observés par Buccich. Ce môme auteur pense que l'on ne peut espérer beaucoup, quant à présent, de la spongiculture telle qu'elle a été faite par Buccich et les Américains: il pense que Ton obtiendrait des résultats plus appréciables eu exploitant les bancs d'Épongés d'une manière plus rationnelle et eu laissant se développer les spécimens de petite taille, qui ont d'ailleurs une valeur commerciale très faible, jusqu'à ce qu'ils aient atteint leur taille marchande.
Pèche et préparation des Éponges sur les côtes de la Tunisie. — La pèche des Éponges se pratique, sur les côtes de la Tunisie, suivant plusieurs procédés ; elle a lieu autour des îles Kerkennah, de l'île de Djerba et dans le golfe de Gabès. Elle commence en octobre et finit en janvier ; durant les autres mois de l'année, les endroits où se trouvent les Éponges sont couverts de masses compactes d'Algues, que les tempêtes de novembre et de décembre opt pour efiet de balayer.
La pèche est presque entièrement entre les mains des étrangers :
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Grecs, Mallais, Italiens, qui, l'heure venue, envahissent littéralement le golfe de Gabès, au nombre d'environ cinq mille, montés les uns sur leurs scolèves (ou sakolèves), forts et élégants bateaux dépêche construits pour tenir la mer, les autres sur de lourdes tartanes ou d'énormes « skounafs » de quatre-vingts tonneaux venant des Cyclades.
Les Maltais et les Siciliens pèchent à Taidedela foëue, quiest une sorte de trident emmanché dans une longue lige de bois ; la foëne ne permet de pêcher que par des fonds de dix à quatorze mètres au
Fi;;. 47. — I^ pèche au miroir.
plus. Pour cette pêche, il est nécessaire de voir TÉponge au fond de Teau : les pêcheurs se servent, à cet effet, du miroir^ cylindre creux de fer battu, de la forme et de la capacité d'un seau ordinaire, dont l'une des extrémités est fermée par une vitre. Cet instrument remplace avantageusement l'huile que les pêcheurs jetaient autrefois à la surface de Teau pour atténuer les rides qui en diminuent la transparence; il suffit de l'enfoncer de quelques centimètres pour voir très distinctement le fond jusqu'à des profondeurs de huit à dix mètres (fig. 47). Cet engin a été importé à Sfax par les Grecs en 1872. La pêche à la foëne n'est pratiquée que de
novembre à mars, c'est à dire pendant la période où les Algues marioes ont été balayées par les tempêtes.
Les gros bateaux sicilieus, appelés hows, qui sont de lourdes tartanes pontées, louent, dès le commencement de la saison, à de bonnes conditions de prix, pour les trois ou quatre mois de campagne, de petites barques arabes, montées au plus par trois hommes, le plus souvent par deux (fig. 48), qu'elles remorquent sur les lieux de poche ; elles jettent l'ancre et s'y tiennent en per
Fig. 48. — Barques arabes accouplées pour la pèche des Eponges.
inaneuce, servant à la fois de poste de surveillance, de dépôt de vivres et de magasin où s'amoncelleront les produits. Autour d'elles, les barquettes évoluent dans un rayon assez restreint, fouillant minutieusement les fonds. L'un des hommes qui montent ces légers esquifs se tient aux avirons, Taulre se place en avant, dans une échancrure du faux-pont, et explore la mer à J'aide du miroir: aussitôt qu'il aperçoit la masse sombre d'une Éponge, il lance avec force le trident, qui est fixé à un manche à raccords, et, par un double mouvement de rotation et de bascule,
détache TÉponge du sol, sans que les dents de l'engin laissent de traces bien appréciables dans son tissu.
La pèche à la foêoe est également pratiquée par les indigènes des Kerkennah, de Sfax, de Djerba, de Zarzis et de Biban, qui se servent d'un engin à cinq ou six dents, et par les pêcheurs grecs d'Hydra.
Les sakolèves grecques pèchent à Taide de la gangava, sorte de chalut semblable à celui des pécheurs de nos côtes. La gangava est constituée par un filet de corde, à larges mailles, formant une poche profonde de deux à trois mètres, dont Tun des grands côtés, celui qui rase le sol, est formé d*une solide barre de fer, tandis que l'autre est une pièce de boisqui maintient l'appareil vertical lorsqu'il est en action. Un fort câble relie la gangava au bateau qui la remorque. Cet engin enlève tout sur son passage et arrache les Éponges petites et grosses; les petites Éponges passent à travers les mailles du filet et vont mourir au fond de la mer, étant arrachées de leur support.
La pèche à la gangava est pratiquée par 84 gangavas grecques et par 84 gangavas italiennes, qui récoltent chacune environ 400 kilogrammes d'Épongés. C'est en 1875 que les Grecs ont introduit la gangava dans le golfe de Gabès; quelques Maltais et quelques Siciliens Font adoptée depuis.
Dans certains parages de Tile de Djerba, où ni la gangava, ni la foëne ne peuvent pénétrer, les Éponges étant cachées sous les rochers, les indigènes plongent pour les atteindre jusqu'à 25 mètres; les plongeurs d'Oum-Adjim sont renommés pour cette pêche.
Depuis un certain nombre d'années, on pratique la pêche au scaphandre, qui est beaucoup plus fructueuse que les précédentes. Elle s'est répandue dans toute la Méditerranée, mais est prohibée sur les côtes de la Floride par une législation récente, édictée en 1897, sur les fonds où existent des bancs d'Épongés ; l'emploi de cet appareil, ainsi que celui de la drague, entraîne une amende et la confiscation des appareils et même du bateau. Cette interdiction du scaphandre est basée sur ce fait que le scaphandrier, en marchant sur le fond de la mer avec ses lourds souliers, détruit un grand nombre d'Épongés.
En Tunisie, l'emploi de la drague et du scaphandre est interdit du 1er novembre au 31 décembre inclusivement.
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Préparation des Éponges. — Peu de temps après leur récolte, les Éponges sont préparées : les pécheurs, après les avoir laissées quelque temps en las, les lavent dans l'eau de mer et les piétinent fortement sur un plancher à claire voie, jusqu'à ce qu'elles aient perdu toute trace de leur enveloppe extérieure de couleur foncée. Après les avoir ainsi lavées, on les accroche en chapelets aux vergues et on les laisse sécher. Les Grecs sont renommés pour le soin avec lequel ils font cette première opération de lavage ; les Éponges qu'ils préparent ont de ce fait une plus-value sensible sur celles des indigènes. Ceux-ci ne lavent pas leurs Éponges ; ils les présentent au marché aussitôt pêchées, c'est à-dire à l'état brut et revêtues de leur enveloppe devenue noire.
Les Éponges non lavées sont connues sous le nom de pêche noire, les Éponges lavées étant dites pèche blanche.
Les Éponges sont mises en sacs de 17 à 18 kilogrammes et expédiées sur le marché européen par le port de Sfax. Leur valeur oscille entre 10 et 15 francs le kilogramme.
En 1900, la poche des Éponges, pratiquée sur les côtes de Tunisie par 1271 bateaux et 89 plongeurs, a produit 85.597 kilogrammes d'Épongés lavées, représentant une valeur de 1.471.884 francs et 10.364 kilogrammes d'Épongés brutes représentant une valeur de 62.961 francs.
D'après le décret du 2 mai 1898, les Éponges sont frappées d'un droit de sortie de 20 francs par 100 kilos pour les Éponges lavées et de 10 francs pour les Éponges non lavées. En outre, les Éponges paient un droit d'entrée en France.
C'est à Paris que se trouve actuellement le principal centre d'approvisionnement en Éponges pour toute l'Europe : en 1899, il a été importé en France, des différents centres de pèche du monde, 339.300 kilogrammes d'Épongés brutes, représentant une valeur d'achat de 6.446.700 fr. et beaucoup de ces Éponges ont été réexpédiées en Europe.
Traitement des Éponges brutes. — Les Éponges brutes doivent subir une préparation avant de servir à la consommation. On commence par les débarrasser des matières étrangères, en particulier des pierres qu'elles renferment. On les débarrasse des pierres calcaires enlestraitant par l'acide chlorhydrique étendu. On les met ensuite dans une" solution de permanganate de 2 à 5 pour 100, jus-
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qu'à ce qu'elles deviennent brunes ; on les lave alors à Thyposulfite de soude, pour les blanchir, et finalement au chlorure de chaux.