GRANDES PÊCHERIES TUNISIENNES
Les côtes septentrionales de la Régence, depuis Tabarka jusqu'au <;ap Bon, sont envahies dès le printemps par un grand nombre de barques siciliennes qui viennent y pratiquer la pêche des Anchois et des Sardines ; le passage de ces Poissons commence au mois de mars pour finir vers la fin d'août. Les produits, une fois salés, sont •expédiés à Gênes, Livourne, Naples et Palerme.
En 1900, les pêcheries de Tabarka ont donné un produit de
(1) L'ocque vaut 1 kilogr. £S0 grammes.
122.350 kilogrammes de Sardines représentant une valeur de 36.256 francs, 29.450 kilogrammes d'Anchois représentant une valeur de 28.120 francs et 39.250 kilogrammes d'Allaché, soit une valeur de 6.280 francs. Le produit de la pèche est taxé à Texporlation d'un droit de 2 francs par quintal métrique.
Un essai d'installation de pêcheurs bretbns de Douarnenez à Tabarka, pour y pratiquer la pêche de la Sardine et de l'Anchois, fait en 1892, avec le concours du Ministre ûe la marine, du Gou vernement tunisien et des capitaux français, échoua totalement .
Fig. 49. — Le raïs à son poste d'observalion.
Pêcheries du lac de Bizerte. — A la pointe la plus septentrionale du territoire tunisien, la mer, faisant brèche dans les terres, s'y ouvre un long chemin et s'étale, à une lieue et demie du rivage, en une vaste et profonde nappe de 18 kilomètres de longueur, sur presque autant de largeur et de 150 kilomètres carrés de superficie. Cet immense lac communique avec un second réservoir, le lac d'Iskeul, d'une étendue à peu près égale, mais dont les eaux sont douces. Les principaux Poissons du lac sont les Daurades et les Mulets ; puis viennent les Sars, les Loups, les Serrans, les Soles, les Anguilles et d'autres Poissons moins importants.
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Ces Poissons vivent par familles, restant généralement divisés, : c'est toujours séparément et à des époques différentes, que chaje espèce s'engage dans le canal de sortie, pour gagner la haute icr. Avant le creusement du canal qui le relie à la mer, canal de Ix mètres de profondeur sur soixante mètres de largeur, ce lac ait en communication avec la mer par un chenal sinueux où la ^che se pratiquait avec une grande facilité, grâce aux iostincts ligrateurs des espèces. La masse d'eau était enfermée dans des mligues, grossiers clayonnages en branches de Palmier ou en oseaux, formant une succession de chambres communiquant lire elles, dont la première était ouverte sur une partie laissée bre du chenal. A un poste choisi, d'où la vue s'étendait au loin ir le lac, se tenait en permanence un guetteur arabe, le rats ou ipitaine de pêche (fig. 49 ), dont la seule fonction était de surliller le passage des colonies de Poissons gagnant la haute mer et î faire, en temps utile, Tappel aux pêcheurs. Des bancs d'une chesse extraordinaire étaientainsi cernés par des filets et capturés i quelques instants. Bouchon-Brandely parle de pêches ayant oduit d'un seul coup jusqu'à 22.000 Daurades du poids 2 à 5kig:rammes chacune.
Depuis le 11 novembre 1889, le droit exclusif de la pêche dans les es de Bizerte et de Tindja est concédé à la Compagnie du Port de zerte, pour une durée de 75 ans, avec exemption de tous droits r le Poisson capturé. Pour Texploitation de ce monopole, les ins Hâtions des anciennes pêcheries, qui se trouvaient à l'endroit où ké creusé le canal, ont dû être démolies et ont été reportées à 5 lomètres en amont, à Ras-el-Ouzir, où a été construit, en travers
goulet du lac, un barrage d'environ 1.200 mètres de longueur iistitué, partie par des bordigues eu clayonnage formé de Roseau.x de piquets, partie en métal. La partie métallique est formée de 3UX à vis verticaux atteignant jusqu'à 18 mètres de longueur, pacés de 4 mètres, auxquels sont suspendus, par des câbles en ier, des panneaux grillagés en fer galvanisé et goudronné, dont maille est un hexagone de 4 centimètres de diamètre. Cet ouvrage i pas coûté moins de 252.000 francs et son entretien est assez jpeudieux.
Vers le milieu du barrage, par des fonds de 12 mètres, une passe
50 mètres de largeur est ménagée pour la navigation. Cette
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passe est formée par un filet en cordages pouvant être largué et rélabli à l'aide de deux treuils portés sur les deux pylônes qui balisent la passe. Les bordigues et réservoirs attenant au barrage ont été placés, à la suite d'une série d'expériences, aux endroits reconnus les plus favorables. Le tramait est le seul filet employé, parce qu'il ne touche point les fonds et ne prend ainsi que le Poisson adulte ; les filets traînants ont été exclus.
La pêcherie de Tindja a été également réinstallée par la Compagnie, qui y a disposé des bordigues, partie métallique, partie en clayonnages de Roseaux.
Aussitôt péché, le Poisson est conduit à l'usine frigorifique installée près des quais, à Bizerte, où il est déposé dans une chambre froide jusqu'au moment de son expédition. C'est dans cette usine qu'il est mis eu caisses et expédié à l'état frais, pour la vente dans les différents centres de consommation, à Tunis et en France. Les quatre cinquièmes environ de la production des pêcheries de Bizerte sont vendus à l'état frais, en Tunisie même: une petite partie sur les marchés de Bizerte et des localités environnantes, et le reste sur le marché de Tunis. L'aulre cinquième de la production, soit environ 100.000 kilogrammes, est écoulé dans les principales villes de France, par Marseille. Ces Poissons bénéficient de l'entrée en franchise en France, grAce à la production d'un certificat d'origine accompagnant chaque envoi.
Une usine a été construite à Bizerte, à la fin de 1898, pour la fabrication des conserves de Poisson. Depuis 1891, la Compagnie concessionnaire fabrique, à Bizerte, deux qualités de boutargues dont la matière est fournie par les œufs de deux espèces difiérenles de Mulets ; les boutargues de Bizerte sont très estimées en Orient.
L'exploitation ainsi organisée a permis d'obtenir un rendement 4rès important, comme l'indique le tableau suivant, communiqué à la Direction générale des Travaux publics de la Régence par la Compagnie concessionnaire du port et des pêcheries: