POISSONS PÉCHÉS
en Arabe
en Français
en 18U3
en 1895
en 1897
en 1899
Geraffa ; .
Kimri
Daurades
Mulets d'hiver
kilos
kilos
kilos
kilos
Bittoun
Bouri
Bigeran
Karous
Mankous
Chelba
Korbous
Bassar
Sbarès
Trilia
Mendès
Hanescb
Lège
Leitcha
Serran
Sibia
OuzelfoaKhalt.
Mulets grands Mulets d'été..
Mulets petits.
Loups
Marbrés
Saupes
Ombrines
SarguesouSars
Pataclès
Rougets
Soles
Anguilles
Maigres
Liches amies..
Serrans
Sèches
PoissoBS méhog^s. . .
Totaux....
Les pêches se pratiquent pendant toute l'année, au moment de la migration du Poisson, qui a lieu aux époques suivantes: Marbrés^ avril, mai et juin ; Mulets d'été (Douris),
Mulets petits (Bigemns), > juillet, août et septembre ; Surgcs ou Sars, ■
Daurades, fin octobre, novembre, décembre ; Loups, décembre et janvier ;
(1) Notice sur le service delà navigation et des pêches maritimes, Tunis, 1900; cf. p. 71.
Mulets d'hiver (Bit toim),) ^ ,, ^ . , ,, .
«. , , '. ., > novembre, décembre, janvier et février.
Mulets grands (Kwirt), ) '
Les plus importantes de ces pèches sont celles de la Daurade et
du Mulet.
Pèche dans le lac de Tunis. — La pêche dans le lac de Tunis, nappe d'eau d'environ 50 kilomètres carrés de superficie et de 0™70 de profondeur moyenne, est concédée, pour une durée de douze ans, à dater du 2 mars 1896, à M. E. Coste. Des bordigues formées de pieux métalliques et de grillages galvanisés, ont été installées à l'Est et à l'Ouest du lac, aux abords de la Goulette et de Tunis. Les bordigues n'exploitent guère qu'un quart de la surface ; les trois autres quarts sont réservés à la pêche en barque, à l'aide du tramail ; les filets traînants sont absolument proscrits. On capture des Anguilles, des Daurades, des Mulets et des Soles. Le Poisson frais péché dans le lac de Tunis est mis en vente à Tunis, en France, en Italie et à Malle.
Pèche dans le golfe de Tunis. — Les pécheurs désignent sous le nom de golfe de Tunis l'étendue de mer comprise entre le cap Carthage et le Ras-Farthas, qu'ils exploitent aux grands arts traînants. La pêche aux grands filets traînants est connue sous le nom de pêche aux Bœufs, parce que les filets sont traînés par deux barques à la fois, qui labourent les fonds comme la charrue traînée par deux Bœufs laboure la terre. Cette pêche occupe aujourd'hui vingt balancelles (bateaux de 12"»50 de longueur)^ qui pèchent de la Goulette jusqu'à l'embouchure de la Medjerda à l'Ouest, et jusqu'au parallèle de Ras-Farthas à l'Est.
Pèche du Thcn. — La Pêche du Thon est, après celle des Éponges, une des pèches les plus productives des côtes de la Régence; elle se pratique dans la Méditerranée depuis la plus haute antiquité : les anciennes pêcheries de Byzance furent longtemps très prospères ; celles de Venise, de Tarente et d'Espagne le furent également.
Le Thon commun (Thifnnus thynnus) est un Poisson de la famille des Scombridés, dont la longueur dépasse généralement un mètre et dont le poids peut atteindre 400 kilogrammes ; la partie supérieure
du corps est d'un noir bleuàlre, le ventre grisâtre avec des taches argenlées. Ce Poisson, qui vit en troupes souvent très nombreuses, abonde en Tunisie : il passe le long des côtes depuis la frontière algérienne jusque sur les côtes de Tîle de Djerba.
Les pêcheries de Thon les |)lus prospères sont celles de Sidi- Daoud-en-Noubi, situées sur la côte occidentale de la péninsule du Cap Bon. La tkonara (d^, oO) est installée sur un îlot situé dans le fond d'une crypte ditTicile d'accès et sur lequel s'élèvent ■des maisons d'habitation, des hangars, des magasins, les loge-
Fig. 50. — ThoDairc de Sidi-Daoud en-Noubi.
raents des pècbeurs et l'usine. Ce village (ii^. 51), abandonné pendant la plus grande partie de l'année, prend, au mois d'avril, une animation extraordinaire, grâce à l'arrivée de 3 ou 400 pêcheurs siciliens.
Le Thon est poché avec les filets madragues ou parcs fixes.
La madrague de Sidi-Daoud comprend tout d'abord une queue de côte, formée par une longue ligne de filets, de 12000 mètres de 4ongueur, perpendiculaire à la côte. Ces lourds filets, tressés en corde d'Alfa, ont des mailles de 30 à 35 centimètres ; ils sont tendus verticalement, au moyen de forts paquets de liège qui flot-
lent à la surface de Teau, tandis que de grosses pierres et une suite de iSO ancres en fer les fixent au fond ; ils forment une muraille dont la hauteur n'a pas moins de 30 mètres. A Textrémité de cette queue et à angle droit, se trouve Vile ou isolettay qui constitue la madrague proprement dite. Celle-ci est formée par des filets maintenus en place par une centaine de grosses ancres, et à flot par des lièges ; elle occupe une superficie en forme de parallélogramme, de 400 mètres de longueur sur 20 de largeur, et est
Fig. 51. — Village de Sidi-Daoaen-Noabi.
orientée de Touest à Test. La madrague est divisée en cinq gri chambres, qui aboutissent toutes à un compartiment situéîle nier à Test, et qui est la chambre de la matance ou chambre mort ou corpou ; les cinq chambres sont limitées par des filets ses en corde d'alfa ; la chambre de la matance ou corpou est tée par des filets tissés en corde de Chanvre, à maille plus seri comporte un fond formé par un filet de même nature, qui être relevé ou abaissé à volonté. Les chambres de la madrague muniquent entre elles, par des coupures quon peut ferr volonté par des cloisons mobiles.
Les Thons, après s'être levés des grands fonds des mers tunisiennes, s'enfoncent dans le golfe de Tunis, évitant avec soin les eaux troubles de la Medjerdah et de la baie de la Goulette, puis >ntent vers le nord, le long du massif du Cap Bon et arrivent à Daoud,où ils rencontrent la queue de madrague. Au lieu de sbrousser chemin, ils cherchent à gagner le large en suivant bstacle et arrivent ainsi à l'entrée du corps de la madrague ; 'engagent dans la première chambre» où ils ne cessent de Qer sur eux-mêmes, jusqu'à ce qu'ils viennent à passer devant rée de la seconde chambre, où ils n'hésitent pas davantage à itrer.
1 ne pèche pas, si ce n'est dans les très mauvaises années, à is qu'il n'y ait 5 ou 600 Thons réunis. Lorsqu'il y a dans le s de la madrague une certaine quantité de Thons, le raïs ou laine de pêche les fait passer de chambre en chambre jusque le corpou. Souvent les Thons hésitent, mais on les effraie alors de d'un objet quelconque, généralement un linge blanc ou le lette de la tête d'un Cheval ou de tout autre animal. s que les Thons sont dans le corpou, le raïs fait un signal : les ns sautent dans les embarcations, dont deux plus grandes que utres sont connues sous le nom de vaisseaux ; et celles-ci nent entourer le corpou, les vaisseaux sur les flancs est et t, les petites embarcations sur les deux autres flancs. Sur un ctl du raïs, le filet en treillis formant le fond de la chambre de atance est relevé à l'aide de cabestans et à la main : cette mavre a pour effet de ramener lentement à la surface tous les is prisonniers : lorsque ceux-ci arrivent un peu audesde la surface de l'eau, ils sont harponnés à l'aide de forts crocs is dans les deux grands bateaux plais ou vaisseaux. Cette opén est ce qu'on appelle la matanza.
s bateaux se dirigent ensuite vers la thonora : arrivés à proxides bâtiments, ils versent leur cargaison à l'eau. Les Thons tirés, à Taide de crocs, sur un dallage déclive, jusque dans une i salle basse largement ouverte sur le port, où des hommes ces leur enlèvent la tête d'un coup de hache ; on leur coupe ite les nageoires, on les vide, on les suspend par la queue aux riers du plafond et on les laisse s'égoutter pendant quelques es (fig. 52). On procède ensuite à l'opération de la cuisson, qui
se fait dans une série d'une quarantaine de cuves chauflfées par des fourneaux à houille (Qg. 53). Chaque cuve peut contenir environ 303 kilogrammes de poisson qu'on dispose, dépecé par tranches, dans des [filets tressés, en fer, de la capacité des cuves, ces filets étant iiclionnés au moyen d'un treuil. L'ébuilition dure environ une lieure. Des wagonnets Decauville transportent les Poissons cuits dcins l'immense salle où ils doivent être débités et mis en boites. Autrefois, les salaisons absorbaient la majeure partie de la pêche ;
Fig. 52. — Dépeçage el c;;oullage des Thons.
actuellement, les préparations à Thuile, de plus en plus demandées dans le commerce, ont de beaucoup pris le dessus sur les premières et absorbent 75 pour iOOdu produit de la pèche. Ces préparations n'utilisent pas moins de 100 à 120.000 litres d*huile d'olive, soit pour 90.000 francs environ, fournis par un usinier de Sousse : c'est d'ailleurs le seul produit qui soit pris dans le pays ; le sel, pour les embarillages et pour la saumure, vient de Trapani, le charbon et le fer battu d'Angleterre, les barils de Savone. Les boîtes sont fabriquées dans l'usine même, pendant l'hiver, par quelques ouvriers qui restent pour la garde de rétablissement.
Les parties de Tanimal qui ne peuvent être utilisées pour les
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conserves alimentaires, les yeux, la léte, les nageoires, la queue et les viscères sont mises à macérer et produisent de Thuile qui est recherchée pour le travail des cuirs. Les œufs font de la boutargue ; l'ossature et tous les débris sont convertis en engrais pour les cultures.
La pèche des Thons est abandonnée dans les premiers jours de juillet.
Bien qu'elle ait été éprouvée par quelques mauvaises années, la
Fig. 53. — Cuisson des Thons.
madrague de SidiDaoud continue à fouruir un bon rendement^: elle a pris, en 1898, environ 8.000 Thons, dont on peut estimer la valeur, à l'état frais, à près de 250.000 francs ; en 1899, elle a pris 6.900 Thons valant environ 300.000 francs et 10.500 Pélamides. Les meilleures pèches donnent jusqu'à 15.000 Thons, les mauvaises 6.700. Les produits sont transportés directement en Italie par un vapeur appartenant à Tusine et vendus sur les marchés de Gènes et de Livourne.
Un décret du Bey de Tunis, du 22 mai 1877, concède le fermage de la pèche du Thoaà Sidi-Daoud et à Ras-Djebel pour une durée de 50 années musulmanes, à partir du 13 août 1892, au comte Joseph
Raflo. La madrague de Ras Djebel, située au capZebib, qui limite à l^est la baie de Bizerte, n'a pas été calée depuis 1892, bien que des capitaux importants aient été dépensés pour les installations à terre : logements, ateliers, usines, etc.
Un arrêté du Directeur général des Travaux publics interdit tous les ans la pêche des Anchois et des Sardines et même toute pêche aux abords des madragues de Ras-Djebel et de Sidi-Daoud.
Thonaire de Monastir. — En 1893, une Société française a relevé une madrague à Thons qui, florissante autrefois, avait été abandonnée depuis plus de quarante ans. La durée de la concession est de 86 ans, à partir du 21 mai 1892.
La madrague est établie à l'extrémité sud du golfe dHammamet ; les bâtiments et Tusine pour la préparation des Thons sont installés dans rile Egdemsi .
En 1898, la thonaire a capturé 3.000 Thons, représentant une valeur sur place d'environ 90.000 fmncs ; en 1899, le produit de la pêche a été de 2.662 Thons, valant environ 60.000 francs, et de 450 Pélamides.
Thonaire de Kuriat. — La madrague de Tlle Kuriat est située à 8 milles à Test de celle-ci. Elle est concédée pour une durée de 40 ans, à partir du 1" janvier 1900.
Pêcheries de Mehdia. — L'Allache, Poisson voisin de la Sardine, mais d'une taille un peu supérieure, donne lieu à une exploitation assez importante ; on en fait des salaisons assez appréciées qui sont expédiées en Autriche-Hongrie, en Grèce, etc. La pêche de TAllache est pratiquée du mois d'avril au mois de juin par une soixantaine de barques siciliennes. En 1900, il a été péché 470.000 kilos d'Allache à Mehdia, donnant un produit de 53.800 francs.
Pêcheries du sud de la réganca : Golfe de Gabès. — Les pêcheries installées dans le golfe de Gabès sont des pêcheries fixes, qui ne difièrent pas sensiblement des bordigues européennes. Elles sont constituées par des cloisons formées de brindilles de Palmier, disposées en W à concavité dirigée vers la côte; ces cloisons ont 2™50 de hauteur au plus, .^ux poînies du W sont disposées des
nasses (en arabe dreïn). Ces bordigues circonscrivent à marée haute une certaine étendue de mer ; les Poissons, entraînés par le courant, viennent se prendre à marée basse dans les nasses ; celles-ci sont amorcées avec des fragments de Poulpes. Il y a 1083 de ces pêcheries dans la circonscription de Sfax et des Kerkennah.
Les îles Kerkennah sont entourées d'une ceinture presque continue de clayonnages, dont quelques-uns sont poussés jusqu'à 5 milles au large. Sfax reçoit 1200 kilogrammes de Poisson par jour ; en outre, les pêcheurs, qui en sont très friands, en consomment une grande quantité. Le nombre des pêcheries en activité autour de l'Ile de Djerba est de 92.
Le lac des Bibans, dont l'entrée se trouve à une trentaine de kilomètres de Zarzis, est exploité au moyen de bordigues. La pêche est concédée à la Société française des Pêcheries tunisiennes. Le Poisson est transporté à Sfax par un vapeur de 60 tonneaux, le Sud, et de là il est dirigé partie sur Gafsa, partie sur Marseille et partie sur le marché local.
La pêcherie des Bîbans a produit environ 130 tonnes de Poisson en 1898 et 145 tonnes en 1899.
Tortue de mer. — Les pêcheurs du golfe de Gabès capturent assez fréquemment dans leurs filets des Tortues caouane, très communes dans le golfe de Gabès et dont certains individus atteignent la taille de 1 mètre à l°»iO; la chair de ces Tortues est succulente.
Entre le Ras-Ashdir et Djerba, on pêche la petite Tortue de mer, à écailles noir-jais: elle est très recherchée par les riches Musulmans, qui n'hésitent pas à en offrir des prix excessifs de 300 et 400 francs, à cause des propriétés aphrodisiaques qu'ils attribuent aux organes du mâle. Celte Tortue, connue sous le nom de bouzegza^ est assez rare.
L'exposé rapide que nous venons de faire des produits de Tinduslrie des Pêches maritimes de la Tunisie nous montre que cette industrie est des plus prospères. A côté delà pêche du Poisson, qui se fait sur une faune semblable à la faune algérienne, on en observe deux autres qui impriment un caractère spécial aux pêches tunisiennes : la pêche des Poulpes et celle des Éponges.
La pèche des Éponges est celle qui doit altirer le plus rattention des pouvoirs publics, en raison de la valeur et de l'Importance économique des produits qu'elle procure. La prospérité des bancs spongifères de la Tunisie est intimement liée à une exploitation méthodique et sagement réglementée. Une réglementation rationnelle et efficace ne pourra d'ailleurs intervenir qu'à la suite de l'étude approfondie de la biologie de TÉponge commune.
INDEX BIBLIOGRAPHIQUE
>(ET, Les pèches dans le golfe de Gabès. Revue maritime et colo- [, 1889, p. 142-161 et 359-379, avec 1 carte et 2 planches.
lit de l'ouvrage : Le golfe de Gabès, par Jean Servonnet. Paris lel), 1888.
I maritimes en Algérie et en Tunisie. Reinue êcientifiquey XLVI,
.a pèche des Éponges dans le golfe de Gabès. Revue sdenti- LV, p. 428-431, 1890.
)ULE, La thonara de Sidi-Daoud. Revue des sciences naturelles ïes. Paris, 1891 .