VI. — L'avenir de la société indigène tunisienne
La France, en s'élablissant dans l'Afrique du Nord, y rencontra une population dense, suffisamment cohérente et homogène, munie de tous les attributs qui font et qui consolident une société : une religion, des institutions, des mœurs, un état d'esprit. La religion prédominait sur toutes choses : elle avait dicté les institutions, modelé les mœurs, déterminé Tétat d'esprit. C'était une foi très ancienne, très simple et très prenante, partant, très profonde, qui emplissait les âmes d'une passion puissante et impassible. Elle avait aussi ce charme singulier des croyances très vieilles et trèi naïves, qui projettent autour d'elles comme un halo de lumièri surnaturelle, impénétrable aux ombres du sophisme comme au] clairs rayons de la raison moderne. Les indigènes de TAfriqu* du Nord croyaient à cette religion comme à eux-mêmes ; ils ; croient plus fermement que jamais ; ils y croiront toujours L'Islam est pour eux bien plus qu'une foi, c'est la forme de leu
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existence présente et future. A rislam, ils ramèneot tout;deIui, ils espèrent tout; hors de lui, ils ne voient rien. Ils sortiraienlplus facilement de leur nature que de leur croyance, car leur croyance est l'essence même de leur esprit et la matière impondérable de leur âme. Cette religion a organisé ces hommes en une forme sociale définitive et irréductible.
L'Islam donne aux sociétés qu'il pénètre leurs raisons et leurs manières d'être, leurs moyens et leurs fins. Il les organise du haut en bas, sans négliger un détail, sans laisser une fissure par où Tiunovation étrangère puisse plus tard se glisser. Il réglemente la famille et le gouvernement, le droit privé et le droit public, le temporel et le spirituel, la loi morale et la loi positive, le présent et l'avenir, le monde et le supraterrestre. Quand il a parlé, il ne reste au croyant qu'à se taire et à obéir. La loi qoranique imprime à la société qu'elle fonde, un caractère indélébile et la met à part de toutes les autres.
Maîtresse de l'Afrique du Nord, la France apprit combien il était difficile de gouverner un monde si différent du nôtre. Les Français et les autres Européens installés en Algérie y constituèrent une société nouvelle, de forme tout occidentale et moderne, qui se développa à côté de l'ancienne, sans la pénétrer, et gagna peu à peu sur elle dans l'espace, sans l'impressionner. Ce sont encore, deux mondes étrangement juxtaposés, constamment mêlés par les intimités forcées de la vie en commun sur un même sol, irrémédiablement séparés par l'antinomie des mœurs, des religions et des esprits. Notre pays connut alors la plus grande difficulté qu'ait jamais rencontrée sur sa route une puissance colonisatrice : faire vivre en bon accord et coopérer à une même œuvre deux sociétés profondément dissemblables, qui ne peuvent se pénétrer, ne se doivent rien Tune à l'autre, se connaissent mal, ne se comprennent pas, et qui, cependant, sontde valeur assez égale pour que l'une ne doive pas fatalement céder à l'autre, de sorte que l'on ne saurait prévoir ni l'assimilation ni la disparition de l'un des éléments irréductibles du problème. On chercherait en vain, dans l'histoire coloniale, une situation aussi poignante. Elle n'est pas particulière à la Tunisie, et c'est à des sein que, dans les ligues qui précèdent, j'ai constamment parlé de l'Afrique du Nord dans son ensemble. Si les géologues et les natu-
ralistes démontrent saos peine la parfaite unité d'aspect, de (aune et de flore du plateau nord-africain, nous retrouvons aisément la même unité dans Tethnographie, la religion et Torganisalion sociale de la région. Les observations qui vont suivre pourraient, dans bien des cas, s'appliquer à toute l'Afrique du Nord. C'est à l'étude de la Tunisie que je veux désormais m'attacher.
La société indigène tunisienne présente deux caractères très opposés et en apparence inconciliables : elle est à la fois très complexe et très homogène: très complexe, si l'on considère les origines, le genre de vie, les coutumes et le caractère des individus qui la composent ; très homogène, si l'on observe la religion de ces individus. La plupart, en effet, sont musulmans, et, en dépit des particularités qui, sur d'autres points, les séparent, rislam leur donne l'unité que l'histoire leur refuse.
Considérons une carte de la Méditerranée. La Tunisie apparaît à égale distance du Maroc et de l'Egypte, des rives du Niger et de celles de la Baltique. Elle est projetée parle continent africain vers les terres européennes les plus méridionales, la Sicile et l'Italie. Elle appelle de toutes parts l'envahisseur, et le marchand paisible la traverse sans cesse. C'est un carrefour où se croisent les grandes routes de terre qui mènent de Merrakech au Caire, et de Tombouctou à la mer, et les routes maritimes qui vont de Marseille à Alexandrie et de Qonstantioople à Ceuta.
De tous les vieux pays méditerranéens que l'humanité ne se lasse pas de fouler, la Tunisie fut peut-être le plus foulé. Sur ses côtes et dans ses plaines fertiles, chaque peuple, soit qu'il ne fit que passer, soit qu'il conquît le pays pour longtemps, laissa quelques-uns des siens, ou des familles entières. Au Berber autochtone, chaque siècle adjoignit un échantillon de toutes les races de l'univers, hommes du nord : Latins, Vandales ou Francs du Moyen Age; orientaux : Phéniciens, Grecs, Juifs, Arabes ou Turcs ; méridionaux : Berbers du sud, Gétules ou Touaregs, uoirs du Soudan. Ces divers éléments ethniques se combinèrent
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au hasard, parfois de façon si rapide et si complète qail est actuellement difficile de les analyser, parfois avec tant de lenteur et de maladresse que l'observateur le moins perspicace peut sans peine les distinguer les uns des autres. A considérer Tensemble, une race homogène ne naquit pas de leur fréquentation; les* traits physiques des indigènes actuels dénoncent leurs origiDes diverses. Leurs caractéristiques morales et mentales ne sont pas moins accusées. On trouve rarement, dans un territoire aussi restreint que celui de la Régence, une aussi grande variété dans le genre de vie, dans les coutumes et dans le caractère des habitants.
Dans le genre de vie d'abord. Voici une région d'une étendue égale au cinquième de la France; elle est assez uniformément fertile et d'un aspect sensiblement identique dans toutes ses parlies, et, cependant, elle porte deux populations très distinctes qui entendent la vie de façons tout opposées, et qui n*ont entre elles que les rapports de voisinage strictement nécessaires : ce sont les sédentaires et les nomades. Nos pays ne connaissent pas cette distinction qui est, au contraire, de règle en Orient, etqui donne à la constitution sociale de ces régions un aspect si particulier. Pour vous le représenter, imaginez-vous, par exemple, nos provinces du bassin de la Garonne, avec les villes que nous voyons répandues sur les rives du fleuve, au pied des Pyrénées et au bord de la mer, et l'activité industrielle et commerciale d'une population sédentaire de mœurs douces et très soucieuse de son bieu-étre. Placez dans les plaines limitées par la montagne, le fleuve et la mer, un petit peuple sans cesse en mouvement, divisé en groupes infimes qui, toute Tannée durant, poussent devant eux, au hasard des pâturages, quelques maigres troupeaux, une population qui rappelle ces boliàniens, gifanos, gipsies^ worisques, dont la société du Moyen Age supportait si mal le voisinage. Voyez-les tels que l'histoire nous les dépeint, instables, inconstants et insaisissables, en proie à une agitation perpétuelle et stérile, très attachés à leurs coutumes, peu respectueux du bien d'autrui, aussi pauvres, aussi prodigues que les sédentaires sont riches et économes, et vous comprendrez combien est aléatoire l'équilibre d'une société qui juxtapose ces deux éléments et dont le salut dépend de leur bonne entente. C'est le
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problème social de presque tout TOrient; il est relativement aisé à résoudre lorsqu'un long effort de la civilisation a réussi à pousser le nomade hors du territoire occupé par le sédentaire, comme en Syrie et en Egypte ; il est plein de dangers lorsque le nomade pénètre au milieu des groupes sédentaires, comme en Arabie, en Mésopotamie, en Asie-Mineure et dans certaines régions de TAfrique du Nord. C'est réternelle division des gens de Vargile et des gens de la tente: les uns, fiers de leurs richesses; les
FiK- 76. La Qasbah de gairouaD.
autres, jaloux de leur indépendance; les uns constamment inquiets de la turbulence des autres qui sont toujours prêts à fondre sur les villes, pour faire main basse sur les biens qu'elles renferment ; ennemis nés les uns des autres et maintenus dans un équilibre instable que le moindre incident peut rompre.
En Tunisie, les deux mondes sont en présence depuis les temps les plus anciens; ils ont peu agi l'un sur l'autre. Le nomade a réussi parfois à rompre les lignes de défense du sédentaire ; celuici les a toujours relevées, pour reprendre derrière elles sa tâche interrompue. Chaque afflux de population a renforcé l'un ou l'autre, le nouvel envahisseur allant au genre de vie qui flattait son caractère et ses traditions : Berbers latinisés ou hellénisés, Phéni-
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cieos, Latins, Byzantins, Maures, Juifs, Koulouglis s'enfermaient dans la ville ; Berbers purs et Arabes demeurèrent sous la tente. Peu à peu les deux populations se partagèrent assez équitablementle territoire, si bien qu*à Theure actuelle, nous trouvons les villes et les tentes réparties, dans la Régence, suivant une division géographique très favorable à leurs bons rapports sinon à la meilleure mise en valeur du pays.
Les villes sont situées dans le nord (Tunis, Zaghouan, Bizerte, Béja, Medjez el Bâb, Teboursouk, Testour), sur la côte orientale ou dans le voisinage (Nabeul, Hammamet, Sousse, Qairouan, Monastir, Mehdia, Sfax, Gabès), enfin dans les oasis du sud (Gafsa, Tozeur, el Oudiane, el Hamma). Elles renferment une population de petits artisans et de petits commerçants, assez médiocres travailleurs, qui s'acquittent de leur tâche sans grande habileté ni grand soin, mais qui satisfont à la demande du consommateur local. Leurs industries, jadis très florissantes, luttent péniblement contre la concurrence étrangère. La routine d*un système corporatif qui rappelle, par plus d'un côté, celui que la Révolution supprima chez nous, leur rend la tâche malaisée, mais la fidélité du client indigène leur assure un marché dont leur nonchalance se contente. Du fond de sa boutique obscure, toute pleine des acres parfums du soûq, le petit marchand arabe regarde le progrès qui passe et n'en prend pas de souci. Il s'élève cependant, parfois, d'un vigoureux effort, vers les formes économiques qu'il nous voit adopter. J'ai trouvé à Sousse, dans le quartier européen, un beau magasin tout moderne, tenu par un indigène ; plus souvent encore j'ai vu, dans le bazar, les boutiques s'élargir, s'éclairer et s'animer. C'est un progrès dont il faut prendre note.
En matière industrielle et commerciale, Tunis vient naturellement en tète : elle a des ateliers de cordonnerie, de bijouterie, des magasins de parfumerie réputés dans tout le Maghreb. Certaines villes de province ont retenu des industries locales jadis très florissantes. Qairouan a ses tapis, Nabeul ses poteries et ses tuiles peintes et vernissées. Tout cela travaillé d'un art charmant, un peu rustique et gauche, trop enclin à copier le passé, mais, du moins, fidèle dans la reproduction des coloris somptueux et des gracieuses arabesques des vieux modèles. Au-dessus des artisans, on trouve dans la ville, les hautes classes, le personnel des adnii-
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nistrations indigènes, les magistrats, les professeurs. La plupart habitent Tunis» où ils constituent une société très policée etd'es-
Fig. 77. — Une boutique dans le bazar de Tunii.
prit fort cultivé, malheureusement trop fermée au monde européen pour que celui-ci puisse Tapprécier à son vrai mérite et lui communiquer les meilleures de ses idées.
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Les villes du bord de la mer, du Sahel, sont entourées de splendides plantations d'Oliviers, cultivées par une population sédentaire, agglomérée dans de gros bourgs qui font^ autour de chaque chef-lieu, comme une série de satellites. Sousse compte autour d'elle cinq ou six de ces petites villes : M*saken. Mokenine, Kalaa-Kebira, Kalaa-Srira,dont les blanches maisons disparaissent dans le feuillage sombre des Oliviers. C'est le pays de l'huile. Toute culture cède le pas à celle-là. Les habitants y consacrent tous leurs eflorts, et la colonisation françïiise les encourage et les stimule par son exemple. Vingt siècles ont passé ici ; chacun d'eux apporta sa guerre civile, son invasion, son cataclysme, sans pouvoir arracher de terre les vieux troncs noueux et formidables qui, à chaque printemps, lancent vers le ciel les mille petits points d'un vert tendre, d'où naîtront les belles olives que chantait le poète antique. Elles sont encore la grande richesse du pays tunisien, et nous devons toute notre sollicitude au petit peuple laborieux et probe qui soigne l'immense verger du Sahel.
A mesure qu*on s'approche du sud, les Palmiers apparaissent plus nombreux; ils sont rares à Sousse; on en voit à peine quelques bouquets à Monastîr et à Mehdia; Sfax en compte encore bien peu, mais voici Gafsa,où ils s'élèvent par centaines, et voici le Djerid^ le pays de la palme où, par milliers, ils balancent, sous l'ardeur du ciel, la mer ondoyante de leurs tètes. A leur ombre, au bord des ruisseaux d'eau vive qui les baignent, s'élèvent les maisons des habitants. Dans l'oasis, nous trouvons encore des sédentaires, cultivateurs comme ceux du Sahel, et comme eux voués à la culture d'un arbre qui, chez des païens, serait le dieu de la région dont il est la richesse. Strabon nous dit que jadis, à l'ombre de Tarbre merveilleux, trois autres cultures prospéraient. Le Dattier protégeait l'Olivier contre l'ardeur trop grande du soleil, roiivier abritait le Blé ou TOrge, et sous le Blé poussait aussi le modeste légume. Aujourd'hui, l'habitant des oasis plante aussi un jardin entre les troncs espacés des Palmiers, mais c'est la datte qui fait sa récolte principale et l'objet de son commerce avec les gens du dehors. 11 tire un beau produit de ses Palmiers qu'il dut longtemps défendre contre les attaques de voisins peu scrupuleux ; maintenant il n'a plus à lutter que contre l'invasion des sables qui montent lentement à l'assaut de son domaine. C'est
un combat de tous les iaslants, dans lequel Thomme ne reste vainqueur qu'à force d'énergique persistance.
Les gens de Toasis achèvent au sud le demi-cercle qui enferme les nomades entre la frontière algérienne et une ligne ininterrompue de centres urb«iins.
Fig. 78. - Un coin des souqs de Tunis.
Si, en effet, nous quittons le Djérid pour monter vers le nord, nous traversons un immeuse espace vide: pas une ville, pas un village, pas même une maison. La plaine, à peine ondulée, s'ouvre à perte de vue, sans montrer autre chose que la terre nue ou Therbe rare. Au printemps, quelques champs d'Orge balancent leurs maigres épis sous le vent, qui bondit à Taise dans cette immensité. Un œil exercé distingue facilement, au milieu des buissons qui tachent la plaine, des gibbosités brunes d*où sortent quelques fumées. Ce sont des tentes de nomades. Elles sont plantées en rood, autour d'un parc à bestiaux qui s'emplit tous les soirs. Le voyageur est reçu par des hommes basanés, drapés d*un blanc
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malpropre, qui n'ont pas plus tôt terminé les inévitables salamalecs de la réception, qu'ils s'accroupissent de nouveau sous leur tente, dans la posture paresseuse de ceux qui n'ont jamais connu le travail. Ces mêmes hommes, un jour de fantasia, feront parler la poudre sans répit et briseront leurs chevaux! Mais la sieste est leur occupation préférée, et leur nonchalance abandonne aux femmes et aux enfants tous les soins du ménage.
Le dotiar compte un nombre de tentes qui peut varier de six à douze; il est administré par un cheikh. Plusieurs douars, dont les habitants sont issus d'une même origine, constituent une tribu, qui a à sa tête un cdid; parfois, les tribus sont groupées en confédérations. L'importance des confédérations et des tribus est fort variable. La confédération des Zlass, dont les terrains de parcours s'étendent entre Qairouan et Sfax, compte, dans ses trois tribus, Ouled Iddir,Ouled Sendasenet OuledKhalifa, environ 36,000 âmes; la tribu des Ouled Souassi, qui habite au sud de la Sebkha sidi el Hani, en compte 17,000; les Ouled Saïd, au nord de Sousse, n'en ont que 3,000. Tous ces chiffres sont naturellement très approximatifs.
Les nomades sont soumis à un régime d*administration patriarcale. Le caïd est le descendant plus ou moins direct de l'ancêtre commun, quand la politique n'a pasinflué sur sa nomination. Les tribus vivent du croit de leurs troupeaux et du produit des champs d'Orge ou de Blé qu'elles cultivent sur leurs terrains de parcours. Ceux-ci ont souvent donné lieu à des luttes longues et sanglantes, qui ont maintenu dans les douars un esprit belliqueux. L'administration française a mis fin aux guerres locales, et la poudre ne parle plus que dans les innocentes fantasias qu'elle juge bon d'autoriser. La société nomade vit aujourd'hui repliée sur elle-même, perdue dans le rêve d'une vie d'aventures et de combats qu'elle ne connaîtra plus. Pauvre et peu prévoyante, elle éprouve cruellement les conséquences des mauvaises années. Si la pluie ne tombe pas, ou si seulement elle tarde unpeu,rOrgenelèvepasel le bétail meurt de soif. C'est la famine. Poussé par le besoin, le nomade se sépare du douar, vient planter sa tente à la porte d'une ville ou sur là lisière d'une oasis, et cherche à gagner sa vie dans les petits métiers qui, peu à peu, font de lui un sédentaire.
La rigueur des lois économiques achève ce que les interminables
guerres du régime précédent avaient commencé. En arrivant en Tunisie, nous avions trouvé les tribus soumises à une organisation administrative très compliquée. Beaucoup de groupements étaient réduits à un nombre infime de membres; de nombreux douars avaient été entraînés par les aventures, très loin de leur tribu d'origine, à laquelle ils restaient cependant rattachés. Notre adminis tratlon supprima beaucoup de tribus dont le nom seul, pour ainsi dire, subsistait, et soumit toutes les autres à Tautorité du lieu.
rig. 79. r- La tMucberie, dans Toasis de Gabè».
Cette mesure réduisit et resserra les cadres de la société nomade. Mais ils ne réussirent pas mieux pour cela à la contenir, et sous Tattractjon du monde sédentaire, la voici qui s'effrite lentement (1).
' (1) Pour être lent, le mouvement des nomades vers la vie sédentaire n'en est pas moins sensible. En Tunisie comme ailleurs, la ville attire les gens des campagnes. Des nomades venus à la ville ou dans Toasls pour le travail d'une saison, se fixent parfois à demeure. L'espoir d'un salaire quotidien dans les chantiers attire aussi les gens des douars et contribue à les sédentariser. Quand les mines de phosphate de Metlaoui furent ouvertes, la Direction dût faire venir sa Inain d'œuvre d'Algérie et du Maroc. Mais les nomades du voisinage, qui n'avaient donné d'abord aucun travail utile, furent entraînés par l'exemple et entrèrent peu à peu dans les chantiers. Ils y tiennent maintenant une large place. Le fait est d'autant plus curieux, que la tribu des Ouled Slama, a laquelle Us appartiennent pour la plupart, a toujours passé pour l'une des plus remuantes et des plus pillardes de la Régence. — Je dois ces détails à l'obligeance amicale et à l'expérience de M. Y. Dumas, Contrôleur civil à Tozeur.