‹ La Tunisie de début de XXme siècleChapitre 30 sur 39 · DE LA RÉGENCE DE TUNIS · texte numérisé non relu

DE LA RÉGENCE DE TUNIS

PAR

Membre de l'JnsiiluL et de l'Académie de Médecine, professeur au àluiéum d'Uisloire naturelle.

La première fois que je débarquai en rade de Sfax, — c'était le 16 avril 1887, — j^éprouvai une sensation profonde, que je n'ai jamais oubliée. Deux lanches chargés de monde accouraient sur nous à grand fracas: de vigoureux rameurs, en rangs serrés, poussaient debout Taviron ; leurs turbans à carreaux blancs et rouges, leurs cabans de bure brune, galonnés de blanc, les interjections rauques dont ils cadençaient leurs efforts, leurs physionomies farouches, tout s'unissait pour composer une scène qui évoquait le souvenir des Barbaresques peints naguère par Gudin et c'est presque avec désappointeinent que nous constations, peu après, que ces terribles forbans n'étaient que d'honnêtes mais bruyants marchands d*huile.

Il est rare que la côte tunisienne offre des spectacles aussi suggestifs; il est plus rare encore qu'on puisse en dégager une impression ethnographique un peu nette. La population des ports de Tunisie n'est pas moins composite que celle des autres échelles de la Méditerranée. Toutes les variétés humaines s'y trouvent confondues, du Soudanien très crépu à l'Européen très lisse, du Bédouin parfois fort maigre au Maure souvent très obèse. Berbères et Arabes, Israélites, Turcs et Levantins, Maltais et autres Européens, Nègres, Mulâtres, etc., se coudoient et se pressent, indébrouillable kaléidoscope qui varie à l'infini ses combinaisons de couleurs et de formes.

286 E.-T. HAMT

Peu à peu cependant robservation se précise, et certains types se dégagent et se classent. L^élément juif, si important dans la Régence et surtout à Tunis, où il ne compte pas moins de 30,000 représentants, s*isole le premier avec une certaine aisance, quoique la race, en majorité livournaise d*origine, se présente ici sous des aspecls fortement atténués.

Quelques hommes âgés, se disant originaires d'Espagne, onl

FiR. 87. — Tne nie 9 Hammamei (Cliché Lachenal).

seuls admirablement conservé le type national et présentent vraiment des physionomies bibliques, Mais le plus grand nombre ne se reconnaissent qu'à Vœil saillant et à la lètre retombante, derniers caractères ethniques que le juif conserve et transmette. Le gros nez aquiiin, qui passe volontiers pour un trait essentiel de la physiono mie sémitique, m'a paru relativement rare chez les Israélites tunisiens.

Costumés de bleu clair, les pieds dans des souliers vernis de France, dont ils écrasent les quartiers, une chéchia rouge au long gland bleu pendant sur les épaules, ils vont et viennent affairés et obséquieux, tandis que leurs femmes et leurs filles, grasses et

potelées, sanglées dans des vêtements étroits et des cartonnages métalliques, se dandinent en tenant les bords du haik blanc dont les rabbins de Paris leur ont récemment imposé l'usage.

Le Maltais présente le mélange de traits que cet insulaire emprunte à la fois à l'Arabe et à l'Européen ; TArabe, le Nèfi^re apparaissent avec leurs caractères particuliers. Mais ici s'arrête momentanément le diagnostic anthropologique général. Le fond même de la population, — car les éléments ethniques que je viens d'examiner en constituent à peine tous ensemble la dixième partie — le fond de la population, dis-je, composé principalement des races les plus anciennes qui ont réussi à se maintenir contre toutes les invasions, est irréductible au premier abord. Ces Tunisiens, en effet, qui parlent Arabe et ne sont pas Arabes par la race, ont intimement fondu leurs caractères, et il faut, pour en distinguer les divers éléments, recourir à une de ces analyses minutieuses, dont M. le D^^ Collignon a donné de si bons exemples.

Il est d'ailleurs indispensable, avant de procéder à ceiie révision des Tunisiens d'aujourd'hui, d'étudier aussi complètement que possible, les éléments ethniques qui sont entrés à diverses époques dans la formation de la nation. Et ceci me conduit d abord à vous parler rapidement des choses les plus antiques et de ce qu'elles peuvent nous apprendre des premières tribus, de leurs caractères et de leurs affinités anthropologiques.

Les plus anciennes manifestations de l'activité humaine dans les pays barbaresques sont exactement comparables à celles qui caractérisent dans toute noire Europe occidentale les populations primitives. On retrouve, en effet, en certains points de TAIgèrie et de la Tunisie, profondément engagées dans de vieux dépôts stratifiés de la période quaternaire, des pierres grossièrement taillées à larges éclats suivant des formes identiques à celles des outils les plus anciens de nos alluvions. Ousidan, Ternifine, Aboukir, etc., en Algérie, Gafsa, dans la Tunisie du Sud, sont des équivalents africains d'Abbeville et de San Isidro.

C'est à M. le D' CoUigilOD que nous devons la découverte de la station si caractéristique de Gafsa t|u*ir a minutieusement étudiée de 1883 à 1886 (1). Trois niveaux archéologiques ont été nettement distingués par cet habile et patient observateur. Le premier, très ancien, renfermait, bien en placé, quelques rares instruments travaillés suivant les formes dites de Saint-Acheul et du Mouiâtief; le second semblait dériver du premier « par voie d'amélioration progressive des procédés de taille » ; le troisième, enfin, remontait à une antiquité beaucoup moindre et toutes les époques postérieures y paraissaient confondues.

C'est surtout sur la butte, dite postent 1, éminence qui domine de 60 mètres environ au Nord-Ouest les jardins et la ville, que M. CoUignon a réussi à établir cette précieuse stratigraphie. De bas en haut la colline se compose essentiellement d'un poudingue quartzeux à grains très fins, d'une dureté excessive, et d'une couche de travertin criblé d'alvéoles et qui contient de ci, de là, des graviers et des coquilles. La pâte du poudingue inférieur est un calcaire dur, jaune pâle, englobant de fiues particules dé quartz, de petits cailloux roulés et, par places, des pierres plus grosses et des fragments de silex brun. C'est dans ce gisement que se trouvaient empâtés quelques instruments de pierre rappelant les formes les plus anciennes de notre archéologie paléolithique, les uns plus rares, analogues à ceux de Saint-Acheul, les autres beaucoup plus nombreux, semblables à ceux duMoustier. Ilssoot couverts, dit M. Collignon, d'une patine spéciale cireuse, translucide, très épaisse, les angles des silex sont adoucis et comme roulés (2).

Ces outils de l'homme primitif ne sont malheureusement jamais accompagnés jusqu'à présent, de débris d'animaux bien caracléris tiques; cependant, quoique la paléontologie fasse ainsi défaut, il parait assez bien démontré que cette formation correspond sn poudingue qùartzifère découvert naguère dans le seuil de Gabès entre Ijs calcaires crétacés et les argiles gypseuses et appartient, par suite, au quaternaire ancien de la région.

Des pierres taillées, beaucoup plus parfaites que celles de Gatsa ont été ëignalées par M. Rabourdin et parM. Foureau dans des confia R. Collignon, Les Ages de la pierre en Tunisie. Mat. pour rhist. de Phomme, XXl, p. i7i et sulv., 1887.

(2) Idem, ibidem, p. 175.

ditions de gisement encore mal déterminées à Temassinine ( t ), vers les limites du Grand Erg; ce sont les mêmes qu*on retrouve en Egypte, au Çomal, sur TOrange, etc., etc.

Toutes ces découvertes déposent en faveur de la thèse d'une communauté de race de tous les premiers habitants de Touest de TAncien Monde. Les documents anthropologiques manquent à l'appui de cette thèse et nous ne sommes point scientifiquement autorisés à préciser la formule, qui reste vague, du rapprochement entre le Tunisien primitif et nos hommes paléolithiques de Spy ou de Neanderthal.

Les périodes suivantes de Tâge de pierre sont très largement reproduites dans les dépôts de Gafsa: la plupart des formes des instruments de pierre paléolithiques et néolithiques s'y rencontrent associées dans les dépôts superficiels, où Ton trouve confondus des exemplaires comparables à ceux qui caractérisent nos industries du Moustier, de Solutré, de la Madelaine et surtout notre période néolithique. Observons toutefois que cette dernière offre ceci de bien particulier, en Tunisie comme dans le reste des pays barbaresques, qu'elle ne nous montre en usage que d*une manière accidentelle, la hache polie, aussi rare dans le Tell ou dans le Sahara qu'elle est commune en France. M. Collignon s'explique cette pénurie à la fois par la rareté des roches préparées à servir de polissoirs et par Tinutilité des haches en pierre polie dans des régions où il n'y a d'autre bois à travailler que le palmier. J'ajouterai que le grattoir est également peu répandu chez les Tunisiens préhistoriques; autant les populations du Haut-Nord ont utilisé cet instrument, indispensable pour la préparation de leurs chauds vêtements de peau, autant les tribus tropicales négligent un outil dont leurs besoins nécessitent rarement l'emploi.

Ces silex néolithiques, si nombreux dans les environs de Gafsa, abondent également dans la région voisine de Gabès, où ils prennent même certaines formes qu'on ne rencontre guère ailleurs en Tunisie. On en trouve un peu partout dans tout le Sud jusqu'au Djérid et ces dernières stations se relient géographiquement aux innombrables gisements de même nature du Grand Désert. Les dépôts

(1) Rabourdin, Les âges de pierre du Sahara coDlral, préhistoire et ethnographie afrieaioe. Bull. Soe. (TAnthrop., 3' sér., T. IV, p. 146, 1881.— Cf. Bull, du Muséum I, p. U, 1895.

superficiels de Tâge de pierre tunisien sont fort pauvres en débris dindustrie autres que les silex taillés. Il est très rare, paratt-il, qu'on y rencontre des poteries, si communes par contre dans les ateliers sahariens. L'étude de ces terres cuites est particulièrement instructive: elles ont été, en effet, poussées dans des récipieols en vannerie de fabrication plus ou moins compliquée, qu'on a brûlés ensuite à un grand feu qui, du môme coup, cuisait à peu près les parois.

Les Américains connaissent bien ces vases qu'ils rencontrent chez les Pueblos et auxquels ils ont donné le nom de corrugaud ware. Leur surface est ornée d'un décor en relief assez régulier, qui correspond aux creux laissés entre les liens tressés qui conslituaient la vannerie, point de départ du vase.

J*ai essayé au musée d'ethnographie de reproduire les dessins des terres cuites sahariennes en poussant de la terre dans les vanneries en usage chez les tribus actuelles du Sénégal et du Niger, du Sahara et du Soudan. Ce n*est qu'avec le panier du Çomalque j'ai pu reproduire des dessins se rapprochant vraiment de ceux des poteries du Grand-Erg. J'ai été conduit, par suite, à supposer que les Sahariens de Tàge de pierre et les Tunisiens du Sud qui s'y rattachaient pouvaient bien être des Ethiopiens, frères des Comalis qui se seraient, à une époque reculée, avancés bien loin dans l'Ouest.

Ce n'est pas la première fois que se trouve formulée cette hypothèse de Torigine orientale des peuplades sahariennes primitives. La découverte de coquilles de la mer des Indes ou de morceaux de néphrite asiatique dans les stations, comme celles de Ratmaia ou de Cédrata ; la présence d'objets en pâte de verre fort semblables à ceux qu'on a jadis fabriqués à Cheikh-Othman ou ailleurs, sur les bords de la Mer flouge, avaient été invoquées déjà, à l'appui d'une doctrine qui a le rare avantage de convenir aussi bien aux historiens qu'aux naturalistes (1).

Mais il nous faut revenir à nos stations de silex taillés pour en préciser l'extension dans la direction du Nord.

M. Collignon établit que la zone à silex taillés remonte jusqu'au massif du Cherichera, à l'ouest de Kairouan où j'en ai ramassé

(1) Cf. Rabourdin, loco cHalo, p. 135.

ESQUISSE ANTHROPOLOGIQUE DE LA RÉGENCE DE TUNIS 29t

moi-même de mauvais exemplaires. Mais à mesure qu'il s*élève vers le Nord, notre observateur remarque que les gisements sont de plus en plus clairsemés, et au delà du Djebel-Ousselet il nen rencontre plus un seul. Et cependant, avec quatre autres médecins militaires (1), il a battu toute la côte de Sfax à Nabeul, et parcouru pendant une année en tous sens le Sahel de Sousse, les environs de Tunis, de Carthage, d'Utique, le massif d'EIlez et du Kef, une partie de la Kroumirie, sans jamais trouver une flèche ou un couteau de pierre. Seul de tous les ethnographes qui ont visité la Tunisie, M. G. Bellucei a pu se procurer quelques pauvres éclats au Djebel-Ressas et sur les collines du cap Bon.

Par contre, la Tunisie du Nord est couverte d^autres monuments archaïques, qui se montrent justement alors que disparaissent les ateliers de tailleurs de silex. Ce sont les monummU mégalithiques de Tunisie, localisés dans le Nord du pays, et dont j'ai le premier tracé naguère la limite du côté du Sud. Une ligne qui part du bord de la mer au fond du golfe de Hammamet et suit les nécropoles d'Henchir el'Âssel, Henchir Ahmed-Sidi-Sala, Henchir Hâméme, Henchîr-Choutcha et Aîn ef Fakerine que j'ai découvertes en 1887, pour venir gagner Thala et enfin Haïdra marque la frontière méridionale du territoire occupé jadis par les constructeurs de mégalithes. Les monuments de pierre brute abondent au Nord de cette limite, assez différents entre eux, sans aucun doute, mais ayant en commun Tutilisation des matériaux volumineux qui leur a valu ce nom de mégalithiques, et la destination des chambres ainsi construites à grand renfort de bras pour servir de tombeaux.

Le type le plus imposant, mais aussi le plus rare des mégalithes tunisiens, est le type carré d'Ellez. Signalés pour la première fois par le célèbre architecte américain Catherwood (1845), les monuments de cette nécropole ont été bien décrits par M. Girard de

(1) n. COLLIONON, op. Cit., p. 197.

^'v^-^^H^- ^^;trL>5"^^-^^<^

Fig. 88. — Monument mëgalilhique d'Ellez

vu de faM et par ses côtés nord et sud.

(d'après les aquarelles de M. de Puymoria).

iv^v*a j^S^ZL"..*/*---

Fig. 89. — Plan du même monument, d'après M. PoinsoL

Rialle dans le Bulletin des Antiquités africaines de 1884 (1), mais on ne les a jamais relevés d'une manière aussi correcte que l'ont fait M. le colonel de Puymorin et ses collaborateurs pour l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres (1882). Les figures ci- jointes (fig. 88 et 89) que j*emprunte aux archives de cette compagnie montrent la principale tombe vue de face et par ses côtés nord et sud.

On peut compter, sur le plan levé dans le même temps par M. Gérard, les monuments qualifiés incorrectement de ruines pélagiques qui s'échelonnent surdeux mamelons, à droite et à gauche de la gorge que traverse la route du Kef à Kairouan.

Examinons de près le monument le plus intact. La façade en est faite de quatre grandes dalles plantées sur

champ entre lesquelles s'ouvrent des portes de 1 m. 50 environ et qui sont séparées du reste de l'édifice par un couloir de m. 60 de profondeur. Deux rangées, de cinq chambres chacunes, séparées par un couloir, formaient autant de cellules mortuaires. Le tout est couvert d*UQ toit de larges dalles qui s*étendenten couches imbriquées sur le monument tout entier (2).

Toutes ces grandes pierres ont l'air d'avoir été grossièrement équarries ; la plupart des archéologues qui les ont examinées de près, considèrent cependant que ce ne sont là que des apparences et que l'appareil d'Ellez est formé de dalles qui sont demeurées à l'état naturel. Cependant, la plupart des pierres qui ferment l'accès des chambres sont carrément échancrées (fig. 90) et cette espèce de fenêtre que Ton retrouve ailleurs, en Corse par exemple, est certainement artificielle.

(1) Fr. Cathrbwood, Remains of an ancien! Structure at Bleas. In the Southern Part o( the Regency of Tunis. Transaet, of the American Ethn. Soc.^ New- York, in-8*. 1845. Cf. I, p. 489-491. — Girard db Ruixb, Monuments mégalithiques de Tunisie. Bull, trimestr, des antiq, africaines, 11, p. 260-268,3 pi.

(2) Cette imbrication des dalles est un des caractères les plus particuliers de Tarchitecture des monuments mégalithiques tunisiens. J'en al trouvé des restes très évidents dans le grand tombeau arrondi de rEochir eFAssel, que ]'al reconstitué au Musée d'ethnographie du Trocadéro.

Un autre type de monument funéraire de la même région est celui de Hammam-Soukhra (fig. 91), sépulture en forme de four voûté de grandes dalles qui s'avancent en encorbellement les unes sur les autres, jusqu'à ne laisser au sommet qu'une ouverture que bouche une large pierre plate de 2 à 3°^50 de côté, appuyée sur deux dalles énormes formant façade entre lesquelles s'ouvre rentrée de la sépulture (1).

Un troisième type est celui de Bulla-Regia, décrit par le D^ Carton (2), qui répète les formes bien connues de Roknia, etc., dans

Fig. 90. — Fenêtre (El lez).

Fig. 91. — Monument mégalithique i Hammam-Souklian, d'après M. le D' Carton.

la province de Constantine. Cinq pierres, quatre verticales et une horizontale, constituent le cofire funéraire, quelquefois entouré de blocs plus petits formant une sorte de massif qui devait être la base d'un monticule plus ou moins régulier. Au Djebel Gorra, le même archéologue a signalé un certain nombre de variations de ce type funéraire : table sans pilier, table sur le rocher, table sur deux et sur trois piliers, table sur quatre piliers formés en partie par un mur, en partie par des dalles verticales ; table, enfin, entourée d'une enceinte rudimentaire, d'un tumulus ou d'un cromlech dallé.

Ce dernier mode de construction, très exceptionnel au Djebel Gorra, rare à Dougga, plus fréquent à Tebousouk, est de règle dans le grand groupe de l'Est que j'ai particulièrement étudié. Ce groupe, dit de YËnfida, occupe sur la côte, un vaste territoire qui commence à peu de distance de la mer, vers le fond

(1) Girard db Riallb, loco cilato, p. 267.

(2) D' Carton, Les mégalithes de BoUa-Regia. V Anthropologie, H, p. !-i6, 1S9!.

du golfe de Hammamet, et s'étend dans la direction du sudouest jusqu'à Aïn ef Fakerlne, non loin de la Sebkra-Kelbia. Je n*ai pas compté moins de six nécropoles dans cet espace. Henchir el'Assel (1). La plus orientale, est subdivisée en trois groupes secondaires, avec i06 monuments dont Tun est le plus vaste qu'on ait jamais mesuré en Tunisie, puisqu'il atteint 19 mètres de diamètre: les matériaux en sont énormes; il est bordé de deux cercles concentriques de très grosses dalles posées à plat, séparées par un intervalle de 1°^S0 et dont Tinterne domine un peu Texterne. L'imbrication des matériaux de revêtement est bien manifeste sur la partie de la circonférence qui regarde l'ouest. L'ensemble forme nettement un cylindre court que surmonte un cône fort surbaissé qui va s'appuyer au centre sur la grosse dalle de recouvrement de la chambre funéraire. Que l'on exhausse par la pensée la borduredu monument, qu'auxassises irrégulières et mal imbriquées du cône relevé de même, on substitue des gradins en retraite, de hauteur uniforme, que la dalle du centre s'arrondisse et l'on aura constitué le noyau d'un des grands monuments funéraires si connus sous le nom de Maurtfaniens. Vienne ensuite un architecte qui applique au pourtour des demi-colonnes ou des pilastres également espacées, la transformation sera complète et le grossier tombeau du chef barbare de l'Enfida sera devenu, sans aucun changement essentiel, le monument plus ou moins artistique, Medracen ou Tombeau de la Chrétienne, dont on peut encore contempler les masses imposantes aux abords de Batna ou d'Alger.

Ce type de construction était en usage dans toutes les autres nécropoles de la même zone et en particulier à l'Henchir-el-Hadjar (fig. 92), le plus immense cimetière mégalithique du monde entier, puisqu'il couvre un terrain qui n*a pas moins de 7 kil. 1/2 de tour et dont les monuments encore reconnaissables atteignent peut-être le chiffre de 400. Sur le plan levé par l'ingénieur J. de la Croix, qu'on a pu voir à l'Exposition universelle de 1898, on avait seulement indiqué les plus apparents, tels au surplus que vous les retrouvez sur les photographies que je fais passer sous vos yeux. Le disque est très visible sur certaines de ces projections ; la circonférence

;i; E.-T. Hamy, La nécropole berbère d*Henchlr ePAssel, près de Dar-bel- Ouar (Tunisie). Compt rend, Àcad, Inscript, et Belles-Lettres, 1896.

est obtenue, comme Ta montré M. le D^ Carton, par la juxtaposition de pierres en manière de voussoirs (1) interrompues dans Taxe de la chambre ou des chambres construites à Tintérieur du cylindre. J'ai compté jusqu'à six chambres de pierre qui correspondaient à six coupures pratiquées dans toute la circonférence de Tune de ces sépultures collectives. La chambre est habituellement

Fig. 92. —Plan et coupé d'une tombe mégalithique d'Henchir-el-Hadjar, d'après Hamy.

munie d'un seuil qu'il faut enjamber pour péoétrer à Tiatérieur ; il n'y -a pas de dalle de fermeture et les fouilles que j'ai pu pratiquer dans des tombes du même type encore intactes, m'ont prouvé que la clôture était obtenue avec de petits matériaux faciles à déplacer à la main, lorsque plus tard on introduisait un nouveau mort dans la tombe.

Certains de ces derniers monuments sont complètement dissi-

(1) Id. ibid., p. 347, fig. 148.

mules dans le sol, et il faut beaucoup d'attention pour les reconnaître. Le cône superposé au cylindre est, en effet, surbaissé à un tel point que la surface apparente du monument est presque plate. Une très grosse pierre marque le centre et couvre une grande chambre dont les parois sont formées par d'énormes monolithes, et dans laquelle on descendait par un escalier à paliers tantôt droit et tantôt en forme de Z.

Ces sépultures inviolées m'ont donné des ossements humains et des vases, mais les uns et les autres sont profondément décoinposés. Tout ce que j*ai pu reconnaître, c*est que plusieurs sujets des deux sexes partageaient la même sépulture et qu'ils avaient été inhumés (la situation relative des fémurs et des tibias le démontrait nettement) dans une attitude accroupie. Les fémurs sont à colonnes, les tibias platycûémiques. Les vases sont en forme de coupe, d*une terre lustrée, et engobés de rouge, assez peu différents de ceux qui ornent encore aujourd'hui les monuments des marabouts.

Les habitants actuels de ce que M. Collignon appelle la zone des dolmens ont, en effet, conservé jusqu'à nos jours l'usage de consacrer à leurs santons^ des sépultures fort analogues aux monuments antiques que nous venons d'examiner rapidement et j'ai dessiné en passant chez les Zouaïdia, le tombeau tout moderne d'un personnage célèbre par sa sainteté, dont la chambre de pierre, semblable à celles de l'Henchir-el-Hadjar» ouverte au levant, contenait des offrandes au défunt déposées dans des vases de terre qui ne différaient guère de ceux que j'avais trouvés dans mes fouilles : seulement ce monument atavique était surmonté d'une sorte de pyramide dont un turban de pierre enlevé à une tombe arabe, composait le sommet.

Dans toutes les localités dont j'ai étudié de près les nécropoles, j'ai rencontré à peu de distance de la ville des morts, celle des vivants. Généralement assise au sommet d'une colline et de dimension relativement restreinte, la bourgade antique se signale à l'attention

E.-Tw HAMY

des visiteurs par des amoDcellements de matériaux[daDs lesquels on rencontre tout d'abord : !<> des pans de murs faits de deux rangées de pierres plates, formant les parois antérieure et postérieure entre lesquelles se pressent des pierrailles accumulées; S», dans quelques cas, les fondations du mur ainsi constituées^ sont encore surmontées d'une maçonnerie de cailloux oblongs disposée en spicairès apparent ; 3° on reconnaît en outre, deci, delà, des plans de chambres de forme plus ou moins allongée, que termine à une des extrémités une rotonde demi-circulaire.

Ces vestiges d'habitation constituent de véritables fronts de bandière, interrompus par des entrées qui correspondent toujours à quelqu'une des rotondes dont je viens de parler et qui ont nettement un caractère défensif.

J'ai retrouvé tout ce mode

de construction encore en

usage dans les citadelles des

Zénatia de la chaîne des Mat-

Fig.93. - uassin ben Amar, matas, qui sc rattachent ainsi

(c.r/H.rytdV."atr,. complètement par leur archi-

tecture, à cette partie du vieux groupe mégalithique tunisien, que je distingue provisoirement à titre de groupe oriental.

Les caractères des indigènes qui cultivent les territoires voisins des grands monuments de pierre de TEnfida et des cantons du voisinage ne démentent pas ces affinités archéologiques. C'est chez quelques-uns d'entre eux, localisés à Takrôuna, Djeradou et Zriba, que s'est conservé le seul dialecte berbère, parlé encore dans la Tunisie du Nord, dialecte que Masqueray aétudié sur place et qu'il rapprochait du Chaouia des Monts Aurès. C'est parmi les indigènes, au milieu desquels j'ai vécu pendant le cours de mes fouilles, que j'ai retrouvé les plus purs échantillons de Kabyles que j'aie vus dans la Tunisie tout entière.

Voici, par exemple, un sujet, Hassin ben Amar (fig. 93), qui a la coloration rougeâtre de la peau et la conformation des traits céphalîques et faciaux, que j'ai jadis analysés chez les Béni Mnaçer de la petite Kabylie. Le crâne est allongé (de a. p. 197 ; dé tr. max. 144 ; ind. céph. 73), pentagonal et quelque peu surélevé le long de son axe ; la face à la fois courte et large, est disharmonique par rapport au crâne qui le surmonte. Le nez est mince pour sa largeur, les pommettes et les angles mandibulaires sont particulièrement accusés. C'est le Kabyle vrai du Djurjura ou des Babors.

En voici un autre, Salah-el- Maîl (fig. 94), le chef des bergers de TEnfida, grand et solide gaillard ; haut de taille,la peau claire, les cheveux d'un blond rous sâtre, la barbe rouge et les yeux bleus. C'est le type du Berbère blond, du Chaouïa en parlicu

lier, dont le dialacte s'est con- fî^. 94. - saïah-oi-Maïi,

serve, je viens de le dire, à chef des berger» de PEnflda

' * (cliché Hamy et de la Croix).

Takrouna et qui règne encore

en maître sur les penchants de l'Aurès.

M. Collignon n'adonné aucune place, dans ses classifications, à ces Berbères blonds de Tunisie, qu'il ne rencontrait qu'à Tétat isolé « disséminés, nous dît>il, dans la population brune (1)». Ce n'est guère, en effet, que chez lesMogods et lesKhroumirs, que les cheveux et surtout les yeux clairs prennent une certaine importance numérique.

Par contre, le savant anthropologiste considère le type brun A, do lichocéphale leptorhinien, dont Hassin ben Amar vous représentait si bien les caractères il n'y a qu'un instant, comme l'élément ethnique qui semble prédominer numériquement en Tunisie, il fournirait à lui seul, suivant notre auteur, « la moitié de la popu-

(1) Id. ibid., p. 221.

lation sédentaire », 7 à 800.000 individus, c'est le type n"" II de sa classification. Etudié de préférence dans la région du Kef, où il est resté plus à Tabri des croisements modernes, il s'y montre de taille élevéç (l'neSi), dolichocéphale, (ind. céph. 74,7), et leptorhinien (ind. nasal, 68,6).

M. Collignon en détache, sur le nom de type d'Ellez (c'est son type n*" IV), un ensemble de populations, non moins dolichocéphales, mais mésorhiniennes, à face large et de plus petite taille. Cette sous-race se difiérencierait nettement de la précédente, suivant notre auteur, dessinant sur la carte une sorte de 8 de chiffre un peu incliné du sud-ouest au nord-est et s'étendant par le parallèle d*Ellez et de Teboursouk, depuis la latitude de Kairouan, jusqu'à celle de Biz^rte.

Cette distribution coïnciderait d'une manière frappante avec celle des monuments mégalithiques d'Ellez, Teboursouk, etc.

Je ne puis mieux faire que de renvoyer le lecteur, qui s'intéresserait plus particulièremeut à l'analyse des caractères diflérentiels invoqués par M. Collignon, à Timportante monographie que cet auteur a consacrée à V Ethnographie générale de la Tunisie, ainsi qu'aux recherches complémentaires de son continuateur, M. le D^ Bertholon sur la Khroumirie et la Mogodie. Ces deux travaux ont été publiés, par mes soins, dans le Bulletin de géographie du Comité des travaux historiques et scientifiques de 1886 et de 1891 (!).

La période historique est marquée, dans cette partie de l'Afrique septentrionale qui doit devenir la Tunisie et la Tripolitaine,par la fondation de Carthage, d'une part (X^ siècle) et de l'autre, par celle de Cyrène (VIII« siècle).

Les Phéniciens à l'Ouest, les Grecs à l'Est, exercent une action

(1) Bull, de géogr. hist. et descriptive, l, p. 181, 1886, et VI, p. 415, 1891.- U monographie de M. Collignon s'est adressée à 1133 ToDislens, du 4* UrtiUeuri, appartenant exclusivement à la population sédentaire des villes et viUages {loco citato, I, p. 205). Celle de M. Bertholon a porté sur 46 Khroumlrs, 11 Makoas, 27 Nefzas, 19 Amdounes, 77 indigènes de Bôjà, 11 de la Medjerda, 16 GbiahUs. en tout 207 indigènes de Khroumirie.

considérable sur le pays, mais leur rôle ethnogénique est et demeure infime et la masse de la population n'en est guère impressionnée. Il en est de même, plus tard, des Romains et des Vandales.

Hérodote, qui ne connaissait que par renseignements les contrées de Touest, s'est borné à énumérer, à la suite des Pliéniciens et des Grecs, deux groupes indigènes qu'il distingue sous le nom de Lybiens et d'Éthiopiens.

On pourra peut-être un jour rapprocher ces deux éléments

Fig. 95. —Grandes tentes du sud tunisieu (cliché Lachenal).

ethniques, diversifiés par l'historien d'Halicarnasse, des deux types archéologiques dont je parlais un peu plus haut.

L'Ethiopien d'Hérodote est l'équivalent du Gétule de Salluste ; c'est le descendant des tailleurs de silex de la Tunisie du sud et du Sahara, tandis que le Lybien se rapproche des Macas, Maxyes, Machlyes, Mashouasha des nomenclatures antiques, issus dans une certaine mesure des constructeurs de mégalithes et pères d'une partie des Berbères d'Ibn-Khaldoun.

Avec Salluste, que je viens de nommer, nous apprenons à connaître les traditions recueillies par Hiempsal, dans lesquelles flgure

1 armée d'Hercule et ses divers éléments (variis gentibus), assimilés par l'historien romain aux Mèdes, aux Arméniens et aux Perses, ex 60 numéro Medi, Persae et Armeni.

Hercule a succombé en Espagne et son armée se disperse. Mèdes, Arméniens, Perses vont en Afrique sur leurs navires et occupent le littoral. Les Perses sont les plus avancés, les plus orientaux et occupent par conséquent la région voisine des Syrtes, et comme ils ne trouvent point de matériaux de construction sur ces rivages

Fig. 96. — Une place a M'iammerf sud lunisien (cliché Ghopard).

inhospitaliers et que la vaste mer et l'ignorance de la langue de leurs nouveaux voisins leur ôtent les moyens de s'en procurer par achat ou par échange, ils se sont construit des abris du creux de leurs vaisseaux : alveos navium inversos pro tiguriis hahuere» Et Salluste ajoute que les édifices de leurs descendants nommés mapalia, édifices oblongs aux flancs courbes, rappellent la carène des navires, demeures de leurs ancêtres, cœterum adhuc (Bdificia ATnmidarum agrestium, quae mapalia illi vocant, oblonga incuiDa lateribns tecta, quasi nacium carinaesunt.

A une époque, encore peu éloignée, où l'ethnographie de l'Afrique du Nord était à peu près inconnue, on a cherché à expliquer

les survivances signalées par Sailuste, en assimilant les mapalia qu*il décrit aux tentes actuelles des tribus errantes des hauts plateaux de l'Atlas. En histoire, comme en administration, on confondait alors le Berbère et TArabe, au grand préjudice de notre polili-

Fig. 97. —Plan de la maison des étrangers, village Iroglodylique d'Hadèje, sud tunisien, (levé par MM. Hamy et de la Croix).

que africaine, et, dans l'espèce, les commentateurs de l'historien romain négligaient les différences essentielles qui existent entre l'édifice stable des anciens habitants du sol et 1 abri temporaire et mobile de pasteurs dont la migration au Magreb est relativement récente.

Les véritables mapalia ne sont pas du tout les grandes tentes des

Nomades du désert (fig. 9S); ce sont les constructions carénées, à lianes courbes, longues, étroites et basses dont les Ksours de M'tammer ou de Medenine, dans le Sud de TAraad ont conservé le type et que les troglodytes des Matmatas ont appropriées à leurs habitudes souterraines.

La figure 96 représente une des places de M'tammer, photographiée naguère par M. le D' Chopard. Tout autour se presseol, amoncelés en deux et trois étagea, les magasins voûtés desKsou-

Fig. 98. — Village troglody tique d'HadèJe (cliché ilamy el de la Croix).

riens. Une porte carrée ouvre sur le devant de chaque façade et des pierres en relief fournissent, de distance en distance, un point d'appui au pied du visiteur.

Les figures 97 et 98 mettront sous vos yeux un plan et une vue des demeures souterraines d'Hadëje, sur le plateau des Matmala. Une cour triangulaire ou carrée, largement éclairée par le haut, est creusée au centre de la butte, et des chambres étroites et longues, carénées au-dessus et incurvées sur les flancs, viennent prendre jour sur la cour par des ouvertures quadrilatères ouogi-

vales. Un couloir tortueux fait communiquer, ainsi qu*onlevoit sur le plan, la cour centrale avec Textérieur.

La paroi, d'un lehm argilo-calcaire, est encore toute sillonnée des coups de pioche inégaux du terrassier indigène. Ni bois, ni fer, partout la terre jaunâtre ou rougeâtre, sèche et dure, où apparaissent de ci, de là, quelques rares coquilles d*Helix.

S'il fallait un anneau pour accrocher une lampe, une borne où Ton put fixer l'entrave d'un cheval, on les ménageait en relief, au point le plus convenable de la chambre ou de Técurie. Des niches remplaçaient les armoires et des banquettes réservées le long des parois latérales servaient de lits et de chaises. J'ai vécu plusieurs jours dans une de ces salles fraîches et pittoresques.

M. le D' Berlholon, dont j'ai déjà cité plus haut les travaux sur la Khroumirie, a montré dans un mémoire spécial, imprimé dans l'Anthropologie de 1897, que les habitants de Gerba ou Djerba sont de faible taille (l'n62à 1™65) et qu'ils ont la tête globuleuse avec un indice céphalique de 81 à 86. Le front découvert est bombé, les bosses pariétales sont saillantes, tandis que l'occiput est particulièrement aplati. La face est large et raccourcie, le nez séparé du front par une dépression relativement profonde; est court et un peu concave. Les lèvres sont moyennes, la bouche est plutôt large ; les dents sont généralement saines, le menton est arrondi.

L'ossature de ces Djerabi est massive ; le thorax est court et large, avec une circonférence qui dépasse 82.

Ce type (type brun brachycéphale ou de Djerbah, n® 1 de M. Collignon) que l'on retrouve aux Iles Kerkenna et sur quelques points de la côte, pénètre dans l'intérieur du Sahel Tunisien et prend surtout de l'importance à Kalaa-Kebira, une petite ville des environs de Sousse. Plus à l'Ouest, il occupe le Mzab; Djerbi Mzab Kif-Kif, dit le populaire.

J'ai déjà indiqué le rôle joué par le Djerbi dans la formation des

(1) Bbrtholon, Exploration anthropologlqiie deTtU de Gerba (Tunisie). L'Àn- IhropologU, VIII, p. 318-422 et 552-583, i897<

Matmatia de la montagne, où il se combiné avec un second type, celui du Djeradi qui correspond au Gétule, et se fait remarquer au contraire par sa haute taille (lm67 à 1™69), sa couleur foncée, voisine de celle du mulâtre, son crâne relativement étroit el allongé (ind. céph. 73) et sa face haute, son nez retroussé, ses lèvres fortes, sa grande bouche et enfin son menton fuyant. M. CoUignon a décrit ce type spécial sous les noms de type brun dolichocéphale

mésorhinien, leptoprosope ou type du Djerid (n^ 3). « Dans son ensemble, dit M. Collignon, et vu de face, Taspect de la figure est tout particulier, ses côtés, d'abord parallèles, s'élargissent au niveau des arcades zygomatiques, puis dans le bas de la face donnent naissance à deux plans, l'un postérieur grossièrement rectangulaire, partant des zygonias pour aboutir aux angles de la mâchoire, l'autre antérieur qui commence aux pommettes pour finir au menton, en donnant au bas delà figure l'aspect ^**;^.•K^„^****'■"'!**!'Tv^T^^"°' ^'^^ triangle superposé à un

(cliché Hamy et de la Croix). ® r f

rectangle et séparés l'un de l'autre par des joues creuses. » Cette conformation, absolument à part, continue notre judicieux observateur, est un des meilleurs caractères distinctifs de la race et permet presque à coup sûr, lorsqu'on la retrouve en dehors des oasis, d'affirmer le métissage. « Je suis arrivé à cette conclusion, dit toujours M. Collignon, parce que s'il se retrouve çà et là, dans l'intérieur du pays, c'est toujours à l'état pour ainsi dire sporadique et que les individus qui le présentent oifrent toujours un certain nombre des autres caractères de la race des oasis, le menton fuyant, le nez retroussé, la forte glabelle et enfin parce que jamais je ne l'ai retrouvé en masse qu'au Djerid » (1).

(1) Bbrtholon, Exploration anthropologique de l'Ile de Gerba (Tunisie). LAnthropologie, p. 3\0-3\\.

Je viens de dire que j'avais rencontré les deux types juxtaposés ou fusionnés dans les deux Kiialifas des Matmatia que j'ai spécialement étudiés. Le Djerabi m*a paru dominer à Hadèje, le Djeridi remportait au contraire, à Matmata-Bled Kabira, notamment chez les fils du Khalifa Ali. C'est un Djerabi remarquable par la rondeur de sa face que Ton voit sur la figure 100, assis à la porte de la maison des étrangers d'Hadëje.

On trouve en outre, dans la montagne, de nombreux groupes d'origine Zénata» qui rappellent nos Kabyles.

Le contraste est tout à fait saisissant eotre les cavités creusées dans Talluvion ancienne qui servent de demeure aux Matmatia, dont je viens de parler, et les sombres redoutes élevées par les Zenalia sur les et m es rocailleuses où s'élagent leurs forteresses. Le Zenati édifie sa bourgade suivant les règles architecturales des anciennes cités berbères, dont les ruines accompagnent les mégalithes de TEnfida. C'est un vrai camp retranché, formé de murailles en pierres sèches, aux rares ouvertures, dominées en arrière par d'autres

.,, ,,,, . FIg. 100. — Djerabi d'Uadèje

murailles parallèles et ren- ^^y^^^,^ ^^^y et de la croix).

forcées de tours en demicercle qui couvrent l'entrée des ruelles.

Ces traits de persévérant archaïsme sont en rapport avec l'isolement dans lequel les circonstances historiques ont placé ce peuple montagnard.

Lors de la grande invasion hillalienne, qui n'a pris fin qu*au commencement du XIIl' siècle, les Zenatia vaincus par les Hillal, les Soleim, etc., cherchèrent un refuge sur les cimes les plus escarpées du Djebel-Demmer où ils fondèrent les forteresses que nous retrouvons aujourd'hui. Mais il n'y avait pas place pour tous les

vaincus sur le Djebel-Demmer et une partie des fugitifs dut pousser bien loin dans Touest jusque vers TAtlantique.

Ce sont ces derniers qui, après avoir vécu pendant deux siècles, sous la protection des Mérinides, ont repris le chemin de leur ancienne résidence lorsque, vers 1530, une dynastie de Chérifs sortie du Sud marocain vint à s*emparer du pouvoir. Ces émigrés furent accueillis avec faveur, dans leur pays d*origine : considérés comme chérifs ils reçurent même des territoires qu*ils tiennent aujourd'hui, à titre de fiefs, des propriétaires du sol. Ils ont gardé de leurs déplacements des habitudes de nomadisation partielle qui les entraînent à descendre, à certaines saisons, vers les plaines où les Arabes Beni-Zid les maintiennent dans de certaines limites.

A l'époque où j'ai visité le Djebel-Demmer, une partie de la population avait quitté la montagne avec ses troupeaux, pour aller recueillir une maigre récolte sur les pentes des Oued, où grâce à d'énormes travaux de barrage, ces laborieux cultivateurs réussissent à créer de petits champs de céréales, à l'ombre de quelques arbres, Oliviers ou Dattiers.

Ce nomadisme partiel, qui les conduit ainsi sur des terrains de culture quelquefois éloignés, est très honoré chez les Zenatia. C'est un genre de vie qui n'est pas accessible à tout le monde, il a pour résultat de rapprocher le Berbère de TArabe et ce rapprochement a pour l'indigène quelque chose de flatteur.

L'Arabe n'a cependant point, à beaucoup près, en Tunisie, la situation prédominante qu'il s'était acquise en Algérie avant notre conquête. Les Arabes de race sont infiniment moins nombreux

I dans la Régence que dans nos trois départements: on n'en compte

guère plus de 60.000 sur 15.000.000 habitants. Ils descendent traditionnellement des tribus venues en Berbérie au moment de l'in-

f vasiou hillalienne du XI* siècle.

■ Le passage une fois forcé après la victoire de Haîderan, les tri-

! bus arabes défilèrent les unes après les autres, à travers l'Araad

\ largement ouvert aux vainqueurs.

Quelques-uns de ces groupes s'établirent dans la région déserli que qui s'étend au nord de Gafsa vers Kairouan à Test et Tebessa ù l'ouest, pénétrant au nord-est jusque vers le fond du golfe de Hararaamet, où la grande tribu des Ouled-Saïd représente aujour* d'hui la race, sensiblement altérée d'ailleurs, par des croisements complexes. Les Ouled-ZIass ont gardé la prépondérance dans le centre tunisien, où Ton rencontre aussi des Ouled-Yacoub, des Ouled Hammami, etc., etc.

Ces divers Arabes n'ont guère conservé la pureté de leur sang que dans quelques familles aristocratiques, au nombre desquelles je place celle des Ouled el-Minouaoui qui m'a fourni, en la personne de Othman ben Zaroug, un bon modèle ethnique. Ce personnage, qui m'est fort connu, propriétaire d'un important domaine dans le Sahel de Sousse, est un véritable Arabe relativement intelligent et instruit. D'un type fin et sec, sans être maigre, Othman, de taille élancée, se montre sous-dolichocéphale à 76,6, leploprosope et présente à un haut degré la morphologie cépbalique pittoresquement décrite par M. CoUignon sous le nom de crâne en point if interrogation. Son profil, incliné en haut et en arrière, se continue par une courbe régulière qui revient en avant et en bas, en dessinant en effet, assez exactement, la forme du point inte^rogatif. « Cette particularité, dit M, CoUignon, est caractéristique et rien ne peut !a rendre mieux que ma comparaison. )) En somme, alors que chez tous les Berbères, la région sincipitale est plate ou bombée régulièrement et plutôt un peu basse, chez TArabe elle est haute et décrit une courbe brusque qui se termine à peu près à la hauteur des yeux et descend obliquement se raccorder à la ligne du cou. « Je le répète, continue notre auteur, c'est à mon sens un des traits absolument spéciaux aux Arabes et qui les différencie à première vue des Berbères. »

« En avant, la glabelle et les arcades sourcilières sont fort peu sail lantes, l'échancrure du nez est faible et plutôt indiquée parla brusque saillie des os du nez que par un véritable renfoncement. I^e nez est également caractéristique ; il est très long, aquilln vrai, c'est-àdire fortement projeté eu avant dans son tiers supérieur, peu oblique en bas et en avant, sa pointese recourbe comme un bec )). Les lèvres sont fines, le menton en est séparé par une rainure bien tranchée, et sa pointe arrondie est gapnie d'une barbiche épaisse.

« De face, ]a figure longue sans être étroite, présente un bel ovale régulier, à peine troublé par une légère saillie des arcades zygomatiques ; les bosses frontales sont hautes et écartées, les sourcils beaux, bien dessinés et souvent arqués, les yeux grands et largement ouverts », le nez est long et un peu pince, ses narines sont minces et admirablement dessinées. « La bouche est petite, les dents fines et blanches sont très régulièrement plantées ; les oreilles enfin sont délicates et bien ourlées. L'Arabe a le teint blanc, se bronzant rapidement au soleil, ses cheveux et sa barbe sont d*un noir de jais brillant, tout à fait exceptionnel chez les Berbères ; les yeux sont foncés et comme veloutés (1).

A côté des Arabes vrais, qui forment une sorte d'aristocratie, il en est d'autres que M. Collignon désigne sous le nom de variété assyrdidej et de variété mongoloïde parce qu'il trouve aux uns des apparences qui les rapprochent des grands personnages de Ninive, et aux autres des réminiscences de race jaune. J*ai été d'autant moins étonné de ce dernier rapprochement x|ue j'ai eu l'occasion d'étudier des photographies fort curieuses prises chez des Nomades, à l'ouest d'Alexandrie, qui se faisaient remarquer par leurs yeux mongoiiques, leur nez court et aplati, et leurs pommettes relativement saillantes. Ce type assez rare appelle de nouvelles études.

Le Turc, qui a eu autrefois en Tunisie une réelle importance, a aujourd'hui presque complètement disparu. J'ai seulement rencontré quelques vrais Turcs à Dar-el-Bey d'une part, et de l'autre à Tunis.

Les nègres enfin ne sont pas rares, surtout dans le Sud. On peut voir à Gabès, notamment, où la traite n'a pas entièrement disparu, des échantillons de Touati, de Bornoui, de Soudaniens tout à fait caractéristiques.

A Aram, la population est entièrement négroïde. Puisatiers particulièrement habiles et courageux, deux de ces nègres aidés d'un Berbère, avaient creusé à Beni-Zelten pour 600 piastres (360 francs), un immense puits cylindrique à escalier intérieur, qui mesurait 10 mètres de profondeur et 7 de diamètre ! . . .

Je n'apprendrai rien à personne, en rappelant à la fin de ce court

(1) Ck>LLiG.NON, loco cUalo, p. 328.

exposé, que depuis rétablissement du protectorat français à Tunis un nombre d^Européeus qui n'est guère inférieur à 100.000, s*est établi dans la Régence. Ce n*est pas ici le lieu de traiter cette question de colonisation dont on ne maoquera pas de vous entretenir dans Tune ou l'autre des conférences qui vont suivre. J*ai seulement le devoir de faire observer que l'acclimatement des populations circum méditerranéennes est, dès à présent, tout à fait complet dans les meilleures parties de la Régeoce et que la population indigène, qui n*est vraiment dense que sur quelques points du littoral, laisse beaucoup de place à prendre aux arrivants.

Tout autorise donc à espérer que ces contrées fertiles, qui ont connu, à l'époque romaine, de si brillantes destinées, ne tarderont plus à retrouver une prospérité nouvelle, après une trop longue crise, sous Tadministration bienfaisante du protectorat de la France (1)

(i) Diamètres et indices crâniens de quelques Tunisiens typiques.

Hassin ben Amar

Dap el Bey

Mohamed bea Brahim

DJerid

Mohamed ben Mohamed

Kalaa Srira

Mohamed Aleya

Environs de Sousse

Mohamed el Bibi

I* Kerkenna

Otman ben ZarouRr

des Ouled Sald

Mohamed beoHadJ ben Akkas des Ouled Ayar

Mohamed ben Mohamed

Araad

Feradj ben Abdallah

Sousse

Page 1