‹ La Tunisie et l'œuvre du Protectorat françaisChapitre 14 sur 52 · GARÇONS FILLES · texte numérisé non relu

GARÇONS FILLES

Eliilil. piihlics El.ilil. pri\c's Elalil. publics Elahl. prives Tolaii\

Français 2.504

Italiens 3.019

Maltais 772

Musulmans. .. 3.289

Israélites 1 . 102

Divers 113

Totaux ... 10.799 2.159 6.682 2.119

Totaux GÉNÉRAUX 12.968 8.801 21.759

La population scolaire ne dépassaitguère 4.000 élèves il y a vingt ans. On se rendra compte, par les chiffres suivants, des augmentations successives, par période quinquennale :

(1) Les chiffres que nous donnons sont empruntés aux statistiques publiées dans la Monographie sur l'Enseignement public depuis l'établissement du Protectorat Français (iHSo-iOOtjJ.pav L. Macliuel, directeur général de l'Enseignement en Tunisie, inspecteur général de l'Université. On trouvera dans cet ouvrage un tableau très complet de tous les progrès réalisés depuis la création du Service de l'Instruction publique dans la Régence. .... .

FnDflis lUIiei!' Iiltais Musulmans l*raflile« Pi'ers Tolaoi Total gfDéril

(garçons. 199 367 307 732 1.328 38 2.971) ^ ^,^

'filles.... 188 428 497 6 551 13 1.683)

,-„U'arcoDS. 669 840 738 540 2.263 84 7.104 j

"^"j filles.... 601 811 687 39 1.414 58 3.640 S '''• ^^

icorci -^arçons. 1.292 1.253 780 3.568 2.201 113 9.207)

"^^i filles.... 1.0t)9 1.881 728 17 1.713 126 5.534)'-'^'

,nno( ?arçons. 1.766 1.856 759 2.615 3.786 117 10.889)

*^°°! filles.... 1.371 1.670 763 34 2.139 114 6.091 P^-^^^

,i garçons. 2.698 3.133 798 3.289 2.922 118 2.958)

*^i filles.... 2.423 2.788 774 66 2.611 139 8.801)" '

A peine si quelques écoles, tenues par des congréganistes, existaient en Tunisie quand fut créée la Direction de l'Enseignement en 1883. C'est à cette dernière que revient l'honneur de l'organisation actuelle. Pour bien marquer l'esprit dans lequel il entendait procéder aux réformes dont il avait la charge, le Gouvernement du Protectorat commença par créer une école normale de garçons qui devint, avec son annexe le Collège Alaoui, la pépinière des institutions scolaires de la Régence, a C'est un établissement scolaire d'un type particulier, qui ne fait double emploi ni avec le Collège Sadiki, collège exclusivement indigène, ni avec le Lycée, établissement plus particulièrement européen. Placé à cùté de la Direction de l'Enseignement public et pourainsi dire constamment sous les yeux et la tutelle immédiate du Directeur de l'Enseignement, il devait êti-e une sorte de champ d'essai des meilleures rnéthodes pédagogiques en vue du rapprochement et de la coéducation, si l'on peut s'exprimer ainsi, de la jeunesse indigène et de la jeunesse européenne. Il devait être aussi, comme l'indique son nom, une école normale, unepépinièredestinéeàassurerleiecrutementdes maîtres français et indigènes pour les écoles que l'Etat se |)roposait(le créer dans les pi-in(i[iales ville de la H(''gence. Il était indisjx'nsable de donni'r à ce [X'rsoniicl !<• s.ivou' cl rr\p(''i'i('iic(' ni'ccssaires poui" faiie prospérer ces écoles.» AussittH après, conunencèrent les créations d'écoles qui furent très nombreuses etilrc 188.") et 1890 cl (|iii se sont poursuivies depuis sans inlerruption.

A la place de l'ancien Collège Sainl-Cliarirs, i|ii(' le ciudinal La-

POPULATION DKP lOTARLISSEMKNTS SCOLAIRES FRANÇAIS

•fi 0 00

^10oo .

iÛOOÛ

vigerie avait institué en 1880, fut créé un Lycée en 1889. Dès les premiers jours, cet établissement compta 263 élèves; complètement réorganisé parle décret de 1893, il reçut Tannée suivante le nom de Carnot, le Président martyr. Les élèves y sont actuellement au nombre de 8i6 et suivent les mêmes programmes que dans la métropole.

(( Cette conformité dans les études et dans les méthodes est une nécessité rigoureuse, puisque chaque année beaucoup d'élèves quittent la Tunisie pour suivre leurs familles et continuer leurs études en France, tandis que d'autres arrivent à Tunis de n'importe quel lycée ou collège de France et d'Algérie. Toutefois, sur un certain nombre de points, il a fallu s'accommoder aux circonstances.

«C'est ainsi que Ton a dû porter de deux à quatre le nombre des langues vivantes enseignées au Lycée : à l'allemand et à l'anglais que l'on apprend généralement en France, il a fallu joindre l'enseignement de l'arabe et de l'italien.

(( C'est ainsi que l'on a organisé un enseignement commercial dont les programmes, conçus dans un esprit utilitaire, peuvent convenir également aux élèves qui se destinent à l'Ecole Coloniale d'Agriculture de Tunis.

t C'est ainsi encore que l'on a multiplié les promenades scientifiques: visites aux ateliers, aux usines, aux liuileiies, aux glacières; que l'on a dû organiser les interrogations de fin d'année, réservées en France aux candidats aux grandes écoles, étendues ici par une innovation fort appréciée à tous les candidats aux divers baccalauréats. )>

L'Ecole Jules-Ferry esta la fois une école normale d'iiislilutrices et un établissement où les jeunes filles peuvent l'aire des étudias secoiiflaircs. « File a aussi ses classes élémentaires conqirenanl les enfants qiu sont appelées à continuer leurs études après le certificat d'études [jrimaires et qui constituent rt''ellemcnt la pépinière d(^s classes secondaires. On ni;iiiitii'nl à tilic iViinin'.rc les classes |)i'iniaires pi-oprenjcnl dites, classes (jui pourront aussi fouiiiii- leur contingenta l'école secondaire et (]ui servii'onl d'application poulies Inlures inslituli'ices. » liisialN'e en IS9I dans des b;"ilimenls spt"'-

cialement construits pour cet usage, elle n'a cessé de prospérer et compte aujourd'hui environ 800 élèves.

Au Collège Sadiki, fondé en 1876 et entretenu par les Habous, sont admis chaque année au concours 150 jeunes musulmans qui reçoivent de maîtres français et indigènes un enseignement approprié à leurs besoins et qui revêt surtout un caractère pratique et professionnel.

(( C'est ainsi que les élèves sont exercés à faire dans leur laboratoire de chimie et leur cabinet de physique des expériences de toutes sortes, des manipulations, des analyses de terrains et de produits alimentaires, des distillations d'essences, etc. Quelques-uns s'exercent, et non sans succès, à la photographie. Les élèves font en outre, sous la conduite de leurs professeurs, des promenades géologiques et botaniques au cours desquelles ils ont réuni des collections de roches et les éléments d'un herbier. Ils font aussi des excursions dans lesquelles ils visitent lessites remarquables, les ruines célèbres, les exploitations agricoles, les installations industrielles des environs de Tunis ; ils rédigent ensuite la relation écrite de ces promenades ou excursions.

« On exerce également les élèves à l'arpentage et au levé des plans sur le terrain.

« La création du jardin de la Sadikia a permis, d'autre part, d'exercer un grand nombre d'élèves à toutes les opérations de jardinage: terrassements, nivellements, plantations, greffages, multiplications, bouturages, etc. La pratique vient compléter l'enseignement théorique qui est donné dans les cours de chimie et de botanique, et les élèves acquièrent ainsi, aussi bien pour l'agriculture en général que pour la culture des arbres, des fleurs et des plantes potagères, des connaissances sérieuses que beaucoup utiliseront plus tard.

(( Cet enseignement pratique, en vigueur depuis huit ans à peine, a déjà donné des résultats encourageants. En dehors des élèves sortis du Collège pour entrer dans les administrations, certains se sont tournés franchement du côté de l'agriculture, du commerce et de l'industrie. Deux élèves ont été admis, au concours de 1898, à l'Ecole Coloniale d'Agriculture de Tunis; d'autres sont entrés dans le commerce et ont ouvert des magasins de draps et de soieries ; un

autre vientd'installer une distillerie de parfums et d'essences, etc. y> Mais le gros effort de la Direction de l'Enseignement s'est naturellement porté du côté de l'enseignement élémentaire. C'est là surtout que son œuvre est intéressante à suivre, car une bonne méthode d'instruction est un des plus puissants moyens d'action dont dispose un peuple colonisateur pour déterminer la nature de ses rapports avec ses sujets indigènes ou avec les étrangers auxquels il olTre l'hospitalité sur un sol nouvellement conquis.

Dès le début de l'occupation française, on prit soin de donner aux indigènes toutes facilités pour apprendre à parler, à lire et à écrire notre langue. Plusieurs milliers d'enfants musulmanset Israélites vinrent aussitôt se ranger sous la direction de nos instituteurs, et l'enseignement du français ne cessait de se développer, quand un mouvement de réaction locale amena un brusque arrêt dans celte marche en avant. Les pouvoirs publics, mis en garde contre les dangers d'une pohlique visant à inslruire nos protégés de la même façon que nos piopres concitoyens, consentirent à la fermeture de plusieurs écoles fi'anco-arabes.

On est heureusement revenu depuis lors à une plus juste appréciation des faits, et l'on a compris qu'au lieu de supprimer l'enseignement de la langue fi-ançaise aux indigènes, il était préférable d'améliorer les méthodes existantes et d'aviser aux moyens de permettre aux jeunes musulmans de satisfaire les besoins nouveaux dérivant des idées nouvelles que nous avions fait éclore en leurs intelligences un peu frustes.

Il était ijidispensable, d'autre part, que les élèves français puissent appi'endie la langue des indigènes. Aussi a-t-on organisé à leur inlontioii (l;ins |ircsqu(' joutes les écoles deTnnisie descoursd'arabe (jui ont ('If- confli's à des instituteurs diplômés pour celte hinguc. « iJieii entendu, on ne Icui' enseigne (|ue raral)e parlé, le seul dont la connaissance soit indispcnsabk' dans leurs relations journalières avec les nnisulnians. Il csl à i-eniarfiner (jne la iilnparl des eiilhnts eMro[i(''('ns inallais, italiens, grecs parlei il 1 aiidii". Noiisaiiiions laisse'' nosc(jinj>atriot('s dans une situation inléiieuresi nous ne let n'avions pas fourni les moyens d'a('(jU(''rir aussi la coiniaissance de celte langue. »

De cette don blc nécessité naquit aussi le projet de doter la Régence d'un enseignement professionnel donnant aux Français et aux indigènes la possibilité de résoudre le difficile problème de l'apprentissage des métiers manuels en un pays qui a tant besoin d'ouvriers experts et diligents. Le Collège Alaoui fut d'abord exclusivement chargé de distribuer cet enseignement spécial; puis, fut créée à Tunis une (( Ecole professionnelle "o de dimensions restreintes, assez mal outillée et ne possédant qu'un personnel très réduit. Cet établissement a fait place à une institution répondant mieux aux exigences de l'industrie moderne, ft L'Ecole Emile-Loubet », dont la première pierre fut posée par le Président de la République en avril 1903, vient d'ouvrir ses portes à la rentrée d'octobre 1905 ; rien n'y est négligé pour assurer aux élèves un enseignement vraiment pratique et adapté à tous les besoins de la vie économique.

Plus tard, vraisemblablement, une transformation analogue s'opérera à Bizerte, Sousse et Sfax où déjà fonctionnent des écoles primaires supérieures de garçons et de filles pourvues de salles de dessins et d'ateliers de travaux manuels. Les diverses régions tunisiennes verront ainsi peu à peu se modifier la physionomie de quelques-unes de leurs écoles primaires, de telle sorte que tout en répondant aux nécessités d'un enseignement de caractère général, elles puissent donner aussi satisfaction aux exigences de l'agriculture et de l'industrie locales.

« Pour cela, il est indispensable que la Direction de V Agriculture collabore avec la Direction de l'Enseignement pour aider à mener à bonne fin l'œuvre entreprise. Il faudrait notamment qu'un spécialiste, un inspecteur de l'Agriculture, par exemple, ayant des idées pratiques, au courant des cultures du pays, s'intéressant aux indigènes, fut mis à la disposition du Directeur de l'Enseignement pour contrôler, diriger et orienter l'enseignement agricole donné dans nos établissements scolaires, pour créer des champs d'expériences, faire faire des plantations arbustives convenant à chaque région, etc. II conviendrait également d'encourager, par des récompenses spéciales, les maîtres qui auraient fait preuve de zèle et auraient obtenu de bons résultats, ainsi que les élèves qui auraient le mieux profité des leçons données. Il est hors de doute que cette

collaboration du Service compétent aurait les plus heureux etlets et permettrait de donner à l'enseignement scolaire agricole son organisation définitive. »

Dans son rapport au Président de la République sur la marche de l'enseignement à Madagascar de 1899 à 1903, le général Galliéni préconise la création d'écoles où sera réalisée « l'union de l'instruction générale et de l'instruction pratique, industrielle ou agricole.»'''

Et pour justifier cette formule il ajoute : a L'instruction purement

MAXl LA-11.\1)|,S : IKAVAIL Ai: JAIIHI.N

intellectuelle ne produit, le plus souvent, pour la masse des indigènes, que de funestes résultats. D'autre pari, l'instruction purement professionnelle est picsqnc loujoui's iiisulïisnnte, car, pi-ivé du secours des connaissances générales, celui (|iu la i-e(;oit s'arrête bientôt dans ses progrès et ne peut guère devenir (|ii"un médiocre artisan, enclin à la routine. Comme les écoles manuclU'S d'a|>priMitissage «le France, nos écoles l'i'gionales sont, à cliaquc aniK-e scolaire, de plus en plus des ateliers, mais sans cesser jamais d'èli-e

(I). Journal /a Ih'iiflchc Tu)usitnnf,\'j m)Ù\ W^f).

--vn^^S

Sa

■ isssr

gT--v;

sSSB9BIII^&

En

(les écoles. Le jeune homme qui les fréquente sait qu'il en sortira pourvu d'un métier, et c'est dans ce but qu'il y est entré. »

Dans le rapport au Président de la République sur la situation lie la Tunisie en 1904, on lit aussi qu'un programme d'enseignement professionnel et de travaux manuels est appliqué partout où les circonstances le permettent.

A Maxula-Radès, à Aïn-Draham on a créé des internats pi-imaires spécialement réservés aux filles et fils des petits colons français. Les enfants y reçoivent un enseignement élémentaire ; ils sont, en outre, tenus de cultiver et d'entretenir un vaste jardin où ils apprennent à étudier les diverses plantes de la région, les variétés de vignes susceptibles de donner un fort rendement et toutes les autres choses nécessaires à leur future existence de colon.

Au début de l'organisation de l'enseignement public en Tunisie il a fallu « se contenter, dans bien des localités, de bâtiments insuffisants, mal éclairés, mal aérés et peu propres à l'installation d'une école. Mais il était nécessaire de donner satisfaction aux demandes légitimes des populations, et souvent l'école a été ouverte dans des condilions matérielles assez défectueuses. Aujourd'hui, la situation s'est considérablement améliorée et les écoles mal installées sont devenues rares, heureusement. Le Gouvernement s'est imposé de lourds sacrifices pour construire un peu partout des bâtiments scolaires, et les principales villes de la Régence sont maintenant pourvues d'écoles qui n'ont rien à envier à celles de la métropole et qui répondent à toutes les règles les plus récentes de l'hygiène scolaire. La plupart de ces bâtiments scolaires ont été construits par la Direction des Travaux publics. »

Dans un certain nombre de localités, l'instituteur assure en même temps que le service de l'enseignement celui de la poste et du télégraphe. 11 est instituteur-receveur.

Il est intéressant de remarquer que les étrangers, Italiens ou Maltais, domiciliés dans la Régence recherchent de plus en plus notre enseignement. Malgré la concurrence des établissements scolaires entretenus par le Gouvernement de Rome, nos instituteurs voient grandir chaque jour leur clientèle de jeunes Siciliens. Ils sont parfois ol)ligés, faute de place, de refuser un grand nombre d'élèves

étrangers. Toutes les écoles franco-européennes ont leur contingent maximum, et la Direction de l'Enseignement public ne cesse d'être occupée à préparer de nouvelles constructions, à rechercher de nouveaux maîtres.

Hâtons -nous de reconnaître que la venue en Tunisie de M. le Résident Général S. Pichon a marqué le début d'une ère nouvelle en matière d'enseignement. Un effort financier considérable a été fait pour doter les centres de colonisation des écoles indispensables à leur développement en même temps que pour hâter la laïcisation des établissements congréganistes dépendant de la Direction de l'Enseignement. De 1.069.911 francs en 1902,1e budget de l'Instruction publique a passé à 1.510.250 francs en 1906, augmentant ainsi dans la proportion d'un tiers pendant ce court espace de temps. D'autre part, la législation scolaire de la Régence était mise en harmonie avec celle de la France par la publication des décrets du 7 août et du 3 décembre 1903 qui ferment aux congrégations enseignantes l'accès du territoire tunisien et réglementent les conditions d'ouverture des écoles privées. La réorganisation du Conseil de l'Instruction publique complète cet ensemble de dispositions. Le décret du 2 décembre donne, en effet, à ce corps « un mode de recrutement plus libéral et des attributions plus étendues. Il y a inti'oduit,àcôtéde fonctionnaires siégeanten vertu de 1 5urs fonctions, des membres du corps enseignant élus par leurs collègues ; il l'a chargé, non seulement de donner son avis sur les questions dont le saisit radniiiiistration, notamment sur les peines disciplinaires encourues par les membres de l'Enseignement public, mais encore de staliior .sans appel sur les peines disciplinaires encourues par les nuMiibres de rEnseigiiemcnt public et de prononcer sur les affaires contentieuses relatives à l'ouverture des écoles privées. Le règlcriK'iit de l.i (picslioii des congrégations a donc eu comme conséquence indirecte la piïxnulgation d'un acte (|ui peut être considéré comme la charte des membres du corps enseignant.»'''

Malgré les sacrifices consentis par le Gouvernement du Prolec-

H) Rapiiorl au l'iV-s'ulciit de la Rt''|iiiljli(iii.' sur la silii.iliMn di- |;i Tunisie imi l'.Mj:?,!). 10 et 11.

torat, il n'a pas encore été possible de donner satisfaction complète aux besoins sans cesse grandissants des agglomérations urbaines, et la Direction de l'Enseignement réclame, en ce moment même, trois millions de francs pour assurer la régularité des services et empêcher une partie des enfants étrangers d'échapper à notre action morale.

Un dixième de cette somme doit être consacré, d'après le projet voté par la Conférence Consultative, à l'édification d'une Bibliothèque plus digne de la Régence que l'humble local décoré de ce nom, et surtout mieux outillée pour les recherches scientifiques, car les maigres collections de documents se rapportant à l'Afrique du Nord mises actuellement à la disposition des cherclieurs sont tout à fait insuffisantes.

Colons et fonctionnaires ont, en effet, besoin d'un instrument de travail sérieux qui permette d'étudier, avec toute la précision scientifique désirable, l'histoire, la géographie, l'archéologie, l'agriculture, les questions de colonisation et d'économie politique intéressant l'Afrique du Nord.

Dans le même ordre d'idées, la Direction de l'Enseignement a déjà créé en 1894 une bibliothèque circulante « destinée à mettre à la disposition des instituteurs et des institutrices des ouvrages choisis pouvant leur fournir des lectures récréatives ou leur permettre de compléter leurs études littéraires, scientifiques ou pédagogiques. » Peu à peu les fonctionnaires des diverses administrations ont été admis à bénéficier des emprunts, en sorte que le séjour dans les postes les plus éloignés de l'Extrême Sud n'empêche pas nos compatriotes de se tenir au courant du mouvement des idées et de participer à la vie intellectuelle des pays de langue française.

Pareillement, les Bibliothèques populaires complètent l'œuvre de l'école, en retenant autour de leurs maîtres les anciens élèves et en contribuant à développer l'influence bienfaisante exercée sur leur entourage par les membres du corps enseignant. Les quatorze institutions de ce genre qui fonctionnent dans la Régence ont une clientèle nombreuse et d'origine très variée.

A Tunis seulement, les lecteurs qui fréquentent la Bibliothèque populaire appartiennent à 1.634 familles différentes, comprenant :

1.011 familles françaises (dont 103 militaires); 165 familles italiennes; 21 familles maltaises ; 277 familles Israélites ; 142 familles musulmanes; 18 familles diverses.

La clientèle des autres bibliothèques étant cà peu près composée de même façon, on voit quel excellent instrument de propagande pour les idées françaises constituent ces organismes et combien il serait utile de les doter partout de ressources suffisantes.

De la Direction de l'Enseignement dépend aussi le Service Météorologique, qui comprend actuellement cinquante-quatre stations. «Seize d'entre elles sont munies d'appareils contrôlés, à lecture directe, permettant de relever la température, l'humidité relative, révaporation,la pluie, la pression barométrique; elles possèdent également une girouette banderolle pour l'observation du vent. » Tous les documents recueillis sont centralisés et publiés en une série de notices qui rendent les plus précieux services aux colons. La connaissance du climat, du régime des pluies et des vents est essentielle dans un pays où tant de régions sollicitent, à des titres divers, l'attention des émigrants et où, faute de renseignements précis sur le degré d'humidité du sol, sur les variations barométriques et thermoMiélriques, les nouveaux venus sont exposés à des échecs lamentables.

Parallèlement aux institutions officielles fonctionnent aussi un certain nombre d'associations privées qui ont pour but principal l'étude des questions d'enseignement ou d'éducation. La plus ancienne en date est VAlliance Française, dont le Comité régional tunisien, fond»'* en 188i, a largement contribué, par l'organisation de conférences et de cours d'adultes, par la création de cantines scolaires et de bibliothèques populaires, à la propagation de la langue française en Tunisie.

Dr date pins ii-ccnlc, 1(,'S sections de la Ligue Française de \'\\\\soigtKMnent se consaci-ent entièrement à la dilhisidn des nn'lhodes ilT-ducation populaire au moyen de r(''cole laïque. LiroilenienI unis aux Orcics de lu mélrop()le,les('.oniilésde la i^i'gence ionclii muant

à Tunis, Béja, Bizerte,Gabès, Kairouan, Mateiir, Sfax, Sousse, Ferryville, Mahdia el Le Kef forment une Fédération qui compte déjà plus de mille adhérents dévoués au principe de l'instruction laïque et partisans résolus de l'application en Tunisie des lois récemment' promulguées en France en matière de scolarité.

La Mission laïque française complète en quelque sorte la Ligue de l'Enseignement, car son but est l'organisation du recrutement des instituteurs laïques pour les colonies lointaines et surtout pour l'étranger.

Page 1