CHAPITRE IX
Les Communications postales
et
L'Organisation de la Défense militaire
L'Office Postal : ses origines, son importance. — Progression du nombre des bureaux. — La lettre exprès. — Mouvement des correspondances. — Les services de banque. — Constant accroissement des communications télégraphiques et téléphoniques. — Résultats obtenus par l'Office. — La Division d'occupation. — Bizerte et sa flotte. — L'armée beylicale.
Dans le programme de mise en valeur de la Régence, la part réservée à TAdministration des Postes est parliculièrement importante. En assurant l'envoi régulier de colis et de dépêches d'un bout à l'autre du territoire tunisien, en couvrant la campagne d'un réseau de (ils télégraphiques et téléphoniques qui va toujours se resserrant, l'Office Postal parachève l'œuvre de la Direction de l'Agriculture et de l'Administration des Travaux publics. Approprier fortement le sol, creuser des ports, ouvrir des routes et des chemins de fer, tout cela serait, en effet, insufn.sant,si les plus petites agglomérations n'étaient assurées de recevoir chaque jour la visite du modeste facteur des Postes, si le télégramme ne courait sur les ailes de l'électricité jusqu'auxconfms du désert, si la rapidité des paquebots et la solidité d'un câble ténu, mais résistant, n'assuraient la permanence des communications avec la métropole.
La France avait si bien compris cela qu'avant même de s'installer déiinitivement en Tunisie elle y entretenait une mission chargée de l'installation des services postaux et télégraphiques.
Dès 1847 elle avait organisé en Tunisie, à la demande du Bey, un service de télégraphie aérienne. A la même époque, des paquebots faisaient deux fois par mois entre Bône et La Goulette des voyages
- 1 ic. -
réguliers, tandis qu'une distribution des l^ostes était créée au Consulat de France à Tunis. -M
Puis, en 1859, un accord intervint entre les Gouvernements français et tunisien pour la construction d'un réseau de télégraphie électrique. Le service postal se développa parallèlement par l'ouverture de nouvelles distributions et la création d'un service de pa- (piebols assurant les communications entre les principales escales du littoral tunisien.
Celte organisation, ayant fait ses preuves, subsista sans changement appréciable jusqu'en 1888, date à laquelle, par convention avec le Gouvernement de la République, fut créée une administration autonome sous la dénomination d'Office Postal Tunisien. '"La
(') L'Italie n'en persista pas moins à maintenii' ses trois oftices postaux de Tunis, LaGoulette et Sousse, créés par la Sardaigne antérieurement aux événements de 1881. Désirant éviter toutes complications, la France réserva pour uneoccasioo plus favorable cette question de l'unification des services postaux dans un pays dont elle avait pris la liaute direction et où elle ne pouvait évidemment admettre pendant longtemps le partage d'un droit quelconque de souveraineté avec une puissance étrangère. Elle parvint à faire insérer dans les conventions du 28 septembre 189G une clause concernant la fermeture des bureaux de postes italiens. Une indemnité fut accordée aux divers fonctionnaires entretenus par l'Italie dans ses services postaux.
Le nombre de lettres, cartes jtostales, plis divers, journaux et brochures, échantillons, expédiés ou reçus du 1"' juillet ISUl au 30 juillet 18U2 par les bur<'aux italiens n'avait pas dépassé 117.184. Les valeurs émises on Tunisie, payées en Italie, atteignaient le chilFre de 300.718 francs, tandis que les valeurs émises en Italie et payées en Tunisie se montaient seulement à J8.!i00 francs. Deux ans plus tard, on constate une diminution sensible dans le mouvement d'affaires des bureaux de postes italiens. Le phénomène a pour cause la tendance de plus en plus marquée des étrangers de toutes nationalités. Italiens compris, à conlier leurs lettres à l'Office Postal Tunisien.
Le mouvement d'émission des valeurs à destination de rilalie a pris une in;- [lortance considéral)h'(le]tuis (jue l'Ollice Postal Tunisien a unifié tous les services. Kn l'.Kjl, le montant dt;s mandats-poste établis en Tunisie et payables dans les bureaux de la*' péninsule n'a pas été moindre de 1.. 383. 1(11 francs; en IIKV), nouvelle augmentation qui porte le cliifire de ces valeurs A l.r)l().K)3 lianes; l'Italie n'a envoyé en Tunisie, en I'.>01,que 33U.873 francs, et en PJOo, 311.8('8 francs, [Voir à ce sujet n(»tre ouvra:.'c sur /.<• I'iiii>lrini'iil iluluni vu Tmiisii' ,t^ en Aljrrir. Armand Colin, 1ÎJU5.
NdMIîKi: liliS I!l RICA IX DliS l'OSTIiS ET TELICGUATHES AI' ;>[ DKCKMDKIC VJO'i
?1fl
tu.
ZIU
fOQ
I6li
ISO
lipO
li?
'(ifi
ii<"
tr
El
ÏL-,
IT
fifl
Ti
"ÉJ^-
/SÇ
Obâ
ir
ii'
se
lit
ûi
■ai
UJ
Ji
Créaium d£lO|fici
89 90 91 92 33 9ffi 35 96 9j? 98 99 t980 01 02 03 Oh 05
Métropole s'engageait à mettre à la disposition du Gouvernement local les fonctionnaires qui lui seraient nécessaires. Le Directeur du nouvel Office recrutait sur place les agents d'exécution.
Les règlements et les tarifs français devaient être appliqués dans les relations franco -tunisiennes. La Caisse d'Epargne tunisienne était acceptée comme succursale de la Caisse Nationale d'Epargne de France.
TIMS : LA SOUril'. dis IWCTIîL'RS
L'organisation dei'OHice i'ostal s'explique par !•■ i«.l.' iinpoihiiil qui iiicomlic à cette aduiiiiisliMlioiicn temps de i>;n\ dinis la liaiismission des coiTespondaiiccs d'ordiv p(irili'iii<\ ;iiliiiiiiisti';ilil cl militaire, et par le concoui-s ('ircclir >|ii'rll.> ;iiii';ii( ;'i pivlcrà rmiiK'C et ;t la mai-ine en cas d'iidsliiili's.
La (Jucction ifMih'nU' des services est ((.iifK'i' l'ijnT Inspeclnir {.jénéral des l'osles françaises (jui est investi |i;u' !e l'.ey des I.mhlioiis de Ihieelciir de !'( Illice 'rniiisieii.
— 1 lî) —
L'iidiniiiislration cciitialc comprend trois grands services : La division centrale, phcée auprès du Directeur de l'Office, sous les ordres d'un Inspecteur; elle a dans ses attributions les services du personnel, du bud^jet, de l'ordonnancement des dépenses et du contentieux.
La âivecUon de l'exploUalion veille à l'exécution du service courant. Elle s'occupe de tout ce qui concerne les opérations et la comptabilité des bureaux, les caisses des receveui's, les échanges et les comptes avec les offices étrangers, la distribution des correspondances, l'organisation et la marche des courriers. Elle met en œuvre les moyens d'action qui lui sont fournis par les services du budget, du personnel et de l'outillage. A la tête de cet important organisme est placé un Directeur départemental au litre français, qui a, d'autre p;ut, le titre de sous-directeur de l'Office et supplée le Directeui" général en cas d'absence ou d'empêchement.
Le service tecJunque, dowi le chef est un Ingénieur, s'occupe de la construction et de l'entretien du lésoau électri(]ue, ainsi que des installations électriques et du mobilier des ])ureaux,des commandes, marchés et adjudications de matériel, de l'entretien des locaux, des l)aux et locations d'immeubles, et, d'une façon générale, de lout ce qui est relatif au matériel et à l'outillage.
La Direction de l'Office Tunisien s'est efforcée de constituer un service approprié aux nécessités spéciales d'un pays neuf, où les agglomérations importantes sont rares, où les centres de colonisation sont souvent très éloignés des villes. Désireuse d'étendre le plus loin possible son action bienfaisante, mais liée par les nécessités budgétaires qui l'empêchaient de créer des recettes dans des localités dont la faible importance ne justifiait pas les dépenses d'agents spéciaux, elle a su tirer parti de ressources particulières à l'état du pays. C'est ainsi que dans un grand nombre de centres en formation et de villages où le trafic postal n'aurait pas suffi à rémunérer un receveurde l'Office et où, d'autre part, le petit nombre d'enfants à instruire n'aurait pas justifié la nomination d'un instituteur, des recettes-écoles contiées à un membre de l'Enseignement ont été créées, de façon à donner, sans frais exagérés, satisfaction à un double besoin social.
MOLVL-MENT HKS COKRESPONOANCKS rot^TALUS DE 1888 A 1005
i«u i^ ^a Qi ^: ^s 9« ^i iji 07 as oa 't^oo o< o: o) of oi
liuléptMidainiiKMil de son li'aitenuMit (l'iiisliLuleiif, le Utulaii'o criuie recellc-i'-culc reroil do rOHice Postul une allocaliuu lixe à laquelle viennent s'ajouter des ren:iises dont l'importance est proportionnelle au chiiï're des opérations qu'il etrectue.
Lorsque cette combinaison a été impossible, l'Office Postal a fait appel tantôt à des fonctionnaires de l'Administration des Finances, douaniers, agents des Conti'ibutions diverses, tantôt à des militaires.
TCNIP : RECETTE DLS CoLIS POSTAUX ^GL'ICHET DU DIÎPARt)
tantôt à des agents des Travaux publics, même à des particuliers.
Quand l'un de ces établissements provisoires a acquis une importance de nature à justilier sa ti-ansformation en recette ordinaice, l'Office Postal prépose à sa gestion un de ses agents et assume la charge entière du nouveau bureau.
Dans certaines localités ont été créés des établissements de facteurs-receveurs qui eiïectuent les opérations postales et télégraphiques les plus fréquentes, Les sous-agents qui gèrent ces éta-
blissemeiits participent en ontre à la surveillance et à l'entretien des conducteurs électriques. Cette institution, qni date de 1903, a donné déjà d'excellents résnltals.
Enfin, dans les localités purement indigènes ou de minime importance, fonctionnent des distributions chargées uniquement de l'expédition et de la remise sur place des correspondances. Elles sont desservies, hors du réseau ferré, par des courriers en voiture ou à cheval. Leur gérance est confiée à des chefs indigènes, à des fonctionnaires ou à des particuliers français.
Par un arrêté en date du 7 juin 190i, le Directeur de l'Office a créé un nouveau type de bureau qui a reçu le nom d'agence postale. Les agences sont installées généralement dans les gares ou dans
les exploitations particulières importantes. Elles participent à l'échange des lettres chargées, des mandats et des colis postaux et peuvent être rattachées au réseau télégraphique ou téléphonique, dette innovation a été très appréciée et les « agences postales», peu onéreuses pour l'Etat, se multiplient rapidement dans les régions récemment ouvertes à la colonisation.
he louables elVurls ont été faits, depuis cinq ans, poiu" organiser l;i distribution des correspondances et des colis poslaux à domicile. Elle- fonctionne aujourd'hui dans toutes les aggloméi'ations pourvues d'une recette ou d'un poste de facteur-receveur. Au deiiors,elle est assurée, dans la plupart des l'égions colonisées et souvent à une distance considérable du bureau dallache, soit par des facteurs montés, qui transportent les objets de toute nature, soit par des cavaliei's indigènes porteurs de sacoclies intlividuelles fermées.Les colons desservis possèdent une double clef de la sacoche dans laquelle ils insèrent Icni' correspondance tle départ, après y avoir puisé le coiu-i-ier atteinlu.
Au 31 décembre 1907), le sei'vicc postal était assuré par iOC» recettes, 227 disli'ibutions postales et 10 établissements de facteur.sr<'cev<'iu's. La disliilinlinn ;'i d(»niicil(' rsl oi-ginii <('>(> dans la circons- «•riplion de I(i| bnr.'anx. b,n l.S,S.S, il n'rxislaii (|nr ^J'.l iTccItrs et 8 distiibulidus.
Un di''cr-cl n''C('nl du 17 juillcl 1 '.*<>."» a adaplc' d inic nianièic pins (•<)iii|ilrlr encore Idnlillage |ioslal aux besoins dn |iidtlic. Il n'cxis-
tait jusqu'ù cette date à riiit(''rieur(riine même ville aucun procédé pratique et peu onéreux à la fois de faire parvenir rapidement les correspondances urgentes.
La et lettre expi'ès )),qui a fait l'objet du décret du 17 juillet 1905, a comblé fort heureusement cette lacune. La lettre exprès, dont le prix a été Ilxé à 30 centimes, est analogue au a petit bleu » bien connu des Parisiens; e^lle s'en distingue toutefois en ce qu'elle
EXTRÈME-SUD TLMSIEN : BUREAU UE PuSTE DE F0UM-TAT.\H0U1NE
circule en dehors des agglomérations urbaines et qu'elle peut être dirigée de toute localité sur un point quelconque de la Régence.
La population tunisienne a fait à la lettre exprès l'accueil que méritait cette ingénieuse innovation.
Pour le transport des correspondances, la Direction (}e l'Oflice Postal, tout en usant des ordinaires moyens de locomotion : voie ferrée, tramways, courriers en voitures ou cavaliers, emploie entre Sousse et Sfax, sur une dislauce de 130 kilomètres, des voitures
— loi -
NOMniiK UE COLIS POSTAUX