‹ La Tunisie et l'œuvre du Protectorat françaisChapitre 37 sur 52 · LES ALIGNKMENTS D OLIVIERS A SFAX · texte numérisé non relu

LES ALIGNKMENTS D OLIVIERS A SFAX

Mais c'est autour de Sfax que la culture est incontestablement la plus perfectionnée. Des hauteurs de Bokkat-el-l]eïda, aussi loin que s'étend la vue, on aperçoit des files d'arbres admirablement alignées, séparées les unes des auti-es par un terrain soigneusement labouré et débarrassé de toutes plantes parasites. On estime que, depuis douze ans, près d'un million d'oliviers sont venus s'ajouter à la forêt ancienne par les soins de la colonisation européenne.

Les Français, notamment, ont lait de grandes acquisitions de terres sialines et, soit en employant des métayers indigènes, connus sous le nom de ?7^'/•/^arçi, soit en confiant à un gérant la direction de leurs domaines, ils ont développé l'oléiculture au point que la zone complantée s'étend aujourd'hui à plus de 50 kilomètres de la ville.

M. Bourde a dit justement que «. sans aucun enseignement du dehors, par le seul effet de ses observations, l'intelligente et laborieuse population de Sfax est arrivée à porter la culture de l'olivier à un degré de perfection tel que la science agricole européenne n'a rien à corriger ni rien à ajouter à ses procédés ».

Enetfet,12 ou 20 arbres à l'hectare donnent au Sfa.xien un levenu plus grand que 50 dans le Saliel ou 100 à 120 dans le nord. S'il n'entre pas dans le cadre de cette étude de passer en revue tous les soins dont un olivier peut être l'objet dans la région de Sfax, il est bon de dire que Tingéniosité des habitants n'a rien négligé pour placer l'arbre dans les meilleures conditions d'air, de lumière, d'humidité et de chaleur, et obtenir ainsi le maximum de rendement.

Plus au sud, la forêt d'oliviers n'est plus continue, mais on remarque encore d'importants massifs de plants à Djerba, dans le gouvernement (h' l'Arad, dans les oasis du Djerid et même en quelfjues points du centre, autour de Kairouan par exemple. Il n'est pas jusqu'au Kef et à Maclar où cet arbre si utile n'apparaisse connne une appréciable ressource pour les habitants.

Les deux à trois cent niill(3 heclolitres d'huile amnielleincnl produits par la Tunisie doivent donc être considérés comme un minimum susccptilijo d'être (■onsid(M'al)loinonl augmenté dans un avenir j)irj(haiii.

La (|n;ilil<'' des huiles d'olive liiiiisieiiiie s"estaiii(''li(»ré(M''^al(Mii(Md be.iiicoiip p;ii' remploi des procédés pciTcclidimt'S en iisa^e d;iiis les grandes iisinesdu littoral. A Sfax, comme à Sousseet à ]\l;didia, on est pai'vemi à se d(''l)arrasserdes margarines en (^\cès(pii (")laien( aux huiles leur linq)idilé et les rendaient |i;iii()is inipiopres à lindnslrie des conserves.

L;i Tunisie pent désoi'uiais l'oiirnii' un coiiuneice d'i'xporlalinn un liqiiiile ca|iable de rivalis<'r en bonli' avec, les meilleures huiles lie Nier;.

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Ditiis rextrèmo Sud, rarhro par oxcellencc est le (laitier. Recouvrant de ses hautes palmes llexibles un triple étage de végétation, qu'il protège des brûlantes ardeurs du soleil, il fournit en même temps aux habitants des oasis les matériaux nécessaii-es à consolider leurs habitations, les fibres dont ils se servent pour leurs travaux de sparterie, les fruits qui aident à la nourriture de leurs familles, l^es plus belles espèces de dattes, notamment la variété (( deglat-en-nour )),sont réservées pour l'exportation. Elles proviennent surtout du Djerid. Sur quinze cent mille palmiers que l'on a recensés en Tunisie, il y en a moins de trente mille donnant les fruits transparents si recherchés en Europe, mais le nombre de ces derniers s'accroît assez rapidement, en raison même de l'extension prise par le commerce des dattes depuis l'ouverture du chemin de fer de Sfax-Gafsa et l'annonce de son prolongement jusqu'à Tozeur.

La plupart des arl)res fruitiers du midi et du centre de l'Europe prospèrent aussi dans la Régence. Le figuier y donne des fruits particulièrement réputés; il en est de même de l'amandier. Dans tout le bassin méditerranéen, les pistachiers de Sfax sont célèbres. A Hammamet et à Nabeul, il y a profusion de citronniers et d'orangers.

La culture des lleurs à parfimn est aussi en voie d'extension, et l'on peut signaler la création en Tunisie de fabriques dirigées par des Européens qui obtiennent, par distillation des plantes, diverses essences de qualité très supérieure aux eaux de ro^e et de //enr-s d'oranger apportées sur le marché par les indigènes.

Enfin, un Syndicat d'initiative des Primeuristes, institué sur le modèle de celui qui fonctionne avec tant de succès à Oran,est en train de révolutionner les cultures maraîchères et fruitières. L'émulation des pi'oducteurs, surexcitée par la certitude aujourd'hui acquise .de pouvoir écouler leur récolte à l'étranger, en Suisse particulièrement, ainsi que dans toute l'Europe centrale et septentrionale, a pour effet de les pousser à la recherche des espèces nouvelles, tout en améliorant par une technique plus sgvante la qualité des fruits et légumes qu'ils savent déjà convenir au sol et au climat.

Diverses cultures sarclées, comme celles des fèves, des pommes

de terre, <lu lin, etc., plus rarement celle du tabac, sollicitent également dans certains cas l'activité du colon. ">

Avec les céréales, la vigne et l'olivier, l'élevage constitue une source de prolits importants pour la population tunisienne. Les Iburrages naturels sont, en el'fet, abondants dans presque tous les pays du nord, (k où le sol se recouvre, en hiver, d'une végétation spontanée qui permet d'engraisser uu nombreux bétail et peut, conservée par l'ensilage, fournir en été une nourriture fraîche aux animaux. «'-'Dans la région du Haut-Tell et dans les steppes du centre on entretient aussi des troupeaux considérables de moutons et de chèvres. Malheureusement, les procédés d'élevage sont encore très défectueux : manque d'abris, absence de soins vétérinaires, mauvaise méthode de croisement et de sélection, nul approvisionnement de fourrage en prévision de la saison sèche. Il en résulte une elîrayante mortalité lorsque la chaleur ou le froid sont excessifs, et de brusques diminutions des eireclifs d'animaux sur toute l'étendue de la Régence.

On a vu, en moins tle six années (1895-1901), le nombre des moutons tomber de 1.200.000 à 600.000 environ, puis remonter bientôt vers le chilîre primitif, pour atteindre 1.100.000 en 1904. Pareille lluctuation a été observée pour les chèvres et pour le gros bétail. On évalue à près de 600.0001e nombre de chèvres, à environ 150.000 celui de chameaux, mais il y a moins de 200. 0(X^ bovins, et on ne compte guère que 35.000 chevaux, 16.000 nuilets et 200.000 ânes. Les porcs ne dépassent pas 16.000.

Le troupeau tunisien n'est donc pas considérable. Aussi le Gouvernement s"cst-il préoccupé de prendre une série do mesures h^ndaid à favoriser les élexciirs. Il les ciicoiii'agc |)ar des primes et des récompenses diverses à anu-lioi-er les l'aces exislaiiles et à iii- Irodiiire «les ty|)es nouveaux, (l'est ainsi ipTaiix montons à grosse ijneue s'est snbslitué en certaines régions le mouton à (jucue line dont la viande est plus recliei'chée et la laine plus d(''lic;ile. i*areilli'iiiciil. 1,1 si'lecl ion cl |(' ci'oisenienl ont donne' île bons i(''sultats d;nis IVdevage du dievid b;nb(;.

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Les indigènes ont été, de la sorte, encouragés à augmenter le nombre des animaux. De leur côté, les colons, « dont l'installation a tout d'al)0i'd constitué, en général, un obstacle pour le développement des troupeaux appartenant aux indigènes, paraissent vouloir se mettre à pratiquer l'élevage». Ils ont même créé récemment une «Association des Eleveurs du Nord de la Tunisie»; cette so-

PONEY DES NEl'ZA

ciété s'occupe surtout de la défense des intérêts des éleveurs de porcs, mais n'en est pas moins l'indice d'une transformation prochaine des méthodes, ce susceptibles d'atténuer heureusement les variations considérables constatées, selon que les conditions naturelles sont favorables ou non, dans relïectif des troupeaux. »("

La faune marine constitue aussi pour les habitants une ressource qui n'est pas à dédaigner, car les eaux du littoral tunisien sont ex-

(1) Rapport au Président de la République, lUO l, p. 32.

trêmement riches en espèces animales. Depuis les temps les plus anciens, la pêche y est une industrie florissante. 11 suffit, pour s'en convaincre, d'admirer les mosaïques du Bardo où sont retracées de si curieures scènes de la vie maritime à l'époque romaine.

Au.x populations indigènes des côtes sont venus se mêler peu à peu des pêcheurs grecs, siciUens ou maltais qui Ibnt la chasse aux espèces migratrices ou s'occupent de la cueillette des éponges. Los pèches maritimes continuent à être une des richesses de la Tunisie. Outre les espèces communes avec l'Algérie, les eaux tunisiennes contiennent d"autres ressources qui font rohjet d'importantes exploitations.

Les thons y aflluent,el plusieurs madragues ont été installées sur divers points du littoral pour les capturer. Ces étahlissements,qui n'ont pas de similaires en France, constituent de véritahles usines munies de tous les perfectionnements modernes pour la mise sous huile du poisson. Certains arrivent à préparer en vingt- quatre heures jusqu'à 800 thons d'un poids moyen de 80 kilogrammes chacun.

La madrague de Sidi-Daoud, calée dans le golfe de Tunis, à 57 kilouièli-es de La Goulette, est rétal)lissement de ce genre le plus important qui existe sur le littoral de la Régence.

Il y a été captui'é, en 1904, 10.800 thons, pesant 803.0i0 kilogrammes, valant à l'état li'ais '200.000 francs. Lapins grande \\\\v\\c du produit de la pêche est conservée à l'huile.

Tant en mei" qu'à terre, le personnel employé pondant la saison de pêche, qui dure d'avril en juillet, est de 200 hommes.

Los tlionaires do la Hégence ont capturé, pendant la campagno do |)éche 190i,29.(3(M) thons, pesant '2.104.500 kilogrammes.

Los fonds flosilosdo LaGalite sont riches ou langoustos. La production a ét<' do8l.5(H) kilogi'ammos on lOOL

Autrefois très active, la |>(''clic du corail a (''t('' alianilonnt''o pai" suite de l'aliaissouient du ()i'i\ dii à la lahrication du faux corail.

Sur les lianes des ilos Korkonna, les poulpes sont ahondants. Los |iècheurs indigènes on consonnnonl inio partie siu' pkice. L'autre parlif! est séclM'-o et expédiée en Grèce, où ce niollus<|uo consliliie, à l'époijin- ilu carèuiede la religion orthodoxe, la nourriture |»i-osi|UO

exclusive de la population peu fortunée. En 190i, l'exportation des poulpes secs s'est élevée à 342.000 kilogrammes, d'une valeur de 327.000 francîs.

Le golfe de Gabès recèle de vastes gisements d'épongés que l'on pèche au trident, au scaphandre ou à la gangava. En 1904, la pêche des éponges a produit 106.500 kilogrammes, d'une valeur marchande de 2.200.000 francs.

Enfin, les grands lacs salés du littoral tunisien ont été amodiés à des industriels qui les exploitent d'une façon plus rationnelle et ont ainsi réussi à en augmenter la production dans des proportions considérables. Le lac de Tunis, par exemple, qui du temps de la pêche libre fournissait à peine 200.000 kilogrammes de poissons, en a jeté, en 1904, 609.000 kilogrammes sur les marchés de Tunis et de France.

L'industrie extractive contribue pour une large part au développement industriel de la Régence.

Les mines de plomb et de zinc, dont les plus importantes sont : le djebel Reças, le Khanguet-Kef-Tout, Sidi-Ahmet,Fedj-el-Adoum, Sidi-Youssef, Fedj-Assène, djebel Ben-Amar, djebel Touila, etc., occupent à elles seules un personnel total de 3.500 ouvriers, dont le salaire annuel dépasse 2 millions de francs; elles produisent annuellement 58.000 tonnes de minerais divers, dont la valeur, aux points d'embarquement, est supérieure à 7 millions.

Récemment encore concentrée à Gafsa, l'exploitation des phosphates donne lieu, de son côté, à une exportation annuelle de plus de 500.000 tonnes, représentant une valeur de 9 millions à la sortie de la Régence. Ce chiffre d'exportation est appelé à s'accroître rapidement, par suite de la mise en exploitation des importants gisements de phosphates de Kalaat-Senane, Kalaat-Djerda, du Redeyef et d'Aïn-Moularès qui vont ajouter leur important contingent au tonnage des gisements du Mellaoui.Plus de 2.000 ouvriers sont occupés à l'heure actuelle par cette industrie, pour un salaire annuel de près de 2 millions.

L'extraction de la pierre à bâtir, des matériaux de ballast et d'empierrement et des autres produits de carrière fournit annuellement 900. (X)0 tonnes de matériaux, dont la valeur aux lieux d'emploi est

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