‹ La Tunisie et l'œuvre du Protectorat françaisChapitre 39 sur 52 · VM · texte numérisé non relu

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pour gagner un pays où ils pourront, tout à la fois, rétablir leur santé et trouver le plaisir des yeux.

Quelques salines concédées à des particuliers sont également en exploitation. Les trois principales sont celles de Ras-Dimas, qui exporte environ 7.000 tonnes ; de Zouila, avec 2.000 tonnes, et de Sidi- Salem, avec 4.000 tonnes.

Dans l'évolution économique de la Tunisie, le fait le plus important de ces dernières années est le subit développement des exploitations minières. Une véritable lièvre s'est emparée des habitants après les découvertes successives de gisements de phosphates, de zinc et de plomb ayant enrichi les inventeurs et donné de magnifiques bénéfices aux sociétés concessionnaires. Des milliers de demandes de permis de recherches affluèrent à la Direction des Travaux publics. Mais cette Administration, soucieuse du bon renom de la Régence et désirant aussi éviter à de nombreux solliciteurs les désillusions si fréquentes en matière de prospection, ne délivra ses permis qu'à bon escient. Elle fut amenée cependant à en distribuer plus de 500 en 1901 et, l'an dernier, elle donna encore plus de 100 autorisations.

Les conséquences immédiates des progrès accomplis par l'industrie minière ont été la formation de nouvelles compagnies et l'importation en Tunisie de capitaux considérables appartenant à des Français ou à des Italiens. La construction des voies ferrées dans la direction des Nefza, du Kef, de Sbeïtia n'a été possible que par l'octroi des concessions de mines ou la mise en adjudication des gisements de phosphates. En sorte que la colonisation agricole elle-même a été singulièrement facilitée par la mise en valeur du sous-sol. L'Etat Tunisien a ressenti les bons effets de cette activité en recueillant immédiatement des plus-values d'impôts auxquelles s'ajouteront plus tard les redevances fixées par les contrats passés avec les Compagnies minières.'''

En dehors de l'organisation du travail dans les mines, on ne peut

(1) V. «Tableau des concessions de mines », page 202. Un certain nombre de demandes de concessions, récemment examinées parles ingénieurs de la Direction des Travaux publics, ont été prises en considération. De nouvelles sociétés minières sont en voie de formation et seront constituées dans le courant de l'année

guère signaler en Tunisie de grandes industries. L'absence de houille et la pénurie des eaux courantes se sont opposées jusqu'à ce jour à la naissance de véritables cités industrielles hérissées de hautes cheminées d'usine et abritant une nombreuse population ouvrière. Les indigènes n'en sont guère qu'au stade de l'industrie familiale et sont tous des gens de petits métiers, artisans groupés en corporations moyennageuses, avec un «aminé» à leur tête, et soumises à d'étroites et minutieuses réglementations. Fabricants de chéchias, moulineurs et tisserands de soie, de coton ou de laine, teinturiers, selliers, forgerons, menuisiers, parfumeurs, orfèvres, potiers ou tanneurs, emploient des procédés rudimentaires qui ne leur permettent plus guère de soutenir la concurrence des ouvriers d'Europe. Le tannage, par exemple, est si long et si coûteux, que l'indigène tunisien a un avantage évident à exporter les peaux et les cuirs à l'état brut. Le travail du cuir ne nourrit plus l'ouvrier, si bien que la fameuse corporation des selliers voit diminuer de jour on jour le nombre de ses représentants. A Kairouan, où se fabriquent ces tapis si universellement réputés pour la solidité de leur tissu, leurs teintes inaltérables, la beauté de leurs dessins, on a imaginé en certains endroits de substituer les couleurs d'aniline aux couleurs végétales pour compenser la baisse des prix. Sans doute, les frais généraux de fabrication ont été diminués, mais aux dépens de la valeur du produit. La réforme est d'autant plus malheureuse qu'il s'agit en quelque sorte d'une industrie de luxe, moins exposée à la concurrence européenne, et pouvant encore exporter ses produits dans le monde entier.

Les céramistes de Nabeul,i]ui livivnl au commerce des poteries communes ou des vases curieusement émaillés, ont modilit' leur fabrication et leurs modèles d'après les indications d'artisans français, mais les fabricants d'essences ou de savonnorio persistent dans l'emploi de UK-lhodes absolument surannées. Presque paitout on constate ainsi l'impuissance des artisans musulmans à renouveler les procédés <|ii<' jcni' oui hansiiiis It-s iiucrlres. Certaines industries indigènes n'ont jdus guère qu'un iult'ivldecui'iosité. Peut-ètie faudrait-il, non pas tenter <le Ic^svivilier à nouveau et de maintenir aibitraiiemerït cei'tains usages, mais apprendre au.\ jeunes '^Cmé-

râlions la pratique des métiers européens, seul moyen d'amener la transformation du régime actuel et de donner aux colons la maind'œuvre indispensable à un développement rationnel et continu de l'industrie.

Peu de métiers, en effet, sont encore exercés par les Européens, mais presque tous visent exclusivement à satisfaire les besoins locaux. Fabriques de pâtes, minoteries, brasseries, distilleries, usines métallurgiques travaillent uniquement pour les consommateurs tunisiens. Seules les grandes huileries modernes du Sahel de Sousse et de Sfax, de Tunis ou de Tebourba se préoccupent des besoins de la clientèle extérieure. Quelques industriels traitent aussi les grignons par le sulfure de carbone; ils ont à leur disposition environ 50.000 tonnes de matière première chaque année. Dans presque toutes les huileries on se livre également à la fabrication du savon, et déjà la Tunisie fournit des produits renommés.

Il semble que la vinification devrait également trouver sa place dans une énumération des industries tunisiennes, mais, en réalité, la fabrication du vin, telle qu'elle est actuellement comprise, est plutôt une branche de l'économie rurale. Chaque domaine a sa cave, son chais et transforme lui-même plus ou moins scientifiquement les produits du vignoble. Ce qu'on peut signaler ici, c'est l'emploi de plus en plus général des moyens perfectionnés pour régler la fermentation des moûts, comme pour fouler et égrapper le raisin. Certains domaines ont des installations de premier ordre, avec des machines permettant d'écraser jusqu'à 100 et 120.000 kilos de raisin par jour, des cuves de 100 hectolitres, des appareils de réfrigération par circulation d'eau froide, des laboratoires munis des instruments les plus délicats. ^^'

Ce sont du reste les produits agricoles ainsi transformés, huiles, vins, qui, avec les céréales et le bétail, constituent encore les principaux objets d'échange de la Tunisie avec les pays étrangers. Mais, d'année en année, s'allonge la liste des marchandises à l'importation comme à l'exportation, et cet accroissement du commerce général de la Régence doit être considéré comme une conséquence

(DTels sont les domaines de Potinville,Crétéville, Ksar-Tyr,Scbuiggui,Enftda.

des réformes administratives et comme un indice très sûr des progrès du mouvement de colonisation.

Pendant la période 1875-1880, le commerce total, importation et exportation réimies, atteignait à peine 22.900.000 francs comme moyenne annuelle. En 1887-1889 on relève déjà le chiffre de 50 millions, supérieur au précédent de plus du double. Deux ans après, en 1891,1a valeur des échanges n'est pas moindre de 77 millions et ce chiffre reste la moyenne annuelle entre 1891 et 1894. La cause de ce relèvement du mouvement des échanges est dû à l'appUcalion de la loi du 19 juillet 1890 qui facilite les relations entre la France et permet aux colons d'écouler sur le marché métropolitain les principaux produits soumis autrefois à des droits d'entrée presque prohibitifs. Les vins, par exemple, taxés à raison de 4 fr.50 par hectolitre, jouissent désormais de la franchise, ainsi que les céréales, les huiles, les animaux de boucherie, etc. Dès lors, un fort courant commercial s'établira entre Tunis et Marseille.

En 1895, le mouvement général des impoi-tations et des exportations est de 85 millions de francs. Par suite d'une mauvaise récolte, on constate exceptionnellement, en 1890, un mouvement de recul qui ramène à 80 millions la valeur des échanges, mais la marche en avant reprendra aussitôt, et depuis huit ans on a constaté une augmentation de plus île 60 f/o, ainsi qu'en témoigne le tableau suivant ((^(jinmerce extérieur : Importations et exportations) :

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1904 ir>().2l().22'i

Pendant cette période, la Tunisie s'est dégagée des liens qui l'unissaient li'op étroitement à cei'taines puissances «Hrangèrt>s dont elle t'iait [)i"esque tributaire au point de vue t'((inonii(|ue. En I89(), les nouvelles conventions passées avec lAngleteriv, l'Italie et plu-

sieurs autres nations lui rendirent sa liberté et lui permirent de faire encore un pas en avant vers l'union douanière avec la France. Les tarifs du 2 mai 1898 marquent, en effet, une nouvelle étape de cette politique, car ils ouvrent plus largement aux produits français le marché tunisien et complètent heureusement la loi du 19 juillet 1890. Enfui, toujours dans le même ordre d'idées, un décret du 9 juillet 1904 a établi sur les céréales et leurs dérivés de provenance étrangère, à leur importation dans la Régence, un droit de 7 francs par 100 kilos (tarif minimum français) et accorde la franchise entière aux produits similaires de France et d'Algérie. Ce décret tunisien a été suivi, à la date du 19 juillet, d'une loi française qui, pour les céréales et leurs dérivés, établit désormais l'union douanière pure et simple entre la Tunisie d'une part, la France et l'Algérie de l'autre.

Le système des primes à l'importation, dont bénéficiait la minoterie marseillaise et qui lui permettait de soutenir la concurrence des blés russes et d'écouler sur les marchés de la Régence pour 7 à 8 millions de farines chaque année, disparaissant par le fait de celte loi, il en est résulté un ralentissement dans les importations et un fléchissement correspondant aux exportations, par suite de l'impulsion imprimée à la minoterie tunisienne, contrainte de livrer à la consommation locale des quantités toujours plus grandes de semoules et de farines de blé tendre.

Il est encore difficile de préciser les effets de ces changements dans le système douanier, mais on peut, en tout cas, constater dès aujourd'hui que les éléments dont se compose le commerce extérieur de la Tunisie sont assez variés, depuis le développement de l'industrie minière et des pêcheries maritimes, pour qu'une brusque transformation du régime fiscal appliqué aux céréales n'ait pu arrêter la progression des échanges. On note un accroissement de cinq millions de francs en 1904 par rapport à l'année précédente, et, chose digne de remarque, cette augmentation est presque entièrement au compte des marchandises d'exportation. Il est do^c probable que les Compagnies de navigation françaises, et particulièrement les Sociétés ayant leur siège à Marseille, ont dû retrouver presque immédiatement, sous une autre forme, le fret fourni au-

trefois par les produits des minoteries de la métropole et brusquement diminué par suite des incidences de la loi et du décret de juillet 1904.

En décomposant le chiiïre global de 160 millions de francs qui forme le total des échanges de 1904, on trouve à l'importation 83 millions 344.437 francs et à l'exportation 76.831.787 francs. Sans doute, la balance est en faveur des marchandises reçues du dehors, mais la différence entre les deux valeurs, ne dépassant guère 5 millions de francs, indique simplement que l'outillage de colonisation n'est pas encore complet et que la Tunisie continue à faire d'importants achats de matériel pour la mise en valeur de son sol. C'est une preuve nouvelle de son activité et de son développement économique continus.

Si l'on examine seulement le tableau des exportations, on s'aperçoit que, malgré les grandes oscillations dues à des séries d'années de bonne ou de mauvaise récolte, l'accroissement du mouvement de sortie des marchandises est de plus de 100 «/o pendant la période des treize dernières années. De 37 millions en 1892, on passe, en elTet, à 76 millions en 1904.

Le phénomène caractéristique est l'incessante augmentation de la part proportionnelle des (c produits autres que les produits agricoles». De 1894 à 1900, les produits agricoles figurent pour des sommes variant de 27 à 33 millions, avec des fléchissements à 24 et même 23 millions. Les « autres produits » passent de 9 à 18 millions. En 1001, il y a égalité entre les deux rubriques : 19 millions de part etrrautre; en 1902,20 millions pour les produits agricoles, 24 pour les autres produits; en 1903, 43 millions pour la première catégorie, 28 pour la seconde.

On peut ainsi se rendre compte ({ue la Tunisie n'est plus exclusivement tributaire de son agriculture, et que l'exploitation mieux entendue, plus complète de son sous-sol, de ses pêcheries, de ses forêts, de ses salines, lui assurent un fret de sortie toujours plus considérable et la mettent cliaijue jour davantage à l'abri des conséquences d'une série de mauvaises récoltes.

Le uioiivi'iiientdes inai'cliaudiscs importées, saiistli'pcndic aussi directement de l;i situation agi'icole <|ne !«' couuiiei'cr d'exporla-

tion, subit cependant en Tunisie le contre-coup des bons ou des mauvais résultats obtenus sur leurs terres par les agriculteurs européens et musulmans.

En cas de bonne récolte, les indigènes achètent volontiers les étoffes de coton, de soie ou de laine nécessaires à la famille, renouvellent leurs ustensiles de ménage, font même parfois quelques provisions de denrées coloniales. C'est ainsi que l'année 1898, très favorable aux cultivateurs de céréales, « accuse pour l'importation des tissus de coton une plus-value de 2.000.000 de francs par rapport à l'année précédente )).'''

Au contraire, l'année 1902 « présente un déficit de plus de 000.000 francs par rapport à l'année 1901 i).

D'autre part «le marasme dans lequel se trouve le pays pendant les années de mauvaise production agricole a une répercussion sur l'industrie locale, au développement de laquelle il cause un certain ralentissements). On peut aussi s'en rendre compte en comparant à diverses dates les quantités importées de soies grèges et moulinées, fils de coton, laine et soie, teintures préparées, qui servent presque exclusivement à alimenter les petits ateliers indigènes.

C'est ainsi, par exemple, que, pour ces seuls articles, on note une différence de plus de 800.000 francs entre 1902 et 1903, au profit de cette dernière année.

Sous le bénéfice de ces observations, il faut néanmoins constater l'importance croissante du chiffre des importations qui ne sauraient, du reste, subir d'arrêt sérieux, en raison même du mouvement de l'immigration européenne et de l'exécution du plan des grands travaux de colonisation. Les besoins de la Tunisie en matériel de toute sorte sont encore tels que pendant de longues années les marchandises importées seront supérieures en valeur aux marchandises expédiées au dehors.

C'est, du reste, le cas ordinaire de tous les pays livrés à la colonisation.

Pour bien mettre en relief les progrès accomplis au point de vue < ommercial, nous ne saurions mieux faire que de donner la statis-

(1) Rapport au Président de la République (1904).

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