BEJA : LES ANCIENS REMPARTS
quartier des libraires, centre du commerce des manuscrits reliés et dessinés par les premiers artistes de l'Islam.
Mais l'activité commerciale était surtout grande dans les souks, étranges rues voûtées, où les caravaniers du Darfour et du Soudan venaient échanger directement leurs produits contre les marchandises d'Europe. Le souk des Parfums, dont on attribue la fondation à Abou Zékéria, mort en 12 i9, était aux mains d'une aristocratie privilégiée à peu près exempte de toute imposition. En revanche, les négociants du souk au Savon payèrent leur monopole 0.000 dinars (00.000 francs) jusqu'au jour où le sultan Abou Farès déciéta
la libre fabrication de ce produit eL fil à diverses corporations de fortes remises d'impôts.
Les négociants Israélites eux-mêmes ne furent jamais sérieusement inquiétés par les représentants de cette dynastie musulmane. On se borna à leur imposer le séjour dans le quartier voisin de la mosquée de Sidi-Mahrez. Semblable mesure était prise, du reste, à l'égard des Européens déjà installés en Tunisie, lis étaient répartis en un certain nombre de fondouks, de manière à être plus facilement surveillés, mais ils pouvaient se livrer au commerce en toute sécurité, et il semble bien que l'expédition de saint Louis ne troubla guère leurs bonnes relations avec les autorités locales.
On a retrouvé des lettres échangées entre des négociants chrétiens et de riches Tunisiens contemporains des Ilafsides. Elles ne laissent aucun doute sur les bonnes dispositions réciproques et témoignent du degré de culture intellectuelle auquel était parvenue la bourgeoisie de Tunis.
Si les études étaient fort en honneur dans la capitale, c'est que les sultans avaient Thabilude de prendre des conseillers érudits et de prodiguer les marques de considération aux professeurs chargés d'enseigner dans les mosquées. On sut bientôt qu'un ancien élève de la Djamaà-ez-Zilouna pouvait devenir grand-cadi, secrétaire de chancellerie et du paiaphe,cadi des mai'iagcs, chef de la ville(hàki m), pi'éposé à la noblesse, inspecteur des biens habous, et l'on se précipita en foule sur les bancs d'une université dont l'enseignement conférait tant de privilèges. Il fallut agrandir les salles d'étude et créer des bibliolhè(|ues renfermant des ouvrages de théologie, de philosophie, médecine, calcul, histoire et belles-lettres. Le sultan Abou Zékéria voulut inaugurer lui-même, en l'23."î, la mosquée de lacasba,qui dresse encore au-dessus des remparts de la vieille forteresse son élégant minaret. La construction d'une moscjuéc daiis le faubourg do lîal-al-Djazii-a, la l'estauration de la înosipiée E/.-/iloinia, rétablissement de n(ind)i'euses fonlaincs nioniuncntalcs, divers autres travaux d'nlilih'' |inlili(|U(^ aclicvèrciit l;i hansiôrination (le la capitale.
Mallieiircuseincnl , la 'i'unisic m- scndilc pas av(ùr beaucoup profilé dr toutes CCS aint'lior.itions. hcriièrr celle liiilLuilc liicadc se
cachait un pays ravagé par les luttes continuelles entre les descendants des Arabes hilaliens et les tribus berbères. Quelques princes énergiques, Abou Zékéria, El Mostancer, Abou Farès réussirent à conserver une autorité précaire sur les turbulentes populations de l'intérieur; mais, après eux, les troubles renaîtront plus violents que par le passé ; aussi Tunis cessera bientôt d'être la métropole intellectuelle de l'Islam. A la fin du xvi« siècle, elle n'est plus qu'un repaire de redoutables pirates.
Le mal est d'ailleurs général dans toute l'étendue de la Méditerranée, et les corsaires turcs sont déjà assez forts pour entreprendre, souslecommandement de KheïrEddine dit Barberousse, la conquête de l'Afrique du Nord (1514). Les Espagnols, qui avaient franchi le détroit de Gilbrallar pour tenter un suprême effort en faveur du christianisme, s'opposent à la marche des Turcs. On se bat d'abord autour d'Alger, puis Kheïr Eddine, profitant du désarroi, chasse de Tunis le souverain hafside et s'installe à sa place (1534), étendant successivement son autorité sur tous les points importants du littoral, poussant même des pointes audacieuses contre les groupements indigènes de l'intérieur.
La création d'un empire africain par un pirate turc alarma Charles-Quint, qui prit en main la cause des Hafsides et délogea Kheïr Eddine de Tunis (1535). Cette expédition eul surtout pour résultat de rendre les Turcs sympathiques à la population et de provoquer contre les chrétiens un vif mouvement de réaction. Le gouvernement espagnol fut sans influence sur les tribus de l'intérieur et n'exerça guère son autorité au delà de la banlieue de Tunis. Le littoral resta, comme par le passé, au pouvoir des corsaires, dont le plus célèbre, Dragut, infligea aux Espagnols une sanglante défaite en rade de Djerba (15G0). Don Juan, le vainqueur de Lépantc, ne réussit pas à rétablir cette situation compromise. Les Turcs parviennent, en 1574, à chasser définitivement leurs adversaires du territoire de la Régence, dont ils prennent possession au nom du sultan de Constantinople.
Devenue un simple pachalik, la Tunisie fut dotée dune organisation extrêmement compliquée. A côté du pacha représentant le sultan, une révolution militaire plaça bientôt un dey, assisté d'un
conseil ou «divan» formé d'anciens officiers. Les deux principaux personnages de celte assemblée étaient le kaptane, chargé de la marine, et le bey, commandant les troupes de terre. Les uns et les autres étaient en réalité sous la dépendance de la milice des janissaires et de la «tailTa» des reïs ou capitaines corsaires. Le résultat de cet enchevêtrement de pouvoirs fut tout d'abord la méconnaissance absolue de toutes les conventions internationales et le développement inouï de la piraterie au.xviie siècle. A l'intérieur, l'emploi de la force pai'ut le seul moyen de gouverner, et les populations furent durement tr.utées. Enfin, les lutles d'influence entre les deys et les beys eurent pour résultat la constitution en tribus indépendantes des grandes familles arabes et berbères. De là des contestations perpétuelles entre Algériens et Tunisiens et les maux de la guerre étrangère venant s'ajouter aux discussions intestines.
La famille de JMourad donna à la Régence un certain nombre de Ijeys intelligents etaclifs, notamment Jlamouda, qui quitta volontairement le pouvoir en 1063, sans être parvenu à empêcher les intrigues de palais et sans avoir pu réformer les mirurs administratives. La ])rt'pondéiance des beys eut cependant pour conséquence le maintien de relations coiu'toises avec la France et l'observation pkis stricte des traités de paix et de commerce. En outre, les beys, suivant la tradition des princes hafsides, contribuôi'iMit à l'embellissement de Tunis et atténuèrent dans une cei'taine mesure les d(''sastreux ellets de l'occupation turque. Véritables maires du |)alais, ils furent en môme temps représentants de la Porte Ottomane dans la Régence. Dès lors, il est facile de pr('voir une double l'évolution : d'abord le remplacement du dey par le bey, puis la rupture des rapports de vassalité avec le sultan de Constantinoi)l(\
(le double événement se produisit à l'occasion d'une giicnc contre les Algériens, où l'aglia des janissaires, Hussein bon Ali, joua un rôle prépi)ii(|(''i',iiil ci m pidlihi pom- s'ciiipart'i' du jxtnvoii' (17()5). Il devint paclia, dey et bey, ce; dernier titre servant di'sormai.s seul à dési^iuir \v. clief investi de la plénitude de l'autorité. Le sultan de (lonstantinople ayant laissé cette révolution s'opérer sans inlrivc-iiir, l;i Tiniisic se li'ouva, en luit, polilifjiicmcnt iiid(''pon- <tante. J
Ji-
- *ir